SCENE I. livres, mes amis, mes vieux camarades d'étude
Don QUEXADA, GINÈS portant un flan,be,u , (Écartant le flambeau de Gincs. ) Eh ! pas si près,
DOMINGO "^'^" honnête Asturien ! premls donc garde : ta
I ferais volontiers un anto-<la-fe de ma bihliothé-
Dos QUEXADA. que. Par saint Dominique! ces livres-là sont
Eclaire-moi, Ginès; que je les revoie à mon j iiieili(M)is chrétiens que moi et toi. (A voii b«s«e.)
«ue, après trois jours d'absence, ces cher» N'est-ce pas grâce à leur pieuse intervention que
DON JLIAN D AUTRICHE.
j'ai fait un huindie île Dieu tlii plus foiigui'iiK èiuialgu de» deuxCeTslilIrs? (A |iaii.) l'auvie duii Juan !... ensevelir s«us un froc de moine tant de qualités qui proniettiiiciit un jeune seigneur accompli ! L'empereur mou maiire l'a voulu, et notre nouveau roi Philippe il n'a juré de le reconnaître qu'a cette condition. (Haut.) Mais il nje semble que j'entends du hruit chez lui. (S'approchant d'une porte latérale. J Don Juan , mon fds, vous ne dormez pas?
UNE VOIX HE l'iNTÉRIELH.
Mon père , je suis en oraison.
DOS QllEXADA.
Douces paroles, qui m'épanouissent le cœur! (A don Juan.) Ne vous déran(;ez pas, mon enant ; la joie que vous cause mon retour ne doit pas vous distraire de vos devoirs envers le père ••ommiui de tous les homnjcs. (.\ Cinès.) Viens de ce coté, el parlons bas; toi que je charge de le surveiller dès qu'il met le pied iiors d ici , dismoi , Ginès , que s'est-il passé peudant mon voyajje? Il est allé régulièrement faire ses dévoliou'i <lans l'église à l'heure t)rdinane? r.ots.
.\ 1 heure ordinaire.
I>OM QUEXAIiA;
Il y est resté long-lemps?
(.INÈS
Long-temps.
DON yiJEXADA.
r.n allant et en revoiiaiit lu n'as vu rien de suspect?
eiKÈs.
Kien de suspect.
DO» QDEXADA.
Tu n'as reçu pour lui aucune lettre ?
GINÈS
Aucune lettre.
DOMINGO, à part.
Excepté celle-ci. (En la glissant sous la porte de la chambre de don Juan.) La Voilà à son adresse ! HON QUEXADA , à Ginès.
Je suis content de toi; .sers-moi toujours de Diéme.
GIMÈS.
Toujours de même.
UON QIJEXADA.
(;'est fomme un échu. J'ai rencontré entre Oviédo et Penn;iflor une mule de son pays qui avait plus de conversation que lui; mais il est îidèle. A ton tour, Domingo , lends-snoi compte Jeta surveillance intérieure. Mon HIs, qu'a-t-il wit le jour de mon départ?
DOMINGO
11 s'est levé assez triste. Son premier devoir a e'té d'accomplir, conjointement avec moi, ses exercices de piété; ensuite on lui a servi son chocolat , que nous avons trouvé excellent.
DON QUEXADA.
Je vois que situ prell(l^ ta part de ses dévotions, tu te ui: ts de moitié dans son déjeuner.
^Qr>
DOMIKGO.
Il dit qu'il prie avec plus de ferveur quand je suis là, et cju'il manpe de meilleur appétit. DOS QiEXADA, à part.
Celui-ci est plus délié que l'autre : il a servi trois ans chez un chanoine. (A Domingo.) Après?
DOMINOO.'
Je lui ai lu , pour l'édifier , le sermon <lu révérend père iSoiinius; mais malheureusement...
1>0.\ Ql EXADA.
Il .s'est endoimi ?
DOMINGO
Au beau milieu du premier point.
DON QUEXAn».
l".h ! <]ue ne lui rappelais-tu plutôt les grandes choses du dernier règne?
DOMINGO
J'ai craint (|ue le nom de François l*' ne vînt
à le rejeter d.ujs toutes ses fantaisies militaires.
DON (^UEXADA.
François X" est dtuic toujours son bi-ros?... (A pan.) ("est une singulière idée dans un fils de (■.hîirles-Qiiiiii (A Domingo.) Ensuite?
IlO.MlNOO.
Il s'est couché, comme de coutume, à la nuit tombante; il a reposé d'un sommeil aussi (ralme que sa coa.science; el j'ai su le lendemain (|u'il n'avait eu tpie des lèves c|ui auraient fait fiuiineur à un solitaire de la Thébaide.
DON QDEXADA.
Tu me combles de joie. J'espère que le vieux Raphaël, qui dort déjà, me fera aussi demain im rapport favorable. Il y a six mois , Domingo, quand don Juan menaçait de se porter avec tant d'ardeur vers tout aulie chose que son salut, qui nous eiii dit que nous arriverions ;i cette conversion miraculeuse? (j est un chef-d'œuvre d'éducation. Donne-moi les clefs.
