‹ Magasin théâtralChapitre 486 sur 1475 · BON>ARI · texte numérisé non relu

BON>ARI

Depuis que j'ai vieilli. Dans ina femme il me f.iut,

Pour que le mariage entre nous soit sortable,

Une maturité tout-à-fait respectable.

ih-, une vieille femme a pour moi peu tl'aj)pas;

Une jeune, h son tour, peut ne m'en trouver pas.

Four agir prudemment dans cette conjoncture.

J'ai fait du célibat ma seconde nature ;

J'y tiens , j'y prends racine , et je suis convaincu

Que je mourrai garçon, ainsi que j'ai vécu.

DA^'^ILLE

L'hymen a des douceurs que ta vieillesse' ignore.

BONNABn.

11 a tel déplaisir qu'elle craint plus encore.

Je ne suis pas de ceux qui font leur volupté

Des embarras charmants de la paternité,

Pauvres dans l'opulence, et dont la vertu brille

A se gêner quinze ans pour doter leur famille ;

De ceux qu'on voit pâlir, dès qu'un jeune éventé

Lorgne en courant leur femme assise à leur côté,

Et, geôliers maladroits de quelque Agnès nouvelle.

Sans fruit en soins jaloux se creuser la cers'elle.

Jamais le bon plaisir de madame Bonnard ,

Pour danser jusqu'au jour, ne me fait coucher taitl ,

Ne gonfle mon budget par des frais de toilette ;

Et jamais ma dépense , excédant ma recette ,

Ke me force à bâtir un espoir mal fondé

Sur le terrain mouvant du tiers consolidé.

Aussi , sans trouble aucun , couché près de ma caiss • ,

Je m'éveille à la hausse ou m'endors à la liais.-j .

A deux heures je dine : on en di^^ère mieux.

Je fais quatre repas comme nos bons aïeux,

Et n'attends pas à jeun, quand la faim me talonne

Que ma fille soit prête, ou que ma femme ordonne

Dans mon gouvernement despotisme complet :

Je rentre quand je veux, je sors quand il meplait ;

Je dispose de moi, je m'appartiens, je m'aime,

Et sans rivalité jî jouis de moi-même.

Célibat! célibat! le lien conjugal

A ton indéjiendance offre-t-il rien d'égal ?

Je me tiens trop heureux , et j'esiime qu'en somme

li n'est pas de bourgeois , récemment gentilhomme ,

De général vainqueur, de poète applaudi.

De gros capitaliste à la Bourse arrondi,

Plus libre, plus content, plus heureux sur la terre ,

Pas même d'empereur, s'il n'est célibataire,

DANVlLtE.

Et je te soutiens, moi, que le sort le plus doux, Letat le plus divin, c'est celui d'un époux Qui, long-temps enterré dans un triste veuvage, Bentre au lien chéri dont tu fuis l'esclavage. H aime, il ressuscite, il sort de >on tombeau :

Ma fer ime a de mes jours rallunu' le liauibtau. Non , \ene vivaisplus: le cœur froid , Ibumeui trisli.*, Je végétais, mon cher, et maintenant j'existe. Que de soins ! quels égards ! quels charmants eulrc-

[ tiens !

Des défauts, elle en a ; mais n'as-tu pas les tiens? Tu crains pour n>es amis les travers de son âge? J'ai deux fois plus d'anais qu'avant mon mariage. Ma caisse dans ses mains fait jaser les railleurs ! Je brave leurs discours ; je suis riche, et d'ailleurs Une bonne action (|ue j'apprends en cachette Compense bien pour moi les rubans qu'elle achète. Hortcnse a l'humeur vive ; et moi ne l'ai-je j)as? Nout ) ous fâchons parfois; mais qu'elle fasse ui.

[pa.s.

Contre tout mon courroux sa grâce estlaplus forte. Je n'ai pas de chagrin que sa gaiié n'emporte. Suis-je seul? elle accourt ;s,'.iis-je un peu las? sa main. M'offr.int un doux appui, m'abrège le chemin. J'ai quelqu'un qui me plaint quand je maudis uia

[goutte; Quandje veux raconter,j'ai quelqu'un qui m'écoule. Je suis tout glorieux de ses j unes attraits ; Ses regards sont si vif»! son visage esisi frais!.. Quand cet astre à mes yeux luit dans la matinée. Il rend mon front serein pour toute la journée , Je ne me souviens plus des outrages du temps: J'aime , je suis aimé , je renais , j'ai vingt ans.

BOKNAHD.

Quel feu !

DANVILI.E.

Je veux fêter le jour qui nous rassemble ; Au bonheur des maris nous trinquerons ensemiile ; Oh ! je t'y forcerai. Tu soupes, me dis-tu ? Admire dans ma femme un effort de vertu : Les soupers sont proscrits, et vraiment c'est dom-

[mage.

Je veux qu'elle ait l'honyeur d'en ramener l'usage Bien n'est tel pour causer que le repas du soir. A table entre nous deux elle viendra s'asseoir. Bientôt, cher receveur, vous la verrez paraître. Et vous accepterez quand vous l'allez connaitre. Oui , vous que rien n'émeut, vous aurez votre tour : Bonnard, monsieur Bonnard, vous lui ferez la cour.

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