‹ Magasin théâtralChapitre 330 sur 1475 · LUCILE, VALCOUR · texte numérisé non relu

LUCILE, VALCOUR

Mousieur reste doue ?

VALCOUR

Madame, si vous vous fâchez...

LUCILE

Ob ! j'aime mieux plaisanter. Mais voyons ; de quelle utilité peut être votre entêtement à rester chez moi ?

VALCOUR

Je n'ose croire qu'il me sera utile, mais mon plaisir est incontestable.

LUCILE

Vous devriez un peu consulter le mien.

VALCOUR

Mais, madame , j'ai l'amour-propre de croire que je vous amuse.

LUCILE

Vous pourriez avoir deviné.

VALCOUR

Je devine assez bien, madame,

LUCILE

Ah! vous croyez peut-être que vous avez déjà su me plaire?

VALCOUR

Convenez au moins qu'il n'est pas impossible que deux personnes s'aiment h la première vue?

Quand cela ne serait pas impossible, je ne conçois pas qu'on se le dise.

VALCOUR

Cela est pourtant bien naturel. La première vue suffit pour nous apprendre si une personne nous plaît. Tout ce qui arrive après est une suite de ce premier moment : pourquoi donc attendre des mois entiers pour s'instruire de ce qu'on savait dès le premier jour ?

LUCILE

Bon moyen pour être trompé !

VALCOUR

Eh! n'est-on pas trompé autrement?

LUCILE

On l'est moins.

VALCOUR

Ni plus, ni moins, madame.

LUCILE

Monsieur, prenez-vous ce ton-là avec toutes les femmes?

VALCOUR

Je vous proteste que c'est la première fois. !

LUCILE. j

Cela est très gracieux. En effet, vous avez l'air | d'un galant homme, et je ne dois attribuer qu'à i

mon imprudence la conduite plus que légère que vous tenez avec moi.

VALCOUR

Si vous voulez m'entendre, vous conviendrez que je n'ai pu agir autrement.

LUCILE

j Voilà qui est charmant 1 Vous deviez être imj pertinent une fois dans votre vie, et c'est sur moi j que tombe la préférence!

I VALCOUR

Daignez m'écouter et me juger. Je connais le monde; je sais comme un autre en prendre les manières ; mais en suivant les règles ordinaires, j'aurais été réduit à vous rendre votre livre , à vous saluer avec retenue , et à m'éloigner tristement sans avoir l'espérance de vous revoir jamais. Entre deux maux, il a fallu choisir, et j'ai mieux aimé risquer de vous déplaire, que de perdre la seule occasion qui put m'approcher de vous.

LUCILE

De sorte que je dois vous remercier ?

VALCOUR

Vous devez me pardonner, madame; et si dans la suite je me sers encore des mêmes moyens, c'est que j'aime mieux vous piquer que de vous être indifférent.

LUCILE

Il faut avouer que le hasard qui a fait tomber mon livre, meprocure une aventure bien agréable ! VALCOUR.

Si c'est un hasard, madame; je dois m'estimer heureux.

LUCILE

Mais, enfin, qu'espérez-vous de tout ceci? Quels sont vos projets ?

VALCOUR

De vous voir le plus long-temps possible.

LUCILE

Décidément?

VALCOUR

Décidément.

LUCILE

Eh bien ! monsieur, asseyons-nous.

VALCOUR

J'allais vous en prier.

LUCILE

Je vous ai dit que votre démarche me paraissait inutile ; maintenant, je commence à la croire dangereuse.

VALCOUR

Pour qui, madame ?

LUCILE

Oh ! pour vous.

VALCOUR

Veuillez m'expliquer cela.

LUCILE, riant.

Avec un cœur capable de s'enflammer à la

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