‹ Magasin théâtralChapitre 564 sur 1475 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ÉLÉNA, FALIERO.

( Eléna est assise , le coude appuyé sur une table : elle dort. ) FALIERO, qui entre par le fond.

Qu'ils ramaient lentement dans ces canaux déserts ! Le vent du midi règne ; il pèse sur les airs , Il m'oppresse, il m'accable... Expirer avant l'âge, Lui, que je vis hier s'élancer sur la plage, Franchir d'un pas léger le seuil de ce séjour ! Il arrivait joyeux : aujourd'hui quel retour !

( Apercevant la duchesse. ) Éléna m'attendait dans ses habits de fête : Sa parure de bal couronne encor sa tête. Le deuil est là , près d'elle; et le front sous des fleurs , Elle a fermé ses yeux sans prévoir de malheurs. Laissons-les du sommeil goûter en paix les charmes ; Ils ne se rouvriraient que pour verser des larmes.

ÉLÉNA, endormie.

Hélas!

FALIERO

D'un rêve affreux son cœur est agité; Moins affreux cependant que la réalité : Bientôt...

ÉLÉNA , de môme.

Mort de douleur... en te trouvant... coupable.

FALIERO

D'un soupçon qui l'outrage, ô suite inévitable! Jusque dans son repos, dont le calme est détruit , De mon funeste aveu le souvenir la suit. Chère Éléna !

ÉLÉNA, s'éveillant.

Qu'entends-je ? oi^i suis-je? qui m'appelle ?

FALIERO

Ton ami.

ÉLÉNA.

Vous ! c'est vous !

FALIERO

A mes désirs rebelle , Par tendresse , il est vrai , pourquoi m'atlcndre ainsi ?

ÉLÉNA.

Que vous avez tardé !

FALIERO

Je l'ai dû.

ÉLÉNA.

Vous voici !

C'est vous!. .Dieu! quels tourmensm'a causés votre absence! Je marchais, j'écoutais : dans mon impatience, Quand le bruit d'une rame éveillait mon espoir, J'allais sur ce balcon me pencher pour vous voir. La gondole en passant m'y laissait immobile ; Tout, excepté mon cœur, redevenait tranquille. J'ai vu les astres fuir et la nuit s'avancer, Et des palais voisins les formes s'effacer. Et leurs feux qui du ciel perçaient le voile sombre , Éteints jusqu'au dernier, disparaître dans l'ombre. Que l'attente et la nuit allongent les momens ! Je ne pouvais bannir mes noirs pressentimens. ' Je tressaillais de crainte , et pourquoi ? je l'ignore.

FALIERO

Tu trembles sur mon sein.

ÉLÉNA.

Quand donc viendra l'aurore?

Oh ! qu'un rayon du jour serait doux pour mes yeux ! Funeste vision!... quelle nuit! quels adieux! Il m'a semblé... j'ai cru... l'abîme était horrible, Et mes bras , que poussait une force invincible , Vous trahiaient, vous plongeaient dans cet abîme ouvert , Malgré moi , mais toujours, toujours !... Que j'ai souffert ! J'entends encor ce cri qui du tombeau s'élève. Qui m'accuse. .. 0 bonheur ! je vous vois , c'est un rêve ! FALIERO.

Ne crains plus.

ÉLÉNA.

Loin de moi quel soin vous appelait ?

FALIERO

Tu le sauras.

ÉLÉNA.

Si tard, dans l'ombre !...

FALIERO

Il le fallait.

ÉLÉNA.

Pour vous accompagner, pas un ami ?

MARINO FALIE

FALIEKO.

Personne,

ÉLÉNA.

l'as même Fernando?

FALIERO

Lui, grand Dieu!

ÉLÉNA.

Je frissonne.

Vous cachez dans vos mains votre front abattu. 0 ciel ! du sang !

FALIERO

Déjà?

ÉLÉNA.

Le vôtre ?

FALIERO

Ouedis-lu?

Que n'est-ii vrai !

ÉLÉNA.

Parlez !

FALIERO

Un autre...

ÉLÉNA.

Osez m'instruire.

Qui ? j'aurai du courage et vous pouvez tout dire : Qui donc?

Il n'est plus temps de te cacher son sort ; Sous mes yeux Fernando...

ÉLÉNA.

Vous pleurez : il est mort.

FALIERO

Digne de ses aïeux , pour une juste cause ; La tienne !

ÉLÉNA.

C'est pour moi !

FALIERO

Près de nous il repose , Mais froid comme ce marbre, où penché tristement. Je pleurais, j'embrassais son corps sans mouvement; Pleurs qu'il ne sentait plus , douce et cruelle étreinte (jui n'a pu ranimer une existence éteinte ! J'ai trouvé sur son cœur réchauffé par ma main, Ce tissu malheureux qui le couvrait en vain : Quelque gage d'amour !

ÉLÉNA , qui reconnaît son (^oharpe.

La force m'abandonne.

Objet funeste, affreux !

FALIERO

Ah ! qu'ai-je fait ? pardonne.

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