SCÈNE V
FERNANDO, FALIERO, ISRAËL, BERTRAM, PIETRO, STROZZl; CONJURÉS.
ISRAËL
Un des deux est tombé.
FALIERO
Jusqu'à nous parvenue, Cette voix... ah! courons! cette voix m'est ccnoue. C'est Fernando, c'est lui :
MARINO FALÏERO. - ACTE \\l
FERNANDO
Le doge !
FALIERO
0 désespoir !
0 mon fils! qu'as-tu fait? mon fils!
FERNANDO
Moi , vous revoir, Expirer à vos pieds!... Dieu juste !
FALIERO
Je devine Par (piel bras fut porté le coup qui t'assassine : Par eux, toujours par eux ! Ils m'auront tout ravi Du trépas de Sténo le tien sera suivi. FERNANDO.
Il s'est conduit en brave.
FALIERO
O trop chère victime , Que de ce cœur brisé la chaleur te ranime! N'écarte pas la main qui veut te secourir... Mon fils ! si près de toi , je t'ai laissé périr ! Mon espoir! mon orgueil !... je n'ai pu le défendre. Au cercueil, avant moi, c'est lui qui va descendre, Et ma race avec lui !
FERNANDO
C'en est fait ; je le sens...
Ne me prodiguez plus des secours impuissans. Une sueur glacée inonde mon visage. .
FALIERO
Que fais-tu ?
FERNANDO, essayant de se soulever.
Je voudrais... Donnez-m'en le courage, ODieu!
FALIERO
D'où naît l'horreur qui semble te troubler ? FERNANDO.
Je veux... c'est à genoux que je veux vous parler. Je ne puis...
FALIERO, le serrant dans ses bras.
Sur mon cœur ! sur mon cœur !
FERNANDO
Ah ! mon père , Grâce ! pardonnez-moi.
FALIERO
Quoi ! ta juste colère ?
C'est celle d'un bon fils !
FERNANDO
Grâce ! Dieu vous entend :
Désarmez le courroux de ce Dieu qui m'attend.
FALIERO
Comment punirait-il ta désobéissance?
L'arrêt qui doit t'absoudre est prononcé d'avance.
Je te bénis. En paix de mon sein paternel
Va déposer ton âme au sein de l'Éternel.
Ne crains pas son courroux; fùt-il inexorable,
11 ne trouverait plus où frapper le coupable;
Je t'ai couvert , mon fils , de pardons et de pleurs.
FERNANDO
Mon père, embrassez-moi.. .Venise... et toi... je meurs !
ISRAËL, à Faliero après un moment de silence. Balancez-vous encor ?
FALIERO, qui se relève en ramassant l'épe'e de Fernando. L'arme cp;ii fut la sienne De sa main défaillante a passé dans la mienne Juge donc si ce fer, témoin de son trépas, Au moment décisif doit reculer d'un pas. Vengeance!. ..Au point dujour!... Pour quitter sa demeure, Que chacun soit debout dès la quatrième heure. Au portail de saint Marc , par différens chemins. Vous marcherez, le fer et le feu dans les mains, En criant : Trahison ! Sauvons la république ! Aux armes ! Les Génois sont dans l'Adriatique ! Le beffroi sur la tour s'ébranle à ce signal ; Les nobles, convoqués par cet appel fatal, Pour voler au conseil, en foule se répandent Dans la place où déjà vos poignards les attendent. A l'œuvre ! ils sont à nous ! Courez , moissonnez-les ! Qu'il tombent par milliers sur le seuil du palais. (AStrozzi.)
Toi, si quelqu'un d'entre eux échappait au carnage, Du pont de Rialto ferme-lui le passage ;
(A Bertram.) (A Piefro.)
Toi, surprends l'arsenal ; toi, veille sur le port ; Israël, à Saint-Marc ; moi , partout où la mort Demande un bras plus ferme et des coups plus terribles. Relevez de mon fils les restes insensibles : Mais, par ces tristes jours dont il était l'appui Par ces pleurs menaçans, jurez-moi, jurez-lui Qu'au prochain rendez-vous où les attend son ombre , Pas un ne manquera , si grand que soit leur nombre ; Qu'ils iront à sa suite unir en périssant Le dernier de leur race au dernier de mon sang. Par vos maux , par les miens , par votre délivrance , Jurez tous avec moi : vengeance, amis 1
TOUS, excepté Bertram , en étendant leurs tpécssur le cadavre de Fernando.
Vengeance !