I.e comte d'Arbel
Ça vous étonne... j'étais né gentilhomme... fils d'émigré... j'avais dix-huit ans... les armées françaises faisaienlmerveilles, j'allai m'y engager en me disant: t Voyons un peucomment on peut « devenir comte, quand on n'est que soldat! » je passai sous-officier , officier et vous me voyez en train de rattraper mon ancien titre.
MADAME DE BLAVES, vivemcnt.
Mais je vous connaissais!, de réputation... le comte d'Arbel!.. brave, spirituel... généreux!., disait mon mari.
LE COLONEL
Ah! de Blaves a tenu des propos sur mon compte; cet excellent homme !.. voilà bien de ses exagérations ! il n'est plus de ce monde pour avoir exagéré le courage.
MADAME DE BLAVES.
Et pour n'avoir pas assez pensé qu'il avait une femme.
LE COLONEL
Voilà ce que je ne comprends pas... quitter une femme charmante, après huit jours de mariage ! et pourquoi faire, je vous le demande un peu? Pour aller se faire tuer!., c'est d'une légèreté !..
MADAME DE BLAVES.
Hélas! dans votre cruel état... le service...
LE COLONEL
Le service! le service !.. Eh! Madame, on donn-* sa démission !
MADAME DE BLAVES, à elle-même.
Il a des sentiments d'une délicatesse...
LE COLONEL, se montant.
Ah ! mordieu ! si j'avais été à sa place...
MADAME DE BLAVES...
Si vous aviez été à sa place?...
LE COLONEL
J'aurais envoyé mes épaulettes à tous les diables, Madame, et je ne vous aurais pas quittée! MADAME DE BLAVES, reconnaissante.
Oh! colonel!
LE COLONEL
Non, Madame, non. je le sens là.... Tenez, je
ne suis que votre ami, pourtant eh bien !
quand je pense que dans deux jours il faudra que je m'éloigne...
MADAME DE BLAVES, SOUViant.
Deux jours! je croyais que vous m'en aviez promis trois... Écoutez, colonel, il me vient une idée... demandez un congé de semestre.
LE COLONEL
A qui, Madame, à qui? Je ne puis m'adresser à l'Empereur... et mon imprudente lettre... MADAME DE BLAVES, affligée.
C'est vrai .. Vous me rappelez la mienne.
LE COLONEL
Maudite vivacité!
Maudite pétulance!... Je vous demande s'il y avait tant besoin de se presser!
LE COLONEL
Comme si le feu était aux poudres? (Depuis un moment madame de Chanireuil a paru; elle écoute.)
MADAME DE CHANTREUIL, à part.
Mais il me semble qu'il y prend !
MADAME DE BLAVES.
Comment faire, maintenant?
LE COLONEL
Il y aurait bien un moyen... mais....
MADAME DE BLAVES.
Lequel?... Parlez... mais parlez donc!
LE COLONEL
Ah! c'est que... pour que ce moyen fût bon... il faudrait...
MADAME DE BLAVES.
Il faudrait?.,.
LE COLONEL
M'aimer un peu... hein?
MADAME DE BLAVES, évitant de répondre.
Dites votre moyen ?
LE COLONEL
Ce serait d'écrire une seconde lettre pour démentir la première.
MADAME DE CHANTREUIL, à part.
Ah! ah!
LE POUR ET LE CONTRE
MADAMC DE BLWES.
Après qu'on a dil à un homme : . Venez, je vous épouse, » il esl bien difficile de dire : « Ne venez pas, je ne vous épouse plus! »
LE COLONEL
Diantre!
MADAME DE BLWES.
Et puis, si vous avez bien lu ma lettre, il y a procès entre nous... et ce que j'ai écrit lui sera un litre.
LE COLONEL
Si M. de Lucenay est honnête homme, il comprendra, il nous tendra la main même... s'il est avare, il se servira des armes que nous lui avons données contre nous.... Nous aurons six mille 11- ,vres de rentes et ma paie de colonel... c'est suffisant pour s'aimer.
MADAME DE SLAVES, enchantée.
On peut même s'aimer à moins... J'écris.
LE COLONEL
Oh! non, pas ici, Madame!... votre amie n'aurait qu'à s'opposer... Je me méfie de son talent sur le piano...
MADAME DE BLAVES.
Vous avez raison; je vais écrire dans mon appartement, je serai plus tranquille.
LE COLONEL
Et moi aussi, {Il lui baise les mains. Madame de Blaves sort.)