SCENE VIN
Dosà FLORINDE, PHILIPPE H.
DONA FLORIMJE, à part.
Un grand d'Espagne de ce caractère, tn tèteà-léle avec une juive! que de colère et de dédain , s'il pouvait le soupçonner !
.J'avais besoin de vous parler sans témoins , piadauie.
nONA KLORINDR.
Peut-être pour me révéler le secret que le seigneur don Juan brûle desavoir, et, dans votre bonté, vous voulieï me laisser le plaisir de lui tout apprendre..
Une pensée plus triste m'occupait; oui, quand je vous contemple, je me sens énm de pitié pour don Juan , en songeant à tout ce qu'il a cru posséder et à tout ce «ju'il va periire.
DOHà FLORIN DE.
Comte, je ne vous comprends pas, mais vous m'effrayez.
Je vous le dis à regret, sénora , ce mariage est impossible.
DOSA FLORIN DK.
Qui donc voudrait y mettre obstacle? vous? oh ! non ; ce n'est pas vous, sui' tjui sa contiance se reposait avec tant d'abandon, qu'il a reçu comme un hôte bien-aimé , que, lout'à-l heure encore, il nommait son trère.
Ne croyez pas que ce soit ma volonté <|ui vous sépare, madame; c'est mon devoir; c'est l'autorité que j'ai reçue d'un père.
DOSA FLORINDE
D'un père qui n'est plus , que vous refusez de faire connaître, et dont les droits, s'il vivait, ne pourraient enchaîner la liberté de don Juan.
Puisque l'autorité paternelle ne siiftil p.is, j'en ferai valoir une plus puissante, plus absolue, et sous laquelle tout Espagnol doit baisser la tête et fléchir le genou : celle du rni.
DONA FL<>RIM>.i.
Qu'enlends-je?
PHtLIPVS II.
La vérité, madame; c'est lui-raëmequi veut., lui qui est devant vous , et qui vous parle.
DONA FLORINDE, à part.
Grand dieu ! le roi iei ! chez une-., chez moi! la terreur me rend muette.
Vous tremblez ; rassurez-vous. Oui , c'est le roi qui gémit de vous imposer un sacrifice nécessaire, qui pourrait vous ordonner d'y souscrire , et qui vous en prie.
DONA FLOi'.INDE, qui veut mettre un genou en terre.
Ah! sire, excusez ma hardiesse...
PIIII.IPPE II.
Que faites-vous?... un Castillan pourrait-il le souffrir? Cet hommage que je reçois du plus fier lie mes sujet-; , ma courtoisie ne saurait l'accepter de la beauté (jui supplie.
DOSA FLORINDE
Accueillez ma prière, sire. Don Juan a pu vous irriter f)ar un mot indiscret; mais, s'il l'a dit, il ne le pensait pas. Il vous respecte, il vous honore; il mettrait sa gloire à mourir pour vous. Je vous en conjure, qu'il trouve grâce devant son m.iitre. Ah! sire, soyez magnanime et |)ardoniiez !
Je ferai plus, madame, j'oublierai ; mais à deux comlilions : don Juan ne saura pas de vous qui je suis ..
IXÎSA Fl.ORlNDE.
Je le jure.
El vous lui direz (pie de voire pleine et entière volonté vous renoncez à cette union.
DONA FLORINDE
Jamais!..
Vous hésitez!
DONA FLOniSIlE.
Non , je n'iiéslle pas, jamais! Moi, m'y résoudre! mais ce serait me jouer à plaisir du désespoir de don Juan; mais je le tromperais, mais je mentirais, sire, et le roi ne peut pas me commander ce (pie Dieu lui défend a lui-même.
Vous l'aimez donc avec une bien aveugle passion?
DONA FLORINDE
De toiile la puissance de mon ame, plus que je ne peux le dire , plus que je ne pouvais l'imaf'xner quand il était heureux PHILIPPE II.
Et vous voulez queje l'épargne?
DONA FLORINDE
C'est votre clémence qui le veut; c'est votre justice. Que lui reprochez-vous, sire? est-il coupable?
Il vous aime, il s'est fait aimer!... ah! croyez-
DOIS JUAN D'AUTRICHE
moi , il a coinuti» le plits giaml, le plus impardonnable des crimes, le seul qui n'admette pas de grâce. Un cloître n'a point assez d'austérités jjour l'en punir, les cachots n'ont point assez d'entraves : tout son sang versé goutte à goutte ne suffirait pas pour l'expier.
DONA FLORINDE
Son sang !... juste ciel ! que dites-vous?
Vous m'avez entendu, vous savez qui je suis et ce que je peux , hésitez- vous encore?... Mais qui ose pénétrer ici?
DONA FI.OlilSUE.
Sire, vous oubliez que vous êtes chez moi.
ruii.iPPE II.
Il est vrai, séiiora ; un roi se croit par- tout «lans son palais.
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