‹ Magasin théâtralChapitre 545 sur 1475 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

FALIERO, ISRAËL BERTLCCiO.

FALIERO, assis.

Que voulez- vous?

ISRAËL

Justice!

FALIERO

Vain mot ! pour l'obtenir l'instant n'est pas propice.

ISRAËL

II doit l'être toujours.

Avez- vous un appui ?

ISRAËL

Plus d'un : mon droit d'abord, et le doge après lui.

FALIERO

L'un sera méprisé ; pour l'autre, il vient de l'être. Votre nom?...

ISRAËL

N'est pas noble , et c'est un tort.

FALIERO

Peut-être. 1

ISRAËL

Israël Bertuccio.

FALIERO

Ce nom m'est inconnu.

ISRAËL

Noble, jusqu'à mon prince il serait parvenu.

FALIERO

Auriez-vous donc servi ?

ISRAËL

Dans plus d'une entreprise.

FALIERO

Sur mer ?

ISRAËL

Partout.

En brave?

ISRAËL

En soldat de Venise.

mârsno fâlikro. — acte I.

FALIERO

Sous plus d'un général ?

ISRAËL

Un seul , Cfui les vaut tous.

FALIERO

C'est trop dire d'un seul.

LSRAEL.

Non.

FALIERO

Quel est-il?

ISRAËL

Ccst vous.

FALIERO

Israël !... Oui , ce nom révient à ma mémoire ; C'est vrai , brave Israël , lu servis avec gloire : Tu combattis sous moi.

ISRAËL

Mais dans des jours meilleurs , On triomphait alors.

FALIERO , avec joie.

A Zara !

ISRAËL

Comme ailleurs; Vous commandiez !

FALIERO

Allons : dis- moi ce qui t'amène ; (11 se lève et s'approcl;e d'Israël.) Parle à ton général , et conte-lui ta peine ; Dis , mon vieux camarade !

ISRAËL

Eh bien donc , je me plains...

M'insulter! on l'a fait! Par le ciel et les saints, Israël sans vengeance , et réduit à se plaindre !... Pardon , mon général , je ne puis me contraindre : Oui souffre est excusé.

FALIERO

Je t'excuse et le dois :

Rappeler son affront , c'est le subir deux fois.

ISRAËL

Deux fois ! subir deux fois l'affront que je rappelle ! Que maudit soit le jour où , pour prix de mon zèle , Votre prédécesseur, mais non pas votre égal , Me tit patron du port , et chef de l'arsenal !

FALIERO

( tétait ju.ste.

KRAEL.

Et pourtant, sans cette récompense, Viendrais-je en suppliant vous conter mon offense? Chargé par le conseil de travaux importans... Je tremble malgré moi , mais de fureur.

FALIERO

J'entends.

ISRAËL

Je veillais à mon poste : un noble vient , déclare Qu'il faut quitter pour lui nos vaisseaux qu'on répare. Il maltraite à mes yeux ceux qui me sont soumis : Je cours les excuser; ils sont tous mes amis. Tous libres, par saint Marc , gens de cœur, gens utiles. Dois-je donc, pour un noble et ses travaux futiles, Me priver d'un seul bras sur la flotte occupé? Le dois-je? prononcez.

FALIERO

Non , certe.

ISRAËL

Il m'a frappé \.„ Que n'est-ce avec le fer !

FALIERO

Du moins tu vis encore.

ISRAËL

Sans honneur : le fer tue et la main déshonore. Un soufflet ! Sur mon front, ce seul mot prononcé Fait monter tout le sang que l'État m'a laissé. Il a coulé mon sang dont la source est flétrie. Mais sous la main d'un noble et non pour la patrie; L'outrage est écrit là : sa bague en l'imprimant A creusé sur ma joue un sillon infamant. Montre donc maintenant, montre tes cicatrices, Israël , la dernière a payé tes services.

FALIERO

Et l'affront qu'on t'a fait...

ISRAËL

Je ne l'ai pas rendu : Je respecte mes chefs. A prix d'or j'aurais dû Me défaire de lui sous le stylet d'un brave. Mais j'ai dit : Je suis libre, on me traite en esclave; Pour mon vieux général tous les droits sont sacrés, Il me rendra justice; et vous me la rendrez.

FALIERO

On ne me la fait pas ; comment puis-je la rendre ?

ISRAËL

On ne vous la fait pas ? à vous ! pourquoi l'attendre ? Si j'étais doge...

FALIERO

Eh bien ?

ISRAËL

Je...

FALIERO, vivement.

Tu te vengerais !

ISRAËL

Demain.

MAUINO FAiJKBU. ACTi: !,

FALIERO. ISRAEl..

Tu le peux donc? Si de vrais citoyens , car il en est encor,

ISRAËL. Des soldats du vieux temps, du vôtre, et qu'on méprise,

Non... mais je le pourrais, i Par la foi du serment sont liés dans Venise ;

Si j'étais doge.

FALIERO

Approche et parle sans mystère.

ISRAËL

Oo risque à trop parler ce qu'on gagne à se (aire.

FALIERO

Tu sais qu'un mot de moi peut donner le trépas , Tu le crains.

ISRAES,.

Je le sais, mais je ne le crains pas.

FALIERO

Pourquoi?

ISRAËL

Notre intérêt nous unit l'un ù l'autre : Jai ma cause à venger, mais vous avez la vôtre.

FALIERO

Ainsi donc, pour le faire, i! existe un complot ? De quelle part viens-tu ?

ISRAËL

De la mienne. En un mol.

Pour soutenir nos droits voulez-vous les confondre?

FALIERO

.le veux t'inlerroger avant de te répondre.

ISRAËL

Oui m'interrogera, vous, ou le doge.'

FALIERO

Moi.

l'our le doge, il n'est plus.

C'est parler : je vous croi.

FALIERO

Parle donc à ton tour.

ISRAËL

Si le peuple murmure Du joug dont on l'accable et des maux qu'il endure: E.st-ce moi qui l'opprime ?

FALIERO

Aux glaives des tyrans, qu'ils veulent renverser, Suis-je un patricien , moi , pour les dénoncer? FALIERO.

Achi^ve.

ISRAËL, .lai tout dit.

FALIERO

j Ce sont lA des indices.

I Le reste, ton projet , tes amis , tes complices ? I ISRAËL.

.Mon pi'ojet ? c'est le vôtre.

I FALIERO

î En ai-je un ?

ISRAËL

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