‹ Magasin théâtralChapitre 34 sur 1475 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

Les :\iÊMES, CHARLOTTE , LOUISE.

ROGER, allant à Louise et la ramenant sur le devant, tandis que Dubouloy reste au fond avec Charlotte. Ah! voila qui est véritablement méritoire, madame, tenir aussi consciencieusement une promesse de bal masqué.

LOUISE, du ton le plus sentimental. Une promes^e e-^t toujours un^ promesse, monsieur, et qu'elle soit faite sous le masque ou à visage découvert, elle n'en est pas moins sacrée.

ROGER. A la bonne heure ! voilà des principes que j'apprécie.

LOUISE. Mais que vous vous gardez bien de suivre, n'est-ce pas?

ROGER, tournant le dos au public. Et qui a pu vous tenir sur mon compte de si méchants propos?

LOUISE. Oh! je V ,J3 connais mieux que vous ne le pensez, v'^omte!

Roger et Louise s'éloigneL A mesure qu'ils s'éloignent, Dubouloy et Char' ,tf: se rapprochent.

CHARLOTTE. AloTs, ?'il en est ainsi, pour- Q\uoi ne relournez-vt pas à Paris?

DUBOULOY. C'est ..vfaiteméht iftutile, si je trouve à Madrid des Françaises qui veuillent bien ra'aimer un peu.

CHARLOTTE. Tauuis que VOUS pourriez en trouvei; en France qui vous délestent beaucoup.

DUROULOY. Plàît-il?

CHARLOTTE. Ail ! VOUS faites de ces choses-là, monsieur Dubouloy... vous signez un contrat de mariage avec l'une, et vous enlevez l'autre! on vous attend pour épouser à Charny , et vous vous mariez à la Bastille. Puis, ce n'est pas encore îout : après avoir" abandonné la veiile celle qui devaii être votre femme, le lendemain celle qui l'était, vous venez dire à une troisième qui ne l'est pas, et qui ne peut pas l'être, que vous l'adorez !.. .. Le moyen qu'on réponde à votre amour, volage ! le moyen qu'on se fie à vos serments, trompeur !

DUBOULOY. Comment! vous connaissez tous ces détails, belle dame!

CHAH LOTTE. C'était l'histoirB à la mode quand nous avons quitté Paris, mon amie et moi. On ne parlait que de monsieur Dubouloy et do \iromte de Saint-Hérem. Vous faisiez'vériiahleuieut à vous deux la monnaie de monsiei':!' J.:^ I.auzun. (5e retournant pour gagner le fond). Aussi, nous, qui n'avions pas l'avantage de vous connaître^ et qui désirions voir deux hommes si extraordiDqires , sonimes-uoui venues de Paiis à 3iadrid poui vous reuco;;t!er.

DUiiOULOY. Exprès?

CHARLOTTE. TOUt CXprès.

DUBOULOY. En vérité , c'est trop ainialk de votre part.

LOUISE , reparaissant avec Roger. Oli !

monsieur, ne me dites pas cela; jesaisquevou.s délestez les anîours sérieuses, et, avec nous autres femmes seutimentales, songez-y bien., ce n'est pas un simple caprice qu'il faut, c'est un attarheiiuîù ppufond et dm-able.

ROGER, "ùais vous vous trompez complète ment, madame ; j'adors au contraire les femmes sentimentales, moi.

LOUISE. Ahî vicomte, prenez garde, il me semble que s'i! en eût été ainsi, mademoiselle de Mériairvousconveuait sous tous les rapports.

ROGER. Va qui vous dit que je ne l'aiiiiais pas , madame ? qui vous dit que son image ne se présen'.- ] as souvent encore à riion esprit? <iui vous dit qu'il ne me faut pas un aniour à venir pour éteindre une passion

LOUISE. Ainsi, moiisi ur, vous me considéiez comme un moyen de guérison ?

ROGER. Non, iiuKlar.ic; mais je dis que pour faire oublier u-îe fenîme aiaiable, il ne faut pas moins qu'une feînme charmante. Je ne vois rien là qui puisse vous blesser, ce me sembie; et c'est ce qui m'enhardit à solhciler la faveur de vous présenter mes hommages.

LOUISE. Eh hier), nousvoi^roa.s.. plustard...

ROGER , se re/ôw?-nan'. ''■- pour que je puisse profiter de cette ginci. i e permission, il faut que vous nie dis; :• vous habitez.

LOUISE. Hue d'Alciiin, :.

ROGER. Je deman iercV: .'...

LOUISE. .Madainefie l'oinidnt.

Ils continuent de parler bas, tandis que Dubouloy et Charlotte reparaissant.

DUROULOY. Ainsi?...

CHARLOTTE. Fiue d'Alcala, n" 15.

DUBOULOY. 3!adame?...

CHARLOTTE, 'iadame de Saint-Réal.

DUBOULOY. jlainte.nant permettez que, plein du souvenir de votre esprit, j'emporte aussi celui de voire visage , et que je puisse contempler, ne fût-ce qu'en rt^e, le' charmant démon qui m'a luliiié lonte la nuit?

CHARLOTTE, à Biiboiiloy . \{ faut donc faire tout ce que von."* voulez?

LOUISE, fi Roger qui paraît la supplier. Vous l'exigez donc absolument?

DUBOULOY. Je vous en conjure.

, ROGER. Je vous en supplie.

LOUISE, se démasquant. Tenez,, êtes-vous content ?

CHARLOTTE , se démasquant. Eh bien , soyez satisfait !

ROGER. Madame Dubouloy!

DUBOULOY. Madame de Saint-Hérem !

Ils se retournent vivement, Dubouloy vers Roger, Roger vers Dubouloy. Pendant ce temps, Charlotte et Louise disparaissent, chacune par la porte latérale près de laquelle elle se trouve.

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