SCÈNE XI
Les Mêmes, jM»" DE MERGY.
MADAME DE MERGY
Ah ! c'est pour en mourir... je me trouve mal... Quel procédé ! quelle honte !
SA1>"T-GERMAI>.
Qu'avez-vous doue ?
MAI)A."JE DE MERGY
Beau faiseur de miracles, vos philtres sont merveilleusement composés !
SAINT-GERMAIN
Commenf?vos charmes...
C'est à recommencer.
SAINT-GERMAIN
L'audience n'a pas été heureuse ?
MADAME DE MERGY
Hélas ! je n'ai rien obtenu.
LA MARQUISE, à Saint-Germain.
Quoi ! c'est là?...
SAlNT-GERMAlN, bas.
Votre rivale... je vous en demande pardon... (Haut à madame de Mergy.) Mais peut-être avezvous négligé...?
MADAME DE MERGY
Je vous jure qu'il n'y a pas eu de ma faute. Conduite par M. Lebel , j'avais pris une démarche pleine de séduction. La porte s'ouvrit , et je me trouvai précisément derrière le fauteuil de notre roi bien-aimé. Je lui fis une gracieuse révérence; et je lui dis dune voix douce, mon placet à la main et mon éventail sur les yeux : « Sire, c'est une jeune personne qui soliicife l'honneur de vos bontés... » Le roi se retourna et me considéra d'un air stupéfait. « Ma !)onne dame, dit -il, adressez-vous ù mes ministres ; ils examineront les droits de votre pelite-fille... » Je faillis tomber à la renverse... Ma petite-fille!... Juste ciel! il fait un jour si trompeur dans ces appartements... Vous riez, ina- 'lamc?...
ei^
Je ris de la méprise du roi.
SAINT-GERMAIK.
Oui , c'est le roi qui se trompe.
MADAME DE MERGY
Vous croyez ?...
SAINT-GEUMAIN.
Mon élisir est infaillible; renfermez-vous |)eDdant quelques semaines , redoublez, triplez les doses, et la métamorphose sera complète.
MADAME DE MERGY
Allons , je vais m'y remettre. S'il faut du temps, je me résigne ; avec le temps je deviendrai jeune et belle...
SAINT-GERMAIS.
On ne vous reconnaîtra plus.
MADAME DE MERGY
Alors je pourrai me placer hardiment sui- le passage du roi, en plein jour, et défier toutes les beautés de la cour... même les plus dédaigneuses! Au revoir, madame.
{ Elle sort. )