‹ Magasin théâtralChapitre 305 sur 1475 · I.e galant Bourguignon · texte numérisé non relu

I.e galant Bourguignon

SILVIA

Le galant Bourguignon , dont je ne savais pas l'épithète, ne me parle pas de lui.

ORGON

Cependant on prétend que c'est lui qui le détruit auprès de toi ; et c'est sur quoi j'étais bien aise de te parler.

SILVIA

Ce n'est pas la peine , mon père ; et personne au monde, que Son maître, ne m'a donné l'aversion naturelle que j'ai pour lui.

MARIO

Ma foi, tu as beau dire, ma sœur', elle est trop forte pour être si naturelle , et quelqu'un y a aidé.

SILVIA, avec vivacité.

Avec quel air mystérieux vous me dites cela , mon frère ! Et qui est donc ce quelqu'un qui y a aidé? Voyons.

MARIO

Dans quelle humeur es-tu, ma sœur? Comme tu t'emportes!

SILVIA

C'est que je suis bien lasse de mon personnage ; et je me serais déjà démasquée, si je n'avais pas craint de fâcher mon père...

OEGOX.

Gardez-vous-en bien, ma fille ; je viens ici pour vous le recommander. Puisque j'ai eu la complaisance de vous permettre votre déguisement, il faut , s'il vous plait , que vous ayez celle de suspendre votre jugement sur Dorante , et de voir si l'aversion qu'on vous a donnée pour lui est légitime.

SILVIA

Vous ne m'écoutez donc point , mon père? Je vous dis qu'on ne me l'a point donnée.

MARIO

Quoi ! ce babillard , qui vient de sortir, ne t'a pas un peu dégoûtée de lui ?

SILVIA, avec feu.

Que vos discours sont désobligeans! M'a dégoûtée de lui! dégoûtée! J'essuie des expressions bien étranges; je n'entends plus que des choses inouïes, qu'un langage inconcevable; j'ai l'air embarrassé, il y a quelque chose; et puis c'est le galant Bourguignon qui m'a dégoûtée. C'est tout ce qu'il vous plaira; mais je n'y entends rien. MARIO.

Pour le coup, c'est toi qui es étrange. A qui en as-tu donc? D'où vient que tu est si fort sur le qui vive? Dans quelle idée nous sonpçonnes-tii?

SILVIA

Courage, mon frère. Par quelle fatalité aujourd'hui ne pouvez-vous me dire un mot qui ne me choque ? Quels soupçons voulez-vous qu'il nie vienne ? Avez-vous des visions !

ORGON

Il est vrai que tu es si agitée, que je ne te reconnais point non plus. Ce sont apparemment ces mouvemens-là qui sont cause que Lisette nous a parlé comme elle a fait. Elle accusait ce valet de ne t'avoir pas entretenu à l'avantage de son maître; et madame, nous a-t-elle dit, l'a défendu contre moi avec tant de colère, que j'en suis encore toute surprise ; et c'est sur ce mot de surprise que nous l'avons querellée; mais ces gens-là ne savent pas la conséquence d'un mot.

SILVIA

L'impertinente! Y a-t-il rien de plus haïssable que cette fille-là ? J'avoue que je me suis fâchée par un esprit de justice pour ce garçon.

Je ne vois pas de mal à cela.

SILVIA

Y a-t-il rien de plus simple ? Quoi ! parce que je suis équitable , que je veux qu'on ne nuise à personne, que je veux sauver un domestique du tort qu'on peut lui faire auprès de son maître, on dit que j'ai des emportemens, des fureurs dont on est surpris! Un moment après un mauvais espiit raisonne; il faut se fâcher, il faut la faire taire, et prendre mon parti contre elle, à cause de la conséquence de ce qu'elle dit! Mon parti! J'ai donc besoin qu'on me défende, qu'on me justifie! On peut donc mal interpréter ce que je fais ! Mais que fais-je; de quoi m'accuse-t-on? Instruisez-moi, j" vous en conjure : cela est sérieux. Me joue-t-oii? se moque-t-on de moi? Je ne suis pas tranquille. ORGOX.

Doucement donc.

SILVIA

Non, monsieur, il n'y a point de douceur qui tienne. Comment donc ! des surprises, des conséquences ! Eh ! qu'on s'explique: que veut-on dire ? On accuse ce valet, et on a tort. Vous vous trompez tous, Lisette est une folle, il est innocent, c! voilà qui est fini. Pourquoi donc m'en reparler encore ? car je suis outrée !

ORGON

Tu te retiens, ma fille; tu aurais grande envi? de me quereller aussi. Mais faisons mieux ; il n'y a que ce valet qui est suspect ici. Dorante n'a qu'a le chasser.

SILVIA

Quel malheureux déguisement! Surtout que Lisette ne m'approche pas; je la hais plus que Dorante.

Tu la verras si tu veux. Mais tu dois être char-

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