‹ Magasin théâtralChapitre 29 sur 1475 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ROGER, UN HUISSIER, fuis DUBOULOY.

ROGER , à un huissier. ïleineitez cet; ! fiste aux huissiers (le service dans l'antichambre, et qu'ils ne laissent entrer que îes" personnes dont les noms y sont inscrits; îf y a exception en faveur de' deux dames que pi-tsentera l'ambassadeur rte Fr.mce. [Â DuhrÀlloy qui entre.) Ah! c'est toi, Dubouloy ! ûéjh en costume !

DUROULOY. Oui, raion ami. On nous pro-

met du plaisir pour ce soir, et, ma foi, j'ai lîâte de m'amuscr; car je te confesse que je m'pnnuie cruf-llement dans la capitale de toutes les Espagaes.

ROGER. Comment! toujours?

DUBOULOY. Plus que jamais. Oh ! mon ami, que la péninsule est mal connue et qu'on en fait de faux récits. A entendre ceux qui en reviennent, un joli garçon, un homme bien •ourné, un cavalier élégant, ne peut pas faire im pas dans la rue sans être suivi par une (iiiègue qui lui remet un billet de la part de sa maîtresse ; ne peut pas lever la tête vers une fenêtre, sans voir une main qui passe à travers une jalousie ; ne peut pas, en se promenant au Prado , baisser les yeux sur un i}aiic, sans y trouver im éventail oublié à dessein, et qui attend qu'on le rapporte à sa jolie propriétaire. Les infâmes menteurs!

Moi, je pars pour l'Espagne, de confiance , sur ce que les voyageurs en disent : dès le jour de mou " arrivée , je me lance dans les rues de Madrid; je regarde à toutes les fenêtres; je ui'assieds sur tous les bancs Eh

bien , mon ami , piis une duègue , pas une main, pas un éventail!... C'est monstrueux, parole d'honneur! On dirait que je suis un croquant!... Aussi, à mon retour en France, je t'en préviens, Saint-Hérem, je déshonore l'Espagne... Sais-tu qu'il y a des moments où l'en suis presque à regretter ma femme?

uoGEiî. A propos, en as-tu reçu des nouvelles, de ta femme?

DUBOULOY. Non ; seulement j'ai reçu une lettre de uion père.

ROGER. Et que te dit-il de nouveau?

DUBOULOY. Rien de nouveau. — Toujours en colère!.... toujours la même indignation contre moi!.

ROGER. Oh ! il se calmera.

DUBOULOY. Il m'annonce en outre qu'il cherche le moyen de faire rompre le contrat par lequel il m'assurait cinquante mille livres de rente, et qu'il espère réussir!. .. Mais conçois-tu qu'il ne veuille pas croire un mot de mon aventure?

ROGER. Que veux-tu? c'est de l'entêtement. Et la famille?

DUBOULOY. Quelle famille ?

ROGER. La famille de l'autre ?

DUBOULOY. oh! mon ami, ne m'en parle pas , elle fait des cris de paon. Le père , les frères et les trois cousins sont en quête de ton serviteur. Imagine-toi qu'ils sont venus en masse à l'hôtel : ou leur a dit que je n'y étais pas, que j'étais parti.. . tarare ! ils iVont pas voulu en croire Boisjoli sur parole. Ils "ont forcé la porte , ils ont fouillé tous les coins , ils ont été regarder jusque sous les lits. Te figures-tu , six , mon cher, six que j'aarais élé obligé de tuer d'abord. ,. . et re-

marque bien qu'il n'y avait là que les parents

de Paiis, la province n'est pas encore prévenue. Et toi , as-tu reçu des nouvelles de ta femme, ou de ses frères, ou de ses cousins, ou de ses neveux?

ROGER. Non ; Charlotte n'a pas de famille, elle.

DUBOULOY. Je ne sais pas comment tu fais, toi ; tu as un bonheur!...

ROGER. Ah! oui, un bonheur! le mot est bien choisi.

DUBOULOY. Au fait , j'oubliais... le roi d?^ France est donc toujours furieux?

ROGER. Plus que jamais; que veux -tu?

quand on a un jésuite pour confesseur et une prude pour maîtresse, on ne pardonne pas facilement.

DUBOULOY. Ainsi tes biens...

