SCÈNE VIII
Les PRécÉDKXs, CASTAGNAC, LÉONARD.
CASTAGNAC, désign fit Murât, qui est un
peu éloigné.
Qui vive ?
MARIANNE
C'est le roi !
CASTAGNAC et LEONARD, Surpris.
Murât !
MURAT
Oui, mes amis, c'est moi !
Il leur prend la main.
CASTAGNAC.
Ah ça ! qu'est-ce qu'il y a de nouveau? Quand je suis parti, ça n'allait pas supérieurement, mais ça allait mieux.
UUR.AT.
Ce qu'il y a de nouveau ? L'armée française a été écrasée; les ennemis ont envahi la France, et ma tête est mise à prix!...
CASTAGNAC.
Triple tonnerre!...
MURAT
Et Naples! parlez-moi donc de Naples !
LÉONARD
Il s'est passé des actes que j'ai désapprouvés , et qu'en ma qualité d'ancien clerc de procureur, j'ai trouvés contraires à toutes les lois et coutumes.
MURAT
Parie donc clairement!... Ma femme, mes enfans sont en route pour la Francç, n'est-ce pas ? La France ne leur est pas fermée comme à moi? Le Commodore Campbell a signé la capitulation qui les autorise à rentrer dans leur patrie.
LÉONARD
C'est de cette capitulation que je voulais parler...
CASTAGNAC.
On n'a pas tenu parole, voilà !
MURAT
Comment?
LÉONARD
La reîne et les princes ont été embarqués pour Trieste.
Infamie!... Et je ne me retrouverai pas face à face avec les traîtres qui violent ainsi la foi jurée! Ce n'est que pour ma femme et mes enfans que je n'ai pas défendu Naples et mon royaume jusqu'à la dernière extrémité ! Ce n'est que pour eux que j'ai consenti à une capitulation, moi Murât, qui n'avais jamais reculé ! Et cette capitulation, on la foule aux pieds, et, pour ajouter à toutes mes misères, à toutes mes souffrances , on livre à l'exil ma famille que j'avais placée sous la sauvegarde de l'honneur!... Mon Dieu, si vous ne me rendez pas la couronne que vous m'avez retirée, faites au moins que je redevienne soldat, que je retrouve le champ de bataille et ces indignes ennemis !
n va s'asseoir sur le banc.
ANTOINETTE, à part.
Pauvre Murât!
Murât est assis sur le banc , plongé dans ses réflexion». Castagnac s'est approché de lui et le regarde avec affection.
CASTAGNAC
Murât, je t'apporte de Naples les pistolets que t'avait donnés la reine, et ton sabre d'Aboukir, d'Eylau et de la Moskowa.
MURAT
Merci! je m'en servirai peut-être encore i
CASTAGNAC.
Ce n'est pas la peine de te dire que je suis toujours prêt à me faire couper en morceaux pour ton service!...
MURAT
Je le sais, je le sais. CASTAGNAC, lui prenant la main avec expression.
Je ne croyais pas qu'il viendrait un moment oîi je t'aimerais plus que jamais... c'est venu!,.. [I^t autres personnages se sont approchés. ) Que faut-il faire ?
MURAT
Où est Barbara?
LÉONARD
Dans le canot. Il a été plein de procédés , je l'avoue; il nous a suivis jusqu'à deux pas d'ici.
CASTAGNAC.
Il a dit que si nous te trouvions, et que tu veuilles lui parler, nous n'avions qu'à lui dire un mot, et qu'il arriverait!...
MURAT
Eh bien ! va le chercher.
CASTAGNAC.
Ça y est.
Il s'éloigne.