SCÈNE V
BARBARA, LUffiGL
LUIDGI
Eh bien! Barbara, nous nous sommes retrouvés à Naples... Il y a quelques années, à Paris, nous disions qu'il ne fallait revenir en Italie que riches et puissans... nous n'avons pas attendu qu'il en fut ainsi !
BARBARA
Comment!... j'ai un vaisseau âmes ordres, et je viens des côtes de la Sicile, où j'ai manqué faire débarquer toute une armée !
LUIDGI
Oui, tu as même la confiance de Joacbim... mais, moi!...
BARBARA
Ne suivons-nous pas la même route? n'allonsnous pas au même but : toi, agent ignoré de ceux qui nous ont envoyés... moi, publiquement attaché au char du soldat couronné, mais, en silence, fidèle à ma haine, et le conduisant à l'abîme pour arriver à toute la fortane qu'on m'a promise!...
LUIDGI
Oui, mais s'il allait découvrir...
BARBARA
Lui! cet homme a le courage du lion, mais il ne connaît pas la prudence... Souvent il semble livré à des soupçons, à de mystérieux projets... on s'y trompe... Luidgi, il est fait pour régner, et il voudrait exercer largement cette puissance que Napoléon entrave et resserre!...
LUIDGI
Mais le trône oii il est monte s'affermit chaque jour davantage.
BARBARA
On peut bâtir au bord du volcan, mais tôt ou
tard l'éruption éclate!... La fortune de tous ces soldats dont Napoléon a fait des rois a été Uop rapide; ils ne sauront pas s'arrêter dau? !cur course, et le vertige les gagnera... L'empereur des Français se jettera dans de nouvelles conquêtes, et au premier revers il peut tomber, entrai>iant dans sa chute ces dynasties qu'il a créées autour de son empire... Ils sont tous sortis de la guerre, c'est la guerre qui les emportera!... Murai surtout, qui, au premier coup de canon, lais^erdt son royaume pour aller combattre... Mais s; on le séparait de Napoléon, si on le retenait à Naples, isolé de la France et près des Anglais qui occupent la Sicile, Luidgi, nous verrions encore plus tôt sa puissance s'affaiblir et disparaître.
LUIDGI
Le peuple l'aime.
BARBARA
Parce qu'il triomphe.
LUIDGI
Il a créé une armée...
BARBARA
Qui ne le défendrait pas...
LUIDGI
Il l'a exaltée par la prise de Caprée...
BARBARA
Cet Hudson Lowe, ce général qui n'a pas défendu une île que le dernier soldat aurait défendue!... Mais qu'est devenu ce matelot que nous lui avions envoyé?... S'il avait reçu notre messager, Csprée demeurait imprenable, et l'étoile de Murât commençait à pâlir.
LUIDGI
Ainsi qu'il était convenu, j'ai trouvé ce matelot dans l'endroit le plus écarté des bords du golfe... Il a reçu ses instructions, et il a dû se rendre à Caprée avec le patron de barque qui a si souvent fait le trajet pour servir Hudson Lowe.
BARBARA
S'il a été découvert, s'il a parlé!...
LUIDGI
Mais il s'est vendu sans demander qui l'achetait.
BARBARA
C'est vrai!
On vient.
Suis-moi.
LUIDGI
Il va ver.s la galerie.
ANTOINETTE
il faut que je vous parle.
a vous
Capitaine, seul.
Barbara fait signe à Luidgi , qui entre dans la galerie après avoir examiné Antoinette avec curiosité.
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