BLANCHE, SAINT-GERMAIN
SAINï-GERMAIN.
Mademoiselle...
BLANCHE, étonnée.
Un homme!
SAINT-GERMAIN
Rassurez-Yous, ma chère enfant : c'est un ami de madame de Mergy ; elle m'a autorise à vous parler.
BLANCHE
Monsieur, vous excuserez mon embarras ; je n'ai pas l'honneur de vous connaître.
SAINT-GERMAIN
Regardez-moi bien , vous me connaissez.
Eh! mais... en effet... je me rappelle... C'est vous, monsieur, qui m'avez secounie le jour de la cérémonie de mon noviciat... j'étais si émue! je me sentais bien mal : quand j'ai repris mes sens , j'ai d'abord rencontré vos regards, qui semblaient témoigner tantdesensibihté... Quoi! c'est vous!
SAIKT-GERMAIN , vivement et avec autoritc.
Je viens encore à votre secours ! un nouveau danjjer vous menace.
BLANCHE
Que voulez-vous dire? vous m'effrayez.
SAINT-GERMAIN
Demain vous serez présentée à la cour; eh bien! si vous y allez, votre réputation, votre honneur seront compromis,- perdus à jamais ! La disp^race , le désespoir suivront de près une grandeur disputée et déshonorante! Ah!
iQ/j
Blanche, si vous voulez vivre heureuse, n'allez pas à la fête de demain. L'avenir que j'entrevois est funeste et me saisit de pitié.
BLANCHE
Quelle affreuse destinée m'annoncez-vous?
SAINT-GERMAIN
Elle est inévitable.
BLANCHE
Comment le savez-vous? Vous lisez donc dans l'avenir? Folle que je suis! Dieu seul peut le connaître. Qui êtes-vous donc, pour prévoir avec ce ton prophétique qui m'impose, qui m'épouvante et donne à vos paroles la force de la vérité? Parlez! qui êtes-vous ?
SAIST-GERMAIN.
Le comte de Saint-Germain.
BLANCHE
Ciel!
SAIST-GERMAIN.
Ne craignez rien.
bIanche.
Ah ! laissez-moi , laissez-moi.
SAINT-GEUMAIN.
Je vous fais horreur. Les prêtres tjui vou^ ont élevée ne prononcent mon lîom qu'en y joignant l'anathèine. A leurs yeux je suis un démon , l'Antéchrist en personne. Daignez cependant me regarder : ma figure vous paraît-elle aussi terrible qu'ils vous l'avaient annoncé ?
BLANCHE
Non.
SAINT-GERMAIN
Le son de ma voix est-il donc si effrayant à vos oreilles ?
BLANCHE
Non.
SAINT-GKRMAIN.
Eh bien ! si j'ai quelque science secrète , l'origine, croyez-moi, n'en est point infernale, et le mauvais génie n'est pas ce qui m'inspire.
BLANCHE
Pourtant, si votre esprit pénètre tous les mystères de la nature , si l'avenir se révèle à vous , je dois trembler ; car vous êtes plus qu'un homme, et vous ne pouvez être un Dieu !... Mais vos regards sont doux et bienveillants. Que dois-je penser? Je suis une pauvre fille. Mon esprit, je l'avoue , est simple comme mon cœur. On lui a défendu de rien examiner : pourtant je ne puis croire qu'un homme sache l'avenir : n'est-ce pas, vous ne le savez point? Vous ne voulez point abuser une pauvre orpheline, vous opposer à sa fortune par de fausses terreurs? Répondez, ayez pitié démon trouble, de ma faiblesse. Je me confie à vous.
SAINT-GERMAIN
Vous êtes charmante ! Tant de naïveté, tant de grâces désarmeraient l'imposteur le plus débouté. Moi, vous abuser, confondre Blanche avec ces femmes vulgaires qu'éblouissent l'arti-