ACTE V, SCENE IV
M. VAKDERK PERE sonne.
Monsieur, je vais vous la faire payer.
M. DESPARVILLE PERE.
A l'instant?
M. VANOEnK PÈRE.
Oui , monsieur.
M. DESPARVTt.LE pÈRE.
A l'instant! prenez, prenez, monsieur. Ah, quel service vous me rendez ! Prenez , prenez , monsieur.
M. VANDERK PERE, au domestique qui entre.
Allez à ma caisse, apportez le montant de cette lettre, deux mille quatre cents livres.
M. DESPARVILLE PERE.
Monsieur, au service que vous me rendez pouvez-vous ajouter celui de me faire donner de l'or?
M. VANDERK PERE.
Volontiers, monsieur. (Au domestique.) Apportez la somme en or.
M. DESPARVILLE PERE, au domestique qui sort.
Faites retenir y monsieur, l'escompte, l'acompte.
M. VANDERK PÈRE.
Non, monsieur, je ne prends point d'escompte, ce n'est point mon commerce; et je vous l'avoue avec plaisir, ce service ne me coûte rien. Votre lettre vient de Cadix, elle est pour moi une rescription, elle devient pour moi de l'argent comptant.
M. DESPARVILLE PERE.
Monsieur, monsieur, voilà de l'honnêteté, voilà de l'honnêteté : vous ne savez pas toute l'obligation que je vous dois, toute l'étendue du service que vous me rendez.
M. VANDERK PERE.
Je souhaite qu'il soit considérable.
M. DESPARVILLE PERE.
Ah, monsieur, monsieur, que vous êtes heureux ! Vous n'avez qu'une fille, vous?
J'espère que j'ai un fils.
M. DESPARVILLE PÈRE.
Un fils! mais il est apparemment dans le commerce, dans un état tranc^uille ; mais le mien, le mien est dans le service ; à l'instant que je vous parle, n'est-il pas occupé à se battre.
M. VAKDERK PERE.
A se battre !
M. DESPARVILLE PERE.
Oui , monsieur, à se battre... Un autre jeune homme, dans un café... un étourdi lui a cherché querelle, je ne sais pourquoi, je ne sais comment; il ne le sait pas lui-même.
M. VANDERK PERE.
Que je vous plains! et qu'il est à craindre...
M. DESPARVILLE PÈRE.
A craindre ! je ne crains rien : mon fils est brave, il tient de moi, et adroit, adroit : à vingt pas il couperait une balle en deux sur une
lame de couteau; mais il faut qu'il s'enfuie, c'est le diable : vous entendez bien, vous entendez bien : je me fie à vous, vous m'avez gagné lame.
M. VANDERK PERE.
Monsieur, je suis flatté de votre... (On frappe à la porte un coup. ) Je suis flatté de ce que... (Un second coup.) M. DESPARVILLE PERE.
Ce n'est rien; c'est qu'on frappe chez vous. { Un troisième coup. — Monsieur Vundcrk père tombe sur un siège.) Monsieur, vous ne vous trouvez pas indisposé?
M. VANDERK PERE.
Ah ! monsieur, tous les pères ne sont pas malheiueux ! (Le domestique entre avec des rouleaux de louis.) Voilà votre somme! partez, monsieur, vous n'avez pas de temps à perdre.
M. DESPARVILLE PERE.
Que vous m'obligez !
M. VANDERK PERE.
Pcrmettez-iuoi de ne pas vous reconduire.
•\\. DESPARVILLE PÈRE.
Ah, vous avez affaire! Ah, le brave homme ! ah, l'honnête homiue ! Monsieur, mon sang est à vous; restez, restez, restez, je vous en prie.
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