SCÈNE XV
Les Précédents , PEBLO.
l'tBLO , au frère Arsène.
Personne , mon révérend , personne !
DON JUAN
Assieds-toi dans ce grand fauteuil ; tu es da conseil.
PEBLO.
Moi ? quel honneur !
FRÈRE ARSÈNE
Pense à t'en rendre digne par ta discrétion.
PKBLO.
Je ne dis jamais <]ue ce qu'on ne me dit pas. (Apart. ) Dieu! se tiint-il droit, frère Arsène ! a-t-il l'oeil vif! c'est à ne pas le reconnaître.
FRÈRE ARSÈNE
Comme doyen du conseil, parlez don Quexada.
DON QUEXADA.
Je le ferai en peu de mots, carie temps presse. Les gens du roi qui nous ont accompagnés jusqu'au couvent, sont repartis dans la nuit pour rendre compte de leur mission : à chaque instant les ordres les plus sévères peuvent arriver de Tolède- Votre révérence doit avoir conservé au moins un ami dans le monde ou à la coui . qu'elle écrive en notre faveur , et de la façon la pins pressante, et à quelqu'un d'influent, et «ur l'heure. Voilà mon sentiment ; j'ai dit.
FRÈRE ARSÈNE
Moi, pauvre moine! homme oublié!... d'ailleurs , je l'avouerai, je trouve une jouissance d'orgueil à délivrer don Juan par la seule force de ma volonté, de mon intelligence ; j'y mets ma gloire : je veux me prouver que je n'a pas vieilli.
DON JUAN D'AUTRICHE
DON QUEXAD4, à part.
Toujours le même : se créant des difficultés pour avoir le plaisir de les vaincre !
FRÈRE ARSÈSE.
L'avis est rejeté ; n'est-ce pas, don Juan 1
DON JUAN
Rejeté ; pourvu que je sorte d'ici, peu m'iniporte commen t.
PEBLO, avec iniporlance.
Rejeté , rejeté ! ( A part. ) Il n'était pas heureux, l'avis du doyen.
DON JUAN
Quant à moi, je prends conseil de cette épée, que je vois suspendue à la muraille, et qui me prouve que vous avez été soldat.
FRÈRE ARSÈNE
J'ai fait un peu de tout; mais cette épée est celle d'un autre, qui fut captif comme vous.
DON JUAN
Et qu'on a voulu faire moine? Donnez-lamoi, et tenez pour certain queje serai libre avant une heure, quand je devrais livrer bataille à tous les frères de toutes les congrégations d'Espagne.
PEBLO, te levant précipitamment.
Dieu ! quel carnage de capuchons !
FRÈRE ARSÈ>K.
Voilà justement un moyen à la François 1".
DON JUAW.
Ah! mon révérend, vou» voulez recommencer la querelle?
FltÈnE ARSÈAE.
Non pas ; mais tout chevaleresque qu'il est, votre expédient, qui serait de mise dans une citadelle , ne convient pas dans un monastère; cependant, que faire? je ne trouve rien... Allons donc, seigneur Quexada , vous qui avez été le conseiller d'un empereur, vous devez avoir des idées.
DON QUEXADA.
Des idées, des idées, frère Arsène!... il ne m'en vientjamaisque quand jen'en cherche pas, et dans ce moment-ci j'en cherche.
E^i bien ! j'en ai une, c'est que Peblo peut nous tirer d'affaire.
. FflÈRE ARSÈNE, à don Juan.
i Comment?
•Vjn juan- , Je lui ai promis ..'secret.
PEBLO.
Ah ! Dion frère , c'est mal.
FRÈRE ARSÈEIE.
l'arlez, Peblo, je vous l'ordonne.
PEBLa
Vous ine gronderez.
FRÈRE ARSÈNE
Eh non !
PEBLO.
Me le jurez- vous''
FRÈRE ARSÈNE
Je ne te le jure pas , mais je te le promets.
PEBLO.
Et mon expédient une fois connu, j'en pourrai profiter pour mon compte?
