ACTE II, SCÈNE I
DOHA FLORIN DE.
Que pouvions-nous espérer? n'a-t-il pas nhliqué, l'empereur?
Sa couronne, je le veux Iiien , mais ses dettes !... Ne pourrie/,-vous pas lui éciiie dans sa retraite? il aimait votre |)ère , et, tout moine qu'il est, il serait peut-être reconnaissant. DONA FI.OnirsDK , en riant.
Est-ce qu'un moine s'occupe des clinses de ce monde :'
DOROTHÉE , arrangeant la guirlande qui est sur la tête (le Florinde.
Dieu! les jolies Heurs! leurs boutons sont aussi frais que ceux de nos citronniers d'Andalousie.
DONA FLORINUE.
Mais ils sont faux, Dorothée.
DOROIHÉE.
Tant mieux; ils passeront moins vile.
nONA FLOBINDE.
Faux comme mon nom, comme mon litre, comme les hommaj^es que je rends à Dieu dans les temples des chrétiens.
DOROTHÉE
Vous pouvez faire sans honte ce que le nolile Ben-Jochaï, votre père, a fait avant vous. Je dis, noble, parcequ'il l'était de cœur; mais Espagnol à l'église , sous le nom de Sandova! , juif chez lui, sous le sien, il sut vivre eu paix avec l'inquisition sans se mettre en guerre avec le dieu d'Israël. Je maintiens qu'il fit bien d'abjurer ainsi ; il en fut quitte pour une restriction mentale.
OONA FI,ORINDE.
Tromper celui qu'on aime !
DOnOTUtE.
Encore cette idée !
DON A FLORIKDE.
Toujours! toujours! piès de lui, loin de lui, cette idée me poursuit coiume un remords. Oue de fois j'ai voulu tout avouer ! tes raisons m'ont arrêtée; ou plutôt, je suis franche :'oiii, la peur de me voir dédaignée m'a fermé la bouche. Je ne pouvais p;!S lui dite mon secret avant d'être sûre de son amour, et je ne l'ose plus ilepuis que je sens toute la foice du mien.
DOROTHÉE
Qu'importe qu'il vous aime sous liî nom de dona Florinde , ou sous celui de Sara ?
DONA FLORINDE
Sara !... ah ! ce nom gâte tout.
DOROTHÉE
Est-ce que vous en rougisses ?
DOSA FLORINDE
Non assurément; mais je ne veux pas qu'il en rougisse , lui.
DOROTBÉE.
Haison de plus pour le cacher.
DONA FLORINDE
Je le lui dirai dès aujourdhui.
Gardez-vous-en bien ; vous n'avez, pas travers:* comme moi la grande place de Tolède; voth n'avez pas vu les apprêts <le l'auto-da-fé qui aura lieu dans trois jours. Savez-vous nue. \oui êtes perdue ; savcz-vous que vous clés morte, ma chère Sara, on-i , morte, pour peu qu'on vous soujiçonne de judaïsme !
DONA FLORINDE
Kh ! qui doiiC me dénoncerait? Don Juan peut m'abandonner; mais me trahir, tu ne le penses pas.
DOROTHÉE
Non , sur mon ame !
DONA FLORINDE
Il saura tout.
DOROTHÉE
Que faites-vous ?
DONA FLORINDE
J'écris à don Juan.
DOROTHÉE
Pourquoi , puisque vous allez le voir?
DONA FLORINDE
Suis-je siire d'avoir le courage de parler?
DOROTHÉE
Moi, je mets la dt-rnière main à votre toilette.
A quoi bon maintenant?
DOROTHÉE
Pour qu'il ait moins de chagrin , quand il va lire votre billet , qu'il ne sentira d'amour en vous regardant. (Allant vers la fenêtre. ) Mais h.âtez-vous; le voici! le voici!
DO.NA FLORINDE, se levant.
Don Juan ?
DOROTHÉE
Lui-mciiie, il court, il vole, il ne touche pas ia terre; il me fait si[;ne de descendre; sa ligure est rayonnante de joie.
ilONA FLORINDE.
Dorothée, est-ce que je l'a; hèverai, cette lettre?
DOROTHÉE
Eli ! non, non , je vais lui ouvrir, et je vous l'amène.
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SCEMi II.
DoNA l-'LORliNDE.
Cependant garder un s^*ciet qui doit peser éternellement sur mon bonheur !... pour un mo ment de faiblesse, un supplice de tous l<s jours, de toute la vie! non ; c'ist impossible, et j'y suis décidée. Ah ! si dans l'excès df- son amour... cette pensée m'émeut au point que je respire à peine. (.leiant les yeux sur sa i;lace, et souilant. ) Il me semble pourtant «iiic tout n'est pas pcidii. Combien je sai-; gn' à Dorothée de
DON JUAN d'autrichj:.
m'avoir parée avec tant de soin! S'il pouvait me trouver plus jolie que de coutume!... jp reprends courage. J'espère, ali ! j'(.-ipèi(;.