RONSARD
Eh ! dis toujours.
DANVILLE
Je suis...
CONNARD.
Quoi?
DANVILLE
Je suis marié
liONNARD.
Rien ([u'à ton embarras •>-' l'iiurais parié. Pour la seconde fois
- i fxE.
J'ètai 'ai iu veuvage.
BON.VARD
A soixante ans et plus !
DANVILLE
Ma foi , c'est jn bel Ige.
BONNARD
Sans m'avoir averti !
DANVILLE
Bon ! mou billet de paît Aurait trop exei'cé ton esprit goguenanl.
BONNARD
Ta femme a quarante ans?
DANVILLE
Pas encore.
i.'ltCOLi: DKS Vil-JLLAKDS.
ll()^^AUl).
An Dioiiis trente:'
nANVlI.I.F.
a? tonl-à-f^iif.
BONNAlin.
Combien ?
D.iNVII.LE.
Eoiuiiinl , elle est charmante!
C'est une grâce uniqne, un cœur, un enjoùment !... Je nie sens rajeunn- d'y penser seulement. Son père, reste veuf, chercha fortune aux iies. llortense, loin de lui, coulait des jours tranquilles, Auprès de son aïeule, une darne Sinclair, Conne femme, un peu vive, et femme du bel air, (^ui sait rire, et qui jjarde , en sa verte vieillesse, l'our les plaisirs du monde un grand fonds de temhesse: Des succès de sa fille amoureuse à l'excès, Si l'on pe i; trop chéiir de si justes succès. Hortense es. un modèle ; oui, Bonnard, je l'adore. Je la voyais sou'. ent ; j(; la vis plus encore Je la vis tous les jours : bref, je parlai d i. (nen : Je craignais de subir un fâcheux examen. Malgré mes cheveux blancs, dans sa reconnaissaiii e. Dans son respect pour moi son amour prit naissance. F.t je vis s'embellir mon arrière-saison Des charmes du bel âge unis à la raison. Kotre hymen fut conclu. Sa respectable aïeule Eut toujours par nature hoirem- de vivre seule ; Ma maison fut la sienne, et par elle j'appiis (,Ju"en secret leur chimère était de voir Paris; liien plus, qu'à leur lajiié l'air du Havre est contraire... if les force à partir. Loin d'Hortense une affaire M'a retenu deux mois, à mon grand désespoir, Kt c'est à peine hier si j'ai pu 1 entrevoir; lillic avait pour ia cour un billet de spectacle : Moi , mettre à ses plaisirs le plus léger obstacle ! Bien qu'elle y consentit, c'était un coup mortel ; Kt j'ai, pour me distraire, admiré mon hotcl.
nONNATîf).
Celui du duc d'Elmar.
C'est mon piopriétaire.
noNNAiin.
Voici, depuis un mois, son oncle au ministère; Doyen des receveurs dans son département. Je perçois les deniers d'un arrondissiment. Le duc est très puissant; c'est lui lionune à la mode.
BANVILLE
Vraiment?... dans son hôtel plus grand qu'il n'est com- II occupe au premier un superbe local ; [mode,
Mais pour un philosophe un second n'est pas mal.
BOSKARU.
("est un palais, mon chei ; peste ! quelle richesse! En entrant j'ai manqué de te traiter d'altesse... .Ah çh\ comment ton hls a-t-il pris ton départ?
UANVILLE.
.Nîoii fils, depuis l'hiver, a son ménage à part : Ma femme est de trois ans plus jeime que la sienne; Conunent le^ accorder? Pour qu'une maison tienne, V. faut de l'unité dans le gouvernement;
Toutes deux gouvernaient contradictoirement. Hortense aime beaucoup... j'aime beaucoup le monde : Mon fils ne se complaît qu'en une paix profonde I! a quitté la place et vit comme un reclus. Je le chéris toujours.
BONNARD
Mais tu ne le vois plus, 'l'es conseils le guidaient dans l'état qu'd exerce. Tu livres sa fortune aux chances du conmierce. Tu t'éloignes de lui ; c'est un grand tort, et tien, Je connais-en province un fils comme le tien , Qu'un père comme toi vient de laisser sans guide. Le lils a mal compté : vodà sa caisse vide; Le mois touche à sa fin ; dans ce besoin lu-gcnt, l'our le tirer d'affaire il faut beaucoup d'argent. Il aurait dit lever cet impôt sur son père : Mais comme ils sont brouillés, c'est en moi qu'il espère, Il faut vingt mille francs : peux-tu me les prètcj ?
UANVILLE.
C'est ma femme, monsieur, c[ui va vous les compter Elle est mon trésorier.
BONNARD
C'est superbe! et d'avance Je lui veux de ma place offrir la survivance. Ta femme!... Ah! mon ami, que tes goûts ont changé Que je t'ai vu plus sage à mon dernier congé! Tu t'occupais alors de tes travaux champêtres, A lombre des pommiers plantés par tes ancêtres; Debout avant le jour, doucement tourmenté Du démon vigilant de la propriété.
Tu pâlissais de crainte au bniit d'une visite, A tirer des perdreaux tu bornais ton mérite, Ta joie à faire en paix bonne chère et grand feu Et ton picjuet du soir, quand j'avais mauvais jeu. Te voilà citadin! le luxe t'environne; Vin gros suisse est là bas qui défend ta pei'sonne Et tout cela, pourquoi? ta femme l'a voulu.
DANVILLE
Hortense! elle me laisse un pouvoir absolu; Mais elle y voit très clair; quand on a ma fortune. Une ca[)acité qu'elle croit peu commune, Sans prétendre à Paris au rang d'un potentat , Dans un poste honorable on peut servir l'état. L'espoir qu'elle a conçu me semble légitime, E!t je lui sais bon gré d'une si haute estime. Toi-même, qu'en dis-tu?
BONNARD
Bien.
DANVILLE
Parle franchement.
BONNARD
Sur une chose à faire on dit son sentiment;
C'est d'abord mon système; et, quand la chose est faite
J'ai pour système aussi de la trouver parfaite.
Mais tiens, Paris abonde en amis obligeants.
Qui se font an doux soin de marier les gens.
Us m'avaient découvert une honnête personne,
Savante comme un livre, aimable, toute bonne;
Au cousin d'un ministre elle tenait de près;
Ces chers amis pour moi l'avaient fait faire exprès;
Eh bien ! j'ai refusé.
ACTK I, SCKNP; I.
DANVILLK.
D'où vient'' BOKNAnn.
Elle est jolie, Elle esl jeune.
DA^VILLK.
Tant nûeux. Depuis quanti, je te prie, La jeunesse à te» yeux par.iît-elle un défaut ?