SCÈNE III
Les MÊMES, MURAT, Cavaliers, LÉONARD, ANTOINETTE.
Murât paraît couvert d'un manteau qui lui laisse la li berté du mouvement; sa coiffure est surmontée d'un grand panache blanc ; il frappe avec son sabre à droite et à gauche, et se fait passage à travers les soldats autrichiens. — Ses cavaliers le suivent en groupe serré. — On tire sur eux de tout côté. — Murât et sa troupe gagnent le chemin de la colline. — Murât se retourne tout-à-coup et revient sur ses pas.
ON CAVALIP.»
Où allez- vous?
MURAT
HCRAT.
Je veux ce drapeau !
Il court à un drapeau, l'enlève aux soldats qui le défendent, et regagne le chemin de la colline. — Il disparaît avec sa troupe au milieu des coups de feu. — Le Général et le Colonel sont sur la colline. — Antoinette, pendant le tumulte, s'est trouvée sur le passage de Murât, et l'a reconnu. — Elle est venue à l' avantscène, oïl elle est auprès de Léonard qui exprime une vive frayeur. — Le camp rentre peu à peu dans le repos.
ANTOINETTE , à part.
C'est lui!... c'est lui!... {Haut, à Léonard.) Vous l'avez reconnu?...
LÉONAiiD, avec précipitation.
Si je l'ai reconnu!... je n'avais pas besoin de le voir pour oela... Puisque ce n'était pas le diable en personne, ça ne pouvait être que Murât I
ANTOINETTE
Je sais où il va I
LÉONARD
Parbleu! vous savez tout ce qu'il fait!... Ahl ça, ma très-imprudente compatriote, tâchons un peu de ne pas faire de folies... Vous avez voulu vous faire soldat; c'est votre idée, vous étiez libre; accordé!... Moi, on m'a nommé soldat malgré mes réclamations, on m'a emballé pour l'Italie, et Murât nllnit me dégager du service militaire pour me faire entrer dans les vivres, lorsque les Autrichiens m'ont fait prisonnier de guerre, moi, ancien clerc de procureur !... Vous étiez ma voisine dans celte circonstance orageuse, et vous avez été appréhendée au corps en même temps que moi.
ANTOINETTE
Oui... liourcusemenl cette bonne Marianne a été sauvée par son frère...
LÉONAUD .
Obi pour celle là, elle est canlinière, elle doit s'attendre à quelques petits inconvéniens... Bref, puisque nous pouvons causer un instant, je vous recommande la prudence... Ces gcns-Ià ne se gênent pas pour vous gratifier d'une balle dans la tête... Tachons de ne pas les indisposer mal à propos... Et là-dessus, bonne nuit, et que le ciel me transporte en songe dans mon étude de procureur!
Il s'éloigne.
ANTOINETTE, qui l'a écouté avBc distraction.
Oui, c'est à Plaisance qu'il courait à travers les dangers!.. 11 faut qu'il l'aime bien, cette femme qu'il va chercher dans la ville assiégée, en passant au milieu de toute une armée!... Oui, il l'aime bien !... et moi?... Mais ai-je le droit d'avoir même de l'espérance!... Je ne voulais d'abord que me dévouer à lui silencieusement et sans penser à l'avenir... Eblouie par l'éclat qui l'environne, reconnaissante du secours qu'il m'avait porté à Paris, j'ai quitté pour le suivre, la France, où j'étais seule et abandonnée ! Eh bien ! je continuerai ma tâche obscure et mon entre-
prise toujours ignorée, peut-être... Qu'importe.., je l'aime !
Elle va auprès de Léonard et s'assied à terre. — Des soldats réunis en groupes épars, causent à voix basse, d'autres s'endorment. Le Général , le Colonel et des Aides de camp descendent la colline et remontent la scène.
LE COLONEL , OU Général.
Si cet homme renouvel!-e encore cette inconcevable tentative, nos soldats s'abandonneront à une terreur panique...
LE GÉNÉRAL
Mais qui donc nous apprendra quel est cet homme ou plutôt ce démon?
BARBARA , qui s'est avancé sans être aperçu du Général.
Je vous le dirai, général.