ACTE 1, SCÈNE XV
fice et le menson{;e ! J'abjure pour vous mes prestiges , et je renonce au pouvoir méprisable des terreurs superstitieuses. Ma prévoyance ne tient pas à des causes surnaturelles. L'expérience est tout mon savoir; ce qui m'éclaire sur votre sort, c'est l'intérêt que j'y prends. Oui, en vous voyant si jeune, si belle, parée de tous les dons de la nature , j'ai craint que les intrigues de cour, les chagrins ne flétrissent tant de charmes , et que le bonheur de votre vie ne fût pour jamais empoisonné ; oui, voilà l'avenir que je redoute, que je voudrais détourner ; voilà le secret de mes prophéties.
BLASCHE.
Mais on peut être heureuse à la cour ; le père Griffet me l'a dit.
SAINT-GERMAIN
On y perd la paix du cœur, et ceux qui cherchent à exciter votre sensibilité vous trompent souvent.
BLAXCUE.
Cependant vous, monsieur, qui semblez prendre tant d'intérêt à une pauvre orpheline , vous ne voulez pas me tromper?
SAIST-GERMAIN.
. Ah ! ne le croyez pas.
BLAiSCHE.
Je ne voudrais pas le croire.
SAINT-GERMAIN
Il est encore des cœurs sincères dont l'amitié s'offre sans an'ière-pensée.
BLANCHE
Je ne sais, mais il y a dans votre langage un charme que je ne puis définir. Le père Griffet m'avait bien dit que j'entendrais ici une langue toute nouvelle et toute-puissante sur l'ame.
SAIST-GEBMAIN.
Il vous l'a dit?
BLANCHE
Et m'a permis d'y prêter l'oreille.
SAINT-GERMAIN , à part.
L'infâme !
BLAKCHE.
Eh bien ! je ne me serais pas encore figuré tout le plaisir que j'y trouve, et qui semble m'a ttirer malgré moi... Ce n'est pas de la magie... n'est-ce pas?
SAINT-GERMAIN
Il n'y a de la magie que dans vos regards.
BLANCHE
Je ne me délie plus des vôtres.
SAINT-GERMAIN
Je puis donc espérer d'obtenir votre confiance ?
BLANCHE
Je crois que vous l'avez déjà. Jamais personne avant vous ne m'a parlé avec cet accent d'amitié.
SAIM-UERMAIS.
Pauvre enfant! mais votre famille...
Je n'en ai pas.
SAINT-GERMAIN
Si jeune, et sans guide!...
BLANCHE
Le père Griffet...
SAIÎsT-GER.MAlN.
Il vous en faut un autre; acceptez mes conseils et mon dévouement.
BLAKCIIE.
De tout mon cœur.
SAINT-GERMAIN
Eh bien! si mes paroles ont sur vous quelque pouvoir, n'allez pas demain à Choisy. Votre bonheur en dépend.
BLANCHE
Soyez content, je n'irai pas.
SAOT-GERMAIN.
On vous sollicitera, on vous accablera d'instances.
BLANCHE
Je dirai que je vous ai promis de rester.
SAINT-GERMAIN
Au contraire ; il faut que cette résolution semble venir de vous ; on ne doit pas savon que nous avons eu ensemble un entretien.
C'est vrai; on m'avait défendu de parler à personne; je prendrai tout sur moi.
SAINT-GERMAIN
On vous menacera peut-être.
BLANCHE
Alors vous viendrez à mon secours.
SAINT-GERMAIN
Je VOUS le promets.
BLANCHE
Je ne crains plus rien.
SAINT-GERMAIN
Il faut nous quitter un instant.
BLANCHE
Déjà?
SAINT-GERMAIN
Le secret est nécessaire. Je ne tarderai pas à revenir. Adieu, Blanche. Dès ce moment vous avez un ami qui veille sur vous. (A part.) Ah! mes pères, nous verrons qui gagnera ce procès-là. (Haut.) Blanche, au revoir.
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