‹ Magasin théâtralChapitre 237 sur 1475 · M. VA5DERR PERE · texte numérisé non relu

M. VA5DERR PERE

Mon fils, lorsqu'un homme entre dans le moude, il est le jouet des circonstances.

M. VANDERK FILS.

En est- il d'assez fortes pour descendre du rang le plus distingué au rang...

M. VA^DERK PÈRE.

Achevez : au rang le plus bas.

M. VANDERK FILS.

Je ne voulais pas diie cela.

M. VANDERK PERE.

Ecoutez : le compte le plus rigide qu'un père doive à son fils est celui de l'honneur qu'il a reçu de ses ancêtres : asseyons-nous. ( Le père s'assied; le fils prend un siéf»e , et s'assied ensuite.) J'ai été élevé par votre bisaïeul : mon père fut tué fort jeune à la tête de son régiment. Si vous étiez moins raisonnable, je ne vous confierais pas l'histoire de ma jeunesse; et la voici: Votre mère, fille d'un gentilhomme voisin, a été ma seule et unique passion. Dans l'âge où l'on ne choisit pas, j'ai eu le bonheur de bien choisir. Un jeune officier, venu en quartier d hiver dans la province,

trouva mauvais qu'un enfant de seize ans , c'était mon âge, attirât les attentions d'un autre enfant : votre mère n'avait pas douze ans ; il me traita avec une hauteur... je ne le supportai pas, nous nous battîmes.

M. VANDF.RK FILS.

Vous vous battîtes?

M. VANDERK PERE.

Oui, mon fils.

M. VANDERK FILS.

Au pistolet?

M. VANPEP.K PERE.

Non. à l'épée. Je fus forcé de quitter la province : votre mère me jura une constance qu'elle a eue toute sa vie; je m'embarquai. Un bon Hollandais, propriétaire du bâtiment sur lequel j'étais, me prit en affection. Nous fûmes attaqués, et je lui fus utile (c'est là où j'ai connu Antoine). Le bon Hollandais m'associa à son commerce, il m'offrit sa nièce et sa fortune. Je lui dis mes engajjements, il m'approuve, il part, il obtient le consentement des parents de votre mère, il me l'amène avec sa nourrice : c'est cette bonne vieille qui est ici. Nous nous marions; le bon Hollandais mourut dans mes bras; je pris, à sa prière, et son nom et son commerce: le ciel a béni ma fortune, je ne peux pas être plus heureux, je suis estimé: voici votre sœnr bien établie, votre beau-frère remplit avec honneur une des premières places dans la robe. Pour vous, mon fils, vous serez digne de moi et de vos a'i'eux : j'ai déjà remis dans notre famille tous les biens que la nécessité de servir le prince avait fait sortir des mains de nos ancêtres : ils seront à vous , ces biens; et si vous pensez que j'aie fait par le commerce une tache à leur nom , c'est à vous de l'effacer : mais dans un siècle aussi éclairé que celui-ci, ce qui peut donner la noblesse n'est pas capable de l'ôter.

M. VANDERK FILS.

Ah! mon père! je ne le pense pas; mais le préjugé est malheureusement si fort...

M. VANHERK PERE.

Un préjugé! un tel préjugé n'est rien aux yeux de la raison.

M. VAXDF.RK FILS.

Cela n'empêche pas que le commerce ne soit considéré comme un état.

M. VANDERK PÈRE.

Quel état, mon fils, que celui d'un homme qui , d'un trait de plume, se fait obéir d'un bout de l'univers à l'autre! Son nom, son seing n'a pas besoin, comme la monnaie d'un souverain, que la valeur du métal serve de caution à l'empreinte, Sa personne a tout fait; il a signé, cela suffit.

M. VANDERK FILS.

J'en conviens ; mais...

M. VANDERK PÈRE.

Ce n'est pas un temple, ce n'est pas une

LK PHILOSOPHE SANS LE SAVOIR

seule nation fju'il sert; il les sert toutes, et pu est servi : c'est riioimiie de l'univers.

M. VA^nERK KIIS.

Cela peut être vr;ii ; mais eiitiii en lui- même qu'a-t-il de respectable?

M. VAr<nEfiK riîRt.

De respectable ! ce qui ieyitiuie dans un gentilhomme les droits de la naissance, ce qui (■"ait l.i base de ses titres : la droitiue, l'honneur, la probité.

M. VANDElîK Fil. s.

Votre conduite, mon père.

M. VAMUiKK PKRE.

Quelques parliculieis audacieux font armer les rois, la {jtierre s'allume, tout s'embrase, l'Europe est divise'e; mais ce m^jociant an^Iai.s, hollandais, russe ou chinois, n'en est pas moins l'ami de mon cceur : nous sommes, sur la sutlace de la terre, autant de fils qui lient ensemble les nations, et les ramènent à la paix par la nécessité du commerce : voilà, mon tils,ce (nie c'est qu'un honnête néfjocianl.

M. v.*^n^:llK m. s.

Et le fjentilbomme donc, et le militaire ?

M VANUEIiK PÈr.K.

Je ne connais que deux états au-dessus du <'ommerçanl (en supposant encore qu'il y ait quelque différence entre ceux qui font le mieux qu'ils peuvent dans le rang où le ciel lésa placés) ; je ne connais que deux états: le magistrat qui fait parler les lois, et le guerrier qui défend la patrie.

Je suis donc gentilhomme?

M. VA^OEltK. PERE.

Oui, mon fils; il est peu de bonnes maisons auxquelles vous ne teniez, et qui ne tiennent à vous.

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