SCÈNE XX
ERNEST, SALNT-LEGER.
(Ernest est toujours pétrifié, dans la même altitude.) SAINT-LEGER.
Ah! c'est toi, cher Ernest?... (L'examinant.) Eh bien! qu'as-tu donc? Réponds-moi... Tu dis?
ERNEST
Ouf!
SAINT-LEGER
Qu'est-ce que c'est ça? ouf!
ERNEST , frappant du pied.
Bon Dieu ! mon ami , tu arrives toujours trop tard ! Elle était là , là , il y a trois secondes. . si lu avais été près de moi , j'aurais eu le courage de lui parler.
SAINT-LEGER
Tu n'as rien dit?
ERNEST
Rien. J'étais pétriflé, immobile; cela m'arrive toujours à la première, à la seconde entrevue; mais , à la troisième , tu verras !
SAI>'T-LEGER
Allons , te voilà perdu auprès d'elle.
KRNEST.
Que veux-tu? c'est un mal qui me prend, et qu'il m'est impossible de vaincre... Et puis elle tenait ma lettre; elle en avait l'air fâchée.
SAINT-LEGER , à pari.
Elle est difficile.
ERNEST
Mais qu'elle revienne! quelle revienne! je me sens un courage!... Ne me quitte pas!
SAINT-LEGER
Tu entends bien que je ne puis être là, quand...
ERNEST
Ah diable !
SAINT-LEGER
Mais il faut de l'assurance, de l'aplomb .. Une femme n'est jamais réellement en colère , lorsqu'on lui dit qu'on ladore; et quand elle vous répond : « Je suis bien étonnée, monsieur, que » vous osiez vous permettre... » c'est comme si elle disait : « Je suis enchantée que vous vouliez » bien me trouver aimable cl jolie ; mais laissez- » moi du temps. » J'ai reçu , dans ma vie , deux ou trois soumets qui ne voulaient pas dire autre chose.