SCENE I
Dona FLORINDE, qui achève sa toileUe de mariée devant une glace ; DOROTHEE.
DOROTHÉE, se reculant pour l'admirer.
Oh ! belle , mais belle !...
DONA FLORINDE
Comme une personne heureuse.
DOROTHÉE
Est-ce que le voile n'est pas trop haut ?
DONA FLORINDE
Et cette boucle noire qui s'échappe !...
DONA FLORINDE
Laisse-la faire ; un peu de désordre ne messie d pas.
DOROTHÉE
Tout vous irait, à vows. Que dira don Juan? il va tomber en extase, lui qui vous trouvait si charmante sous vos habits de deuil.
DONA FLORINDE
J'étais bien triste pourtant : mon pauvre père m'avait laissée seule au monde.
DOROTHÉE
Avec moi.
UONA FLORINDE.
Oui, avec toi qui m'as nourrie; toi, ma seconde mère , qui n'as cessé de veiller sur mon
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bonheur et de m'entretenir dans le respect des rites sacrés de notre foi, auxquels j'ai juré à mon père mourant de rester toujours fidèle.
DOROTHÉE
Et bien vous en a pris! Le Dieu de Jacob vous récompense; il vous donne un jeune mari d'une figure qui prévient dès l'abord, d'une humeur qui plaît, d'un nom qui va de pair avec les plus nobles ; et, pour comble de perfection, il n'a pas plus de religion <jue je ne lui en voulais.
DONA FLORINDE
Pourquoi suis-je forcée de lui en faire un mérite?
DOROTHÉE
S'il n'avait que celui-là, je vous plaindrais; mais il est aussi aimable qu'il est tendre , brave comme les Machabées; et, depuis notre voyage à Madrid, je sens plus que jamais qu'il vous faut un prolecteur.
DONA FLORINDE
Ce voyage, c'est toi qui l'as \oulu.
DOROTHÉE
Sans doute, afin de rentrer, s il était possible, dans les soixante mille doublons prêtés .\ l'empereur Charles-Quint par votre père, et pour lesquels il n'a jamais reçu qu'un beau remercîment.