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SCÈNE XVII

FUÈRE AltSÈÎNE, don QUEXADA , PEHLO.

FRÈRE ARSÈNE, à Quexada.

Qu'avez-vous, mon vieil ami? vous avez l'air découragé.

DON QUEXADA.

On le serait à moins.

FRÈRE ARSÈNE

Un obstacle vous abat; moi, il m'excile, il me réveille, il met en jeu tous les ressort» de mon intelligence.

PEBLO , à pai t.

Conmic il s'agite ' sommeil marche! ce nia-

tin il se traînait à peine; maintenant il sauterait presque.

I^HÈnE ARSÈNE.

Je lutterai, je l'emporterai... (A Qucxada. ) Ranimez^vous donc; vous n'êtesplus riiomme d'auirefois.

DON QUEXADA.

Si fait! frère Arsène , si fait! mais j'ai là devant moi cette tour de Ségovje qui m'apparaît comme un spectre : elle paralyse mes facultés.

De la peur! eh ! qui rêve sa défaite est vaincu d'avance. (Bas.) N'avons-nous pas perdu la bataille de Pavie pendant trois heures? et pourtant... (Haut, avec impatience.) Mais je n'ai nue deux heures à moi.

PEBLO.

Il ne pense pas plus à sa goutte...!

KRÈRE ARSÈNE.

Quoi! cette tête jadis si féconde en expédients... (il s'assied. ) cette tête vieillie ne peut donc plus rien enfanter?

PEBLO) occupé à retirer 1 échelle de la fenêtre.

Les moines descendent au jardin pour se rendre à l'élection dans la grande salle du chapitre. Vous n'y allez pas, frère Arsène?

FRÈnE AllSÈKE.

Laisse-moi en repos avec ton élection !... (A part, eu se levant.) J'y pense, ce prieur, il c.-.t le maître; mais si je le devenais à mon tour!... (Haut. ) Don Quexada, vous rappelez- vous une élection qui a fait bien du bruit dans le monde ?

DON QUEXADA.

Je ne l'oublierai de ma vie. Dieu! que j'ai écrit de lettres dans ce temps-là, sans compter les post-scriptutn !

FRÈRE ARSÈNE

C'est justement ce que vous allez faire encore. A cette table! à cette table!

PEBLO, regardant toujours.

Us se forment en groupes. Ils ont au moins pour un quart d'heure à intriguer sur le seuil de la porte avant d'entrer.

FRÈRE ARSÈNE, prenant sur la table des plumes et du papier.

Tu crois?

PEBLO.

Mon oncle crie ; frère Timolhée prêche , et le prieur, radieux comme un soleil, donne sa bénédiction à tout le monde.

FRÈRE ARSÈNE

Vite! ici, mon enfant, et de ta plus belle écriture.

fEllLO, un genou en terre, prêt à écrire sur un missel. Je vais m'appliquer.

FRÈRE ARSÈNE

Kt moi... (Cherchant une place, et se mcltant sur ton prie-dieu.) moi, là; attention! je dicte: à toi, l'eblo ; pour le père Timotliée : •• Mon éloquent ami. " A vous, Quexada; pour le père

DON JUAN D'AUTRiCHE.

procureur: « Mon révérend frère.* (Écrivant à son tour.) « Mon très cher gardien... n

PEBLO.

C'est écrit. (A part.) Si je sais où il veut en venir!...

FRÈRE ARSÈNE , à Peblo.

- J'approuve la sainte ambition que vous « avez de prêcher devant la cour; mais comment « me résigner volontairement à perdre le fruit « de vos homélies édifiantes? h (A don Quexada. ) « Vous m'avez souvent offert votre voix et celles « de vos amis ; si je croyais faire tort à notre bon « prieur en les acceptant , je les refuserais en- ■ core, mais... »

DON QUEXADA.

Un peu trop vite ! frère Arsène , un peu trop vite !

FRÈRE ARSÈNE , à part.

Pauvre homme ! il est usé.

PEBLO.

« Homélies édifiantes. »

FRÈRE ARSÈNE, à Peblo, en continuant lui-même sa lettre commencée.

« Si le chapitre me confère aujourd'hui , grâce « à vous et aux vôtres, un titre qui me pero mette de faire avec quelque dignité une ex- « (ursion à la cour, heureux de vous y suivre, n je vous y promets mon appui. »

PEBLO, en écrivant.

Est-ce qu'il voudrait devenir abbé, par hasard ?

DON QUEXADA.

« Je refuserais encore; mais... »

FHÈRE ARSÈNE.

« Mais quelques suffrages au premier tour de o scrutin me causeraient une bien sensible joie, « sans nuire à la nomination du plus digne. « Votre frère et ami. » Y es-tu , Peblo?

J'attends.

DON QUEXADA.

Le voilà dans son élément, trois lettres à-lafois !

FRÈRE ARSÈNE

«Priver le roi, frère Timotliée, d'un talent « comme le votre, c'est pécher; mais passer tout " un carême sans vous entendre, ce serait faire « doublement pénitence, n

PEBLO.

Cette phrase-là doit lui aller au cœur.

FRÈRE ARSÈNE

Ecris , écris. { Lisant sur le devant de la scène la lettre qu'il vient d'achever.)

<> Mon très cher gardien , franchise entière «avec vous, qui êtes la franchise même! je « veux être abbé. Votre voix et toutes celles que

• vous avez enrôlées sous vos ordres, je vous « les demande au nom du bel enfant qui vous

• remettra ce billet. Vous connaissez son père , et je le connais aussi ; conduisez donc ma ga

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