ACTE
D'où vient que mon aspect lui inil baisser les yeux? Pourquoi loin des plaisirs se cacher dans ces lieux ? Pourquoi fuir cet asile , où , par la pénitence , Le crime racheté redevient l'innocence?
Le sien est-il si grand , si terrible?... Insensé ! Tout me devient suspect , le présent , le passé : J'interroge la nuit, les yeux fixés sur elle, Jusqu'aux pleurs, aux aveux d'un sommeil infidèle. Et j'ai vu, réveillé par cet affreux soupçon , Ses lèvres se mouvoir et murmurer un nom.
FERNANDO
Grand Dieu !
FALIERO
Ne me crois pas; va, je lui fais injure; Sténo!... jamais, jamais! sa vie est encore pure; Jamais tant de vertu ne descendrait si bas; Je n'ai rien soupçonné, rien dit ; ne me crois pas ! Mais Sténo, mais celui dont le mensonge infâme De cette défiance a pu troubler mon àme, La déchirer ainsi, la briser, la flétrir, Qu'on l'épargne ! ah ! pour lui c'est trop peu de mourir ! 11 aurait, le cruel qui m'inspira ces doutes, Plus d'une vie à perdre, elles me devraient toutes, Oui toutes, sans suffire à mes ressentimens Leur sang,leiir dernier souffle etleurs derniers tourmens. , Il fomJîe sur un siège. ) ( Après une pause. } Homme faible, où m'emporte une aveugle colère ? A Zara, quand j'appris la perle de mon frère, .le domptai ma douleur et je livrai combat. Prince, ferai-je moins que je n'ai fait soldat? (A Fernando.)
L'État doit m'occuper : je vais dicter, prends place :
( Fernando s'assied près d'une table. ) «Moi , doge, aux Florentins.» Écris !
FERNANDO
Ma main se glace.
FALIERO
Allons! calme ce trouble... Ils recueillaient les voix ; Qu'ils sont lents !
FERNANDO
Poui"suivez.
FALIERO
Qu'ai-je dit... aux Génois?
FERNANDO
Votre Altesse écrivait au sénat de Florence.
FALIERO
Ah î je voudrais en vain feindre l'indifférence ! .le ne le puis : je cède et me trouble ;'i mon toui' : Mais on arrive enfin -.je respire !