ROGER. Séquestrés , mon cher, sans miséricorde ; quant à moi , consigné h la frontière , et cela tant que je n'aurai pas réparé mes torts d'époux envers madame de Saint- Hérem, comme j'ai réparé mes torts d'amant envers mademoiselle de Mérian ; oh! madame de Maintenon y met de l'obstination.

DUBOULOY. Et tu crois que c'est à madame de Saint-Hérem que tu dois ces persécutions ?

ROGER. Et à qui donc veux-tu que ce

soit? Elle a tort, Dubouloy, elle a tort.

Moi qui m'étais quelquefois repenti de la façon dont je l'avais traitée... Moi qui peutêtre , si j'avais reconnu chez elle quelque regret , quelque dévouement , serais venu le premier. . .

DUBOULOY, Comment?

ROGER. Sais-tu qu'en regardant toutes les femmes qui nous entourent, je n'en ai pas trouvé une seule que l'on puisse lui comparer.

DUBOULOY. Si tu le prends ainsi , il me semble que madame Dubouloy n'est pas plus désagréable qu'une autre; mais on a du cœur, on n'oublie pas qu'on a été pris comme un sot; sans compter qu'elle m'a fait perdre la charge de gobeletierdu roi, que je regrette, pas pour moi , Dieu merci , mais parce que mon père y tenait , ce qui est cause de toq^ mes malheurs !... Mais dis donc, Roger, il me semble que voilà déjà les invités qui arrivent.

ROGER. Ma foi , oui. [A un Huissier.) Doimez-moi mon domino. Ah ! chercheur d'aventures, j'ai oublié de te dire que nous avons deux nouvelles débarquées, deux Françaises.

DUBOULOY. Comment les appelle-t-on ?

ROGER, passant son domino. Ah ! je te le demanderai...

DUBOULOY. Et qui les a présentées?

ROGER. L'ambassadeur de France.

LES DEMOISELLES DE SAIMT-CYR

DUBOULOY. Alors CG soiit de grandes datnos ?

BOGER. Cela m'en a l'air. En tout cas, voici monsieur le duc d'Harcourt qui va nous le dire.

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SCEjNE VI.

Les Précédents, LE DUC D'HARCOURT.

LE DUC. Que vais-je vous dire, messieurs?

ROGER. Quelles sont ces dames que vous c.vez présentées au roi ?

LE DUC. Je vous cherchais tout exprès pour cela.

ROGER. Tout exprès ?

LE DUC. D'honneur.

DLBOULOY. oh! c'est bien aimable à vous, monsieur le duc.

LE DUC Cependant je vous avouerai que la confidence est bien sérieuse pour être faite au milieu d'un bal.

ROGER. Bah! il s'agit de politique?

LE DUC. Justement.

DUBOULOY. Ces dames ont une mission ?

LE DUC. Des plus importantes.

ROGER. Une mission importante confiée à la discrétion de deux femmes? cela me paraît assez imprudent de la part du gouvernement qui les en a chargées.

LE DUC. Elles l'ignorent elles-mêmes.

DUBOULOY. Alors elles arrivent ici...

LE DUC. Sans savoir ce qu'elles y viennent faire.

DUBOULOY. C'est fort drôle je trouve

cela drôle !

ROGER. Et vous nous le direz, à nous, ce qu'elles viennent faire ?

LE DUC. Oui , car vous êtes de véritables amis du roi Philippe V, n'est-ce pas , de fidèles sujets du roi Louis XIV ?

ROGER. Sans doute.

LE DUC. Eh bien ! on s'inquiète , à Versailles , de l'influence énorme que madame des Ursins a déjà prise sur le jeune roi.

ROGER. Vraiment !

LE DUC. On craint que madame des Ursins ne soit dans les intérêts de l'Autriche; comprenez-vous ?

DUBOULOY. Bah !

LE DUC. Et comme on sait c[u'il n'y a pas de conseils , si sages qu'ils soient , qui puissent éclairer un homme qui est amoureux , il a été résolu...

ROGER. Que l'on combattrait l'amour par l'amour?

LE DUC. Justement. Et à cet effet on a dépêché au roi deux femmes charmantes , afin que s'il échappe à l'une , il tombe dans les mains de l'autre.

ROGER. Prenez-y garde, monsieur le duc; si les femmes se mettent l\. faire de l'intrigue, cela fera concurrence à ceux qui font de la diplomatie.

LE DUC. Silence ! voilà le ro..

DUBOULOY. Avec ces deux clames?

LEDUC. Avec elles. Messieurs, pas ua mot!

ROGER. Oh!...

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