SCÈNE VII
ANTOINETTE, MARIANNE, put"* MURAT.
ANTOINETTE, 56 rapprochant de Marianne.
Mon Dieu, si on l'avait suivi! s'il avait oublié
le chemin qui conduit ici! Marianne, je retourne
à la plage de Bonnette.
MARIANNE
Non, attendez encore... 11 faut craindre d'éveiller les soupçons. Pourtant, je commence à avoir de l'inquiétude. {On voit Murât marcher péniblement, gravir un sentier et arriver sur le plateau.) Voilà quelqu'un...
ANTOINETTE
C'est lui!
MARIANNE, étontiée.
Le roi!
Antoinette court à Murât, qui s'appuie sur elle et va s'asseoir sur le baoc.
Merci, mon enfant! merci, Marianne! Tu vois que je me suis souvenu de ta maison.
MARIANNE
Elle est à vous; vos bienfaits m'ont procuré le moyen de vous réserver cet asile.
MURAT
Oui, voilà ce qui reste au roi de Naples ; mais c'est encore beaucoup ; j'y retrouve deux cœurs dévoués, et -je puis y abriter ma tête proscrite.... Waterloo ! Waterloo ! tombeau de l'empire où j'aurais voulu disparaître !...
ANTOINETTE
Sire, il ne faut pas dire un dernier adieu à l'espérance.
MURAT
L'empereur est vaincu, et je n'étais pas là pour combattre et mourir sous ses yeux, pour eflfacer ce moment de vertige qui obscurcit notre amitié. Ah! ce cercle de feu qu'on appelle la couronne rend fou, et, malgré nous, domine et emporte notre destinée!... Entin!...
MARIANNE
Sire, ne voulez-vous pas entrer?
^ Il retombe assis.
MURAT
Je suis bien ici; je pourrai apercevoir le brick que j'attends... 11 amène ton frère, ton frère, qui me parlera de ma femme et de mes enfans... Mes enfans!...
Vous les reverrez.
MURAT
Ohl oui... N'est-ce pas pour cela que je me ca-
che comme un mendiant devant les misérables qui en veulent à ma vie, et que j'affronterais seul contre tous, si je n'étais père, et si je ne songeais que la fortune a des retours? .. (Se levant.) C'est donc ainsi que je devais revoir la France ! Ah ! si je suis monté haut dans les grandeurs humaines, la
chute a été rapide et profonde! Un royaume
perdu, et la proscription sur la terre natale!... H retombe assis.
ANTOINETTE
Sire, vous vous fatiguez.
MURAT
Vous avez raison, mon enfant; la journée a été assez rude. J'ai quitté ce matin la maison du brave et digne amiral Lallemant, où je n'étais plus en sûreté, et j'ai erré sur le rivage, dévoré par un soleil ardent et par une impatience que je ne pouvais maîtriser.
MARIANNE
Ne voulez-vous pas réparer vos forces?...
MURAT
Plus tard... plus tard. Maintenant, Marianne, un verre d'eau pour le roi de Naples!
MURAT, à Antoinette, dont il prend la main. Pauvre enfant que je retrouve ici , et qui me fuyait lorsque j'étais sur le trône! {Antoinette ! s'éloigne en pleurant. — A Marianne.) Elle 1 pleure!... [Il 6o»f.) Merci, Marianne! Je veux que . tu retournes bientôt à la Bastide.
I MARIANNE
Mais...
MURAT
Je le veux, entends-tu? Ton père ne doit pa-s i mourir sans avoir auprès de lui un de ses en- . fans. Je siiis père, moi, je sais ce qu'on souffre! ANTOINETTE, Se rapprochant.
Sire...
MUR.AT
I Qu'y a-t-il ?
ANTOINETTE
Un canot est amarré là-bas , au pied du ro- I cher.
Ml}RAT,se levant et allant au bord duplateati. Un canot!.. . oui!... Et plus loin, un bâtiment, ' le brick de Barbara, sans doute I... Fortune, tu ne m'as pas abandonné !...
ANTOINETTE
Sire, écoutez-moi : je me trompe peut-être, je voudrais me tromper; mais une voix secrète mo crie que Barbara peut trahir votre conflanca.
MURAT
Lui, mon enfant!... votre dévouement vous égare... Barbara m'a toujours servi avec fidélité, et il a traversé les mers pour me venir en aide... Dieu me garde de le soupçonner!
MARIANNE
Mon frère ! Léonard !
En ligne droite, sacrodiousl...
MURAT
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