‹ Magasin théâtralChapitre 548 sur 1475 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

LIONl, BERTRAM.

LiONI.

Ma colère A cédé , quoique ju.ste . aux pleurs de votre mi^re :

Le sein qui vous porta nous a nourris tous deux ; Je m'en suis souvenu.

BERTRAM

Monseigneur!...

LlONI.

Malheureux !

Quel orgueil fanatique ou quel mauvais génie De censurer les grands t'inspira la manie?

BERTRAM

.le leur dois tous mes maux.

LIONI

Bertram , sans mon appui , Sur le pont des Soupirs tu passais aujourd'hui ; On t'oubliait demain.

BERTRAM

Je demeure immobile ; Quoi ! le pont des Soupirs !

LIONI

Sois un artiste habile , Un sculpteur sans égal ; mais pense à tes travaux , Et, quand tu veux blâmer, parle de tes rivaux. L'État doit aux beaux-arts laisser ce privilège, C'est ton droit ; plus hardi , tu deviens sacrilège. BERTRAM.

On ne l'est qu'envers Dieu.

LIONI

Mais ne comprends-tu pas Que ceux qui peuvent tout sont les dieux d'ici-bas?... On t'aime à Rialto , dans le peuple on t'écoute , Dis que je t'ai sauvé: tu le diras?

BERTRAM

Sans doute; De raconter le bien le ciel nous fait la loi,

LIONI

Et d'oublier le mal ; mais tes pareils et toi , Les mains jointes , courbés sur vos pieux symboles , Des pontifes divins vous croyez les paroles: Du pouvoir qu'ils n'ont pas ils sont toujours jaloux , El vous ouvrant le ciel , ils le ferment pour nous.

BERTRAM

Non pour vous, maîspour ceux que leur Dieu doit maudire.

LIOM.

Tu te crois saint , Bertram , et lu crains le martyre.

MAKIINO FALIKRO. - ACTE 11.

La loiluie...

BERTRAM

Ah ! pitié !

LlOiSI.

Des grands parle à genoux.

BERTRAM

De ma haine contre eux je vous excepte, vous.

LIOjNI.

Que leur reproches-tu ?

BERTRAM

Ma misère.

LIOMl.

Sois sage , Travaille , tu vivras.

BERTRAM

Promettre est leur usage :

Car l'ivoire ou l'ébène à leurs yeux est sans prix , Quand il doit de mes mains passer sous leurs lambris. Mais l'ont-ils, ce travail achevé pour leur plaire. J'expire de besoin et j'attends mon salaire.

LIOM.

A-t-on des monceaux d'or pour satisfaire à tout? Je les verrai. Mais parle , on célèbre ton goût ; ()uelsmarbres,quels tableaux, aux miens sont comparables? Regarde ces apprêts : que t'en semble ? BERTRAM.

Admirables ?

LlOxM.

Voyons, j'aime les arts et prends tes intérêts:

; A voix basse. ; Les Dix , pour tout savoir , ont des agens secrets , Et nous payons fort cher leurs utiles services ; Tu nous pourrais comme eux rendre ces bons offices. De nos patriciens plus d'un s'en fait honneur.

BERTRAM

Je préfère pourtant...

LIONI

Quoi?

BERTRAM

Mourir , monseigneui-,

LIONI

Insensé !

BERTRAM

Mais comptez sur ma reconnaissance.

LIOM.

Me la prouver , je crois, n'est pas en ta puissance.

BERTRAM

Le dernier peut un jour devenir le premier.

LIOM.

(.".cm ment?

BERTRAM

Dieu nous l'a dit.

LIOM.

Garde-toi d'oublier Que des vertus ici l'humilité chrétienne Est la plus nécessaire , et ce n'est pas la tienne. Sténo!... sors.

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