FRÈRE ARSÈNE
Tu veux me quitter?
PEBLO.
Non pas vous , frère Arsène, mais la maison : on respire ici un air renfermé qui ne me convient pas.
FRÈRE ARSÈNE
Voyez-vous, le fripon d'enfant! il sait qu'on a besoin de lui.
DON QUEXADA, bas au frère Arsène.
Traitez toujours, sauf à ratifier, si bon vous semble.
FRÈRE ARSÈNE, de même à Quexada.
Comme dans notre bon temps. ( A Peblo. Voyons , parle.
PEBLO.
J'ai deux moyens. (Montrant la clef.) Ec voici un.
FRÈRE ARSÈNE
Dieu me pardonne! c'est le passe-partoul du frère gardien ; est-il bien possible?...
PEBLO.
Souvenez-vous de votre promesse.
DON iVkV.
De grâce, mon père!...
PEBLO, courant à sa natte qu'il (oulève. Et voici le second.
Une échelle de cordes!
PEBLO.
Avec celui-ci on descend par cette fenêtre; avec l'autre on sort par la petite porte qui donne sur la campagne ; avec tous deux on est libre.
FRÈRE ARSÈNE
Mais, pour avoir eu cette idée-là, il mériterait de passer quinze jours au pain et à l'eau.
DON QCEXADA.
Si nous ne profitions pas de l'idée !
FRÈRE ARSÈNE
Au fait, je ne vois rien de mieux. Ce ne sera pas la première fois qu'un novice aura eu plus d'esprit à lui seul que toutes les vieilles têtes d'un chapitre.
PKBLO.
Les moines sont au réfectoire, dont les fenêtres ne donnent pas sur ce jardin ; quand ils dînent, ils ne s'occupent pas d'autre chose : profitons du moment.
FRÈRE ARSÈNE
Va pour le moyen de Peblo !
DON JCAH , qui soulève Peblo en l'embrassant. ■Gloire à toi! tu es un petit démon adorable.
Fr.ÈRE ARSÈNE, à Quexada.
Dès que vous serez hors d'ici, conduisez don Juan -chez le vieux duc de Médina ; parlez-lui
At.lli m, SCENE XV.
de moi : il se souviendra de son ancien ami ; et, renfermes dans son palais , attendez que je vous écrive. A l'œuvre ! don Juan , à l'œuvre.
DOH JOAM, courant suspendre l'ëchelle au balcon.
Je ne me ferai-pas prier.
DON QOEXADA, au frère Arsène.
Vous voulez donc qu'à mon âge je descende par cette fenêtre?
FRÈRE ABsàliE.
Je tiendrai l'échelle.
DON QCEXAIU.
Votre révérence daignerait...
FRÈRE ARSÈNE
J'en ai faitxlescendre bien d'autres , et de plus haut.
PEBLO.
Si je m'étais douté qu'il avait cette habitude-là!...
FRÈRE ARSÈNE, à Peblo.
Cours entr'ouvrir la porte, et veille au dehors.
DOM JUAN, du balcon.
Tout est prêt; allons, don Quexada, hâtonsnous.
nON QUEXADA ^ baisant la main du frère Arsène. Adieu , mon révérend î
nON JUAN.
A revoir, frère Arsène !
FRÈRE ARSÈNE
Vous partez sans m'embrasser?
DON JUAN
Je serais bien ingrat.
FRÈRE ARSÈNE, avec émotion.
Le reverrai-je ?
nON JUAN.
Et ma robe, dont j'oubliais de me débarrasser.
PEBLO , accourant.
Alerte î alerte ! voici le prieur.
DON QUEXADA.
Tout est perdu.
FRÈRE ARSÈNE
Mais cette échelle, qui reste su.spendue à la fenêtre, il va la voir.
PEBLO, à Quexada.
Fermez un des deux battants.
DON QUEXADA.
C'est une idée toute simple ; je ne l'aurais pas eue. J'ai l'esprit frappé.
MeeeeeeeeeoeeeeoeeceecQeeeocsseoeseseiseQMMêeeeeoeeMoo