‹ Magasin théâtralChapitre 1368 sur 1475 · SCÈNE XIL · texte numérisé non relu

SCÈNE XIL

MAD.4MEDE CHANTREUIL, LE COLONEL,

MAD.4MË DE BLAVES.

{Le colonel doit s'être, furtivement, aperçu

de l'arrivée de madame de Blaves.)

MADAME DE BLAVES.

Tu m'as appelée?

MADAME DE CHANTREUIL.

Pas du tout.

MADAME DE BLAVES.

C'est singulier... j'ai cru entendre...

MADAME DE CHANTREUIL.

Un tintement d'oreille... {Montrant le colonel.) Regarde...

MADAME DE BLAVES, feignant d'être surprise. Ah!

MADVME DE CHANTREUIL, à part.

Elle le savait là.

MADAME DE BLAVES, baissant la voix.

Qu'est-ce qu'il fait donc?

MADAME DE CHANTREUIL, de même.

Il me corrige.

MADAME DE BLAVES^ dc même.

Je m'en vais.

MADAME DE CHANTREUIL, de même.

Bah! puisque tu es venue... chut!

LE COLONEL, y)ei^nanf toujours, et laissant deviner S071 émotion à mesure qu'il parle. Pour moi, Madame, le but de la peinture est bien de faire ressemblant l'objet représenté, mais c'est aussi l'art d'y faire pénétrer l'émotion du peintre... La rose que vous avez à votre ceinture est parfaitement reproduite quand vous l'approchez de votre miroir, mais quelle pensée fait-elle naître en vous-même?... seulement la fidélité de la ressemblance... tandis que le peintre la prend et la regarde à la fois des yeux et de l'âme ; et, à à ce moment^ s'il est ému par une douce pensée, agité par une idée triste, s'il aime aujourd'hui, s'il espère pour demain, ses pinceaux obéissent et ils racontent autant ce que voit l'artiste que ce qu'il éprouve ou ce qu'il est lui-même. Je fais fléchir un peu cetlebranche,ces corrolles, je lesdivise cruellement; cettegouttederosée,jelabrise! (Il présente le tableau à madame de Blaves.) Tenez, Madame, voilà une rose qui a éprouvé des malheurs. MADAME DE BLAVES, entraînée.

C'est parfait!

LE COLONEL , feignant l'étonnement.

Vous étiez là. Madame?

MADAME DE CHANTREUIL, à part.

Il ne le savait pas.

LE COLONEL

Je suis heureux que vous soyez venue avant mon départ, j'allais demander à vous revoir... {A part.) Si l'amie pouvait s'en aller.

MADAME DE BLAVES.

Mais, ^;onsieu^, je n'ai pas dit un mot qui dût vous faire penser que votre présence me gênait.

MADAME DE CHANTREUIL, à part.

Non, c'est la mienne. (Haut, au colonel.) ie suis enchantée d'avoir appris votre théorie en peinture, colonel, et je vous laisse à vos adieux. MADAME DE BLAVES, faux empressement.

Tu me quittes?

MADAME DE CHANTREUIL.

Bon! à présent qu'il y a entre vous rupture complète... et que tu es engagée avec ton cousin Savinien.

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