FALIERO, LIONI, BERTRAM
FALIERO, froidement à Lioni.
Eh bien , que savcz-vous?
J'écoute.
LIONI
J'étais seul, en proie i\ la tristesse Oui suit parfois d'un bal le tumulte et l'ivresse, De je ne sais quel trouble agité sans raison. Un homme, c'était lui, client de ma maison, Oue j'honorai longtemps d'une utile assistance, Et qui m'a di^i tantôt quelque reconnaissance, Réclame la faveur de me voir en secret. Écarté par mes gens, il insiste ; on l'admet.
MARINO FALIERO. — ACTE IV
«Devant Dieu, medil-ii, voulez-vous trouver grâce ? «INe sortez pas demain.» Je m'étonne ; à voix basse , L'œil humide, il ajoute en me serrant la main: «Je suis quitte avec vous; ne sortez pas demain.» Et pourquoi?... Les regards inclini^s vers la (erre, Immobile, interdit, il s'obsline à se taire. J'épiais sa pâleur de cet œil pénétrant Dont je cherche un aveu sur le front d'un mourant ; Je le presse; il reprend d'une voix solennelle : «Si la cloche d'alarme â Saint-Marc vous appelle, «N'y courez pas , adieu !» Je le reliens alors : On l'entoure à ma voix , on l'arrête ; je sors. Quatre rameurs choisis sautent dans ma gondole, II y monte avec moi : je fais un signe , on vole, Et je l'amène ici , pour qu'au chef de l'État Un aveu sans détour dénonce l'attentat.
FALIERO
11 n'a rien dit de plus?
LIONI
Mais il doit tout vous dire.
Je ne suis pas le seul contre qui l'on conspire. Si j'en crois mes soupçons , Venise est en danger : Qu'il s'explique, il le faut.
FALIERO
Je vais l'interroger.
( Il s'assied entre Bertram et Lioni qui est appuyé sur le dos de
son fauteuil. ) ^A Bertram.)
Approchez: votre nom?
BERTRAM
Bertram.
LIONI, bas au doge.
On le révère;
.On cite à Rialto sa piété sévère :
Parlez-lui du ciel.
FALIERO
(A Lioni.)
Oui. Bertram , regardez-moi.
Seigneur...
LIOM.
Lève les yeux.
FALIERO
N'ayez aucun effroi.
LIONI
Si tu ne caches rien , ta grâce est assurée.
FALIERO
Je sauverai vos jours, ma parole est sacrée; Vous savez à quel prix ?
BERTRAM
Je le sais.
FALIERO
Descendez Au fond de votre cœur, Bertram, et répondez, Quand vous aurez senti si votre conscience Vous fait ou non la loi de rompre le silence...
LIONI
Quels sont les intérêts dont tu vas disposer.
FALIERO
Et quels jours précieux vous pouvez exposer.
BERTRAM
J'ai parlé; mon devoir m'ordonnait de le faire.
LIONI
Achève.
FALIERO
Et maintenant il vous force à vous taire, Si je vous comprends bien ?
BERTRAM
Il est vrai.
LIONI
L'Éternel Te défend de cacher un projet criminel. FALIERO.
Ce projet , quel est-il ?
BERTRAM
Je n'ai rien à répondre.
LIONI
Mais ton premier aveu suffit pour te confondre.
BERTRAM
Une voix m'avait dit : Sauve ton bienfaiteur.
LIONI
Je suis donc menacé ?
FALIERO
Lui seul ?
LIONI
Quel est l'auteur , Le chef de ce complot ?
FALIERO
Parlez.
Qu'il me pardonne ; J'ai voulu vous sauver, mais sans trahir personne. LIONI.
Serais-tu son complice?
FALIERO
Ou seulement un bruit , Quelque vague rapport vous aurait-il instruit ?
BERTRAM
Je ne mentirai pas.
LIONI
Alors que dois-je craindre ?
IMÂRINO FALIERO. —ACTE IV
Oiic) poignard me poursuit? où , quaud doit-il m' atteindre, Comment?
BERTRAM
De ce péril j'ai d\\ voas avertir ; C'est A vous désormais de vous en garantir- Ma tâche est accomplie.
LIONI
Et la nôtre commence :
Les douleurs vont bientôt...
BERTRAM , faisant un pas vers le doge.
Quoi! vous?...
Notre clémence Suspend encor l'emploi de ce dernier moyen.
( Bas à Lioni. )
Réduit au désespoir il ne vous dirait rien.
LIONI
( Bas au doge. ) ( A Bertram. )
Il faiblit. Tu l'entends, nous voulons tout connaître. Songe que Dieu t'écoute.
FALIERO
Et qu'il punit le traître.
BERTRAM
Malheureux !
LIONL Que tu peux mourir dans les tourmens, Sans qu'on te donne un prêtre à tes derniers momens. BERTRAM.
Dieu ! qu'entends-je?
FALIERO
Oui, demain.
LIONI
N'accordons pas une heure, Non,pasraèmeuninstant; qu'ils' expliqueou qu'ilmeure.
BERTRAM
Je ne résiste plus.
LIONI
Parle donc.
BERTRAM
Eh bien!...
FALIERO, se levanl.
Quoi ?
Je vais lout dire.
LIONI
Enfin!
Bi.liTP.AM, au doge.
A vous seul.
FALIERO
Suivez-moi.
{Faisant un sigue à Lioni.
Je reviens.