I.e mal est déjà fait : le mensonge circule
La femme est méprisée, et l'époux ridicule.
Et trente ans de vertu, loin du monde et du bruit,
Nesauraient réparer ce qu'un jour a détruit.
HOKTENSE.
l'our quel écrit moral faites-vous ce chapitre? Mais dans un autre temps vous m'en direz le titre. Lez-vous à ce bal où l'on veut vous avoir?
DANVILLE
Non : je vais chez les gens que je peux recevoir.
HORTESSE.
Mais le Duc vient chez vous.
l.ANVILLE.
C'est trop de complaisance.
Qu'il daigne à l'avenir m'épargner sa présence. Il me fait un honneur dont je suis peu flatté. Hien de mieux, j'en conviens, qu'un beau nom Iii;;ii A sa juste valeur j'estime la noblesse. [poilé;
Qu'on reçoive chez soi , marquis, duc et duchessi'.
C'est bien , si l'on est duc , et je ne le suis pas.
Ma maison me convient; mais, si je risque un pas
Dans ce cercle titré dont l'éclat vous transporte,
A cent devoirs fâcheux je cours ouvrir ma porte.
Mon appétit s'en va, lors(pie je vois siéger
Tout l'ennui des grands airs dans ma salle à manger.
Ma langue est paresseuse à rompre le silence.
S'il faut, au lieu de vous, dire votre excellence.
Ou, Mécène du jour, flatter les favoris
De l'Apollon bâtard qu'on adore à Paris.
Je ne sais pas encor de (pel air on écoute
Vos auteui-s nébuleux auxquels je n'entends goutte.
Et tout leur bel esprit ne fait que m'étourdir.
Moi, qui cherche à comprendre avant que d'applaudn.
De traiter ces messieurs j'aurais eu la manie.
Si j'étais assez sot pour me croire un génie;
Mais , grâce à du bon sens , je sais ce que je vaux.
Jouissez sans fracas du fruit de mts travaux,
Avec de bonnes gens, des gens qu'on puisse entenuie,
Quideîeurnompournousn'aicntpasrairdedescendrc,
Qui ne m'obsenent pas pour me prendre en défaut ,
Si je parle sans gêne ou si je ris trop haut.
Et ne croient pas me faire une grâce infinie
En me trouvant chez moi de bonne compagnie.
Voilà mes gens ; voilà les amis que je veux.
Sûr qu'ils seront pour moi ce que je suis pour eux.
HORTE^SE.
Revenons à ce bal, et juge/, mieux la chose. Ce n'est pas un plaisir qu'ici je vous propose; Mais c'est une démarche, et voyez le grand mal De passer pour affaire une heure ou deux au bal ! Il faut faire sa cour : voilà comme on prospère; Mais vous, de vous placer vraiment je désespère.
DASVILLE.
Eh ! ne me placez pas, madame, laissez-moi,
Heureux avec la foule, y vieillir sans emploi.
J'y suis libre; il vaut mieux, reces-eurdes plus minces,
Toucher ses revenus que ceux de dix provinces ;
Et je ne veux pas, moi , pour me hausser d'un cran ,
Vendi-e ma liberté cent mille écus par an.
HORTESSE.
Eh bien , tomme au spectacle, allez à cette fête; Pour moi, là , voulez-vous? Venez, j'en perds la télc : Que d'objets, que de gens inconnus jusqu'alors ! Tous les ambassadeurs, des maréchaux, des lords, Des artistes, la fleur de la littérature; Des femmes ! Quel éclat , quel goût dans leur parure'i Dieu!... les beaux diamants!... Et c'est ce sotr; j'irai, Oui, j'irai , nous irons, monsieur... ou j'en mourrai.
DA>VILLE
Non , vous n'en mourrez pas, et vous verrez, ma chère, Qu'on peut avec Bonnard, bien qu'il ne danse guère. Passer le soir gaîment, sans façon, sans appiéts , Soupei- même au besoin , et vivre encore après.
HORTESSE.
Voulez-vous sans pitié chagriner votre Hortense? Me tiendrez-vous i-igueur?... Eh ! quelle est mon offenser Moi, qui n'ai fait qu'un vœu, celui de v;)us revoir, Faut-il en arrivant me mettre au désespoir? Avec monsieur Bonnard ai-je été trop méchante (■
L'ÉCOLK DES VICIKLAHDS.
Jamais |e ne veux l'être; il iiic |)lail, il m ciK-liante; Je l'aime, il m'ainiera, je lui ferai ma eour; Mais pas ce soir, oh non! plus tard, un autre jour, Demain... c'est arrangé, vous ncce|ite/, l'échange : Danville, mon ami, mon cher époux, mon ange, Soyez l)on, grâce, allons, cé-rlez...
DANVILLE, avec effort.
Non, je ne puis.
nor.TENSE, en pleunmt.
(^uc je suis mallieureusc! ô ciel! que je le suis!
DANVILLE , attendri.
i;ile pleure, ali ! mon Dieu !
HORTENSE, hors d'elle-même.
C'est un acte arbitraire; C'est une tyrannie, et je dois m'y soustraire. Je me révolte cnlin ; vous croyez .sans raison Dans votre hôtel désert me garder en prison ; Non : avec votre ami vous serez seul à table. Non, non : je le déteste, il m'est insupportable; Mais entre deux époux le pouvoir est égal. Restez, monsieur, ma mère est invitée au bal ; Une tille est au mieux sous l'aile de sa mère. Et j'irai malgré vous au bal du ministère, lu j'irai de bonne heure, et j'en reviendrai tard. Et je ne verrai pas votre monsieur Bonnard, Et vous ne pourrez pas m'enterrer toute vive Dans l'ennuyeux souper d'un si triste convive.
DANVILLE, en fureur.
Vous irez, dites- vous, malgré moi vous irez?
Je VOU-; le défends.
IlOnTKNSE.
Bon!
DANVILLE
Nous verrons,
HOinENSE.
Vous veiTc/,.
Madame, peiLsez-y : l'ordre est irrévocable; De supplit-ations il se peut qu'on m'accable...
HORTENSE
Non , monsieur.
BANVILLE
Mais, di'U-on m'implorer à genoux.
Ni prières, ni pleurs, n'obtiendront rien pour vous
HORTENSE
Oh ! le méchant mari !
DANVILLE
Fi ! l'affreux caractère !
Dans mon appartement courons fuir sa colère.
HORTENSE
Allez : loin d'un tyran qui me veut opprimer, Dans le mien , comme vous, je cours me renfermer. Adieu, monsieur!
DANVILLE
Adieu ! respectez ma défense.
( Après une pause. ) L'agréable entrevue après deux mois d'absence!
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