DOMINGO
Les voici toutes; (à part.) mais je garde la bonne.
DON QtEXAU.\.
Maintenant il ne peut plus sortir sans ma permission
DOMINGO, à part.
Mais il rentrera avec la nôtre.
UUN QUEXADA, lui donnatit de l'argent.
Djmingo, voici pour tes pauvres et toi.
DOMINGO
Pour moi et mes pauvres, si vous le permettez.
DON QDEXADA.
C'est de droit. Prends aussi , Cinès, et va te coucher.
GINÈS
Je vas me coucher.
DON QUEXADa.
Si jamais celui-Ja parle d'abondance!..-
A(:ti<: I, SCK.M-: ii.
SOÈNE II.
Dos QCKXADA.
Assevnns-nuus, car je suis las. Il est bon de iti'assurer que je n'ai perdu aucun de mes papiers en route. (Il ouvre un portefeuille et Cl. tiie quelques leities qu'il parcouit. ] Ah! le Lillel de sa majesté don l'iiilippe, qui refuse de nie recevoir à Madrid, et in'eiijonit de repartir sur-le-champ pour Vill;i-Gariia d«! Campos où , grâce au ciel , nie voici de retour. ( Il rciuet le papier et en preml un autre.) « Derniers conseils d'Ignace de Loyola a " son ami don Quexada, aix.'icn conseiller in- ■ time de l'empereur Cliarics-Quint... »
C'est la lettre que ce saint homme m'écrivit <piel((ues jours avant sa mort. Aurait-on jatnais pensé, quand il coiniiianiUiit cette compagnie de mifpielets au siège de l'ampelune, qu'il serait un jour à la tête d'une compagnie... toute différente, et qui promet de devenir une armée si elle continue à se recruter du même train qu'aujourd'hui? Oui, c'est bien cela : excellente lettre ! je ne puis me lasser de la relire ;
« Il vous est venu un scrupule, mon très cher « frère, touchant un fils naturel de l'empereur « Charles-Quint, le jeune don Juan, né à Ra- " tisbonne le 24 février iS^S, qui vous a été " confié dès l'âge le plus tendre, et tpii passe « pour vous appartenir. Dans h:- cas trop proba- « ble, me dites-vous, oii mon élève ne serait pas « reconnu par le roi Philippe II, son irère, mal- " gré la promesse que celui-ci en a faite devant " moi à l'empereur Chai les-Quint , aujourd'hui
• moine au couvent de Saint-.Iust, dois-je ou « non publier la vérité? Distinguons, je vous <t prie, distinguons...»
Lorsqu'il faisait sa sixième, à trente-cinq ans, au collège de Montaigu, c'était déjà un écolier remarquable pour les cas de conscience : il distinguait toujours.
« Si don Juan ne tenait à rien dans le monde, « ou tenait à peu chose, je vous dirais : Parlez. " c'est sans inconvénient ; mais il s'agit du secrei « de lieux têtes couronnées, et l'on ne peut pas " révéler les fautes des grands, sans qu'il y ail « scandale pour les petits. Considérez, en outre, « que vous courez vous- même un danger trè- 0 grave. J'aurais donc un biais à vous proposer, « afin d'accommoder vos devoirs avec votre in- « lérêt, ce serait de constater la naissance dr Il votre élève par un acte, qu'il pourrait faire « valoir un jour à ses risques et périls ; mesun « qui vous offrirait le double avantage il'étn n tranquille de votre vivant, et courageux après « votre mort. »
Je l'ai fait, cet acte ; il est iii-
• Autre scrupule relativement à la mère du
• jeune homme! Je vois que vous ne savez pas « trop à qui faire honneur de cette naissance,
" Il que >ous Hoilez Piitic mit rovale piincessc « de Hongrie, tine très noble marquise de Na- « pies, et une butil, ingère toute chai manie de
• Ratisbonne. l'ien qu'il fut natiiiel, mon très
• cher frèie, de désigner la bomgeoisc, pat . charité jiour les deux nobles dames, )'appiouvp •- votre scrupule ; mais alors il vous rcsteiait ."1 " prendre un biais non moins accommodant K ()ue le premier : ce serait de laisser en blanc II " nom de la mèie. »
Il est étonnant pourcesbiai>(|ui airan;;ei)! tout. J'ai suivi son conseil , vu l'extrême difficulté d« deviner juste entre tant tie faiblesses imiiériales. .Au fait, du coté maternel il y a confusion, il v a foule ; c'est ordinairement tout le contraire.
« Posl-sctiptum. Je vous disais dans ma tler- « nière lettre que je travaillais d'un grand cou- « rage à la conversion de toutes les femmes " égarées des états romains: vous apprendrej « avec plaisir qu'elles me donnent infiniment de « satisfaction. »
Homme charitable! J'en suis bien aise. (Fîe mettant la lettre dans le portefeuille, qu'il referme.) Je crois que tout est tranquille dans la chambre de mon élève ; il dort, et je vais en faire autant. ,