‹ Magasin théâtralChapitre 568 sur 1475 · FALIERO, LIONI, BERTRAM · texte numérisé non relu

FALIERO, LIONI, BERTRAM

FALIERO, froidement à Lioni.

Eh bien , que savcz-vous?

J'écoute.

LIONI

J'étais seul, en proie i\ la tristesse Oui suit parfois d'un bal le tumulte et l'ivresse, De je ne sais quel trouble agité sans raison. Un homme, c'était lui, client de ma maison, Oue j'honorai longtemps d'une utile assistance, Et qui m'a di^i tantôt quelque reconnaissance, Réclame la faveur de me voir en secret. Écarté par mes gens, il insiste ; on l'admet.

MARINO FALIERO. — ACTE IV

«Devant Dieu, medil-ii, voulez-vous trouver grâce ? «INe sortez pas demain.» Je m'étonne ; à voix basse , L'œil humide, il ajoute en me serrant la main: «Je suis quitte avec vous; ne sortez pas demain.» Et pourquoi?... Les regards inclini^s vers la (erre, Immobile, interdit, il s'obsline à se taire. J'épiais sa pâleur de cet œil pénétrant Dont je cherche un aveu sur le front d'un mourant ; Je le presse; il reprend d'une voix solennelle : «Si la cloche d'alarme â Saint-Marc vous appelle, «N'y courez pas , adieu !» Je le reliens alors : On l'entoure à ma voix , on l'arrête ; je sors. Quatre rameurs choisis sautent dans ma gondole, II y monte avec moi : je fais un signe , on vole, Et je l'amène ici , pour qu'au chef de l'État Un aveu sans détour dénonce l'attentat.

FALIERO

11 n'a rien dit de plus?

LIONI

Mais il doit tout vous dire.

Je ne suis pas le seul contre qui l'on conspire. Si j'en crois mes soupçons , Venise est en danger : Qu'il s'explique, il le faut.

FALIERO

Je vais l'interroger.

( Il s'assied entre Bertram et Lioni qui est appuyé sur le dos de

son fauteuil. ) ^A Bertram.)

Approchez: votre nom?

BERTRAM

Bertram.

LIONI, bas au doge.

On le révère;

.On cite à Rialto sa piété sévère :

Parlez-lui du ciel.

FALIERO

(A Lioni.)

Oui. Bertram , regardez-moi.

Seigneur...

LIOM.

Lève les yeux.

FALIERO

N'ayez aucun effroi.

LIONI

Si tu ne caches rien , ta grâce est assurée.

FALIERO

Je sauverai vos jours, ma parole est sacrée; Vous savez à quel prix ?

BERTRAM

Je le sais.

FALIERO

Descendez Au fond de votre cœur, Bertram, et répondez, Quand vous aurez senti si votre conscience Vous fait ou non la loi de rompre le silence...

LIONI

Quels sont les intérêts dont tu vas disposer.

FALIERO

Et quels jours précieux vous pouvez exposer.

BERTRAM

J'ai parlé; mon devoir m'ordonnait de le faire.

LIONI

Achève.

FALIERO

Et maintenant il vous force à vous taire, Si je vous comprends bien ?

BERTRAM

Il est vrai.

LIONI

L'Éternel Te défend de cacher un projet criminel. FALIERO.

Ce projet , quel est-il ?

BERTRAM

Je n'ai rien à répondre.

LIONI

Mais ton premier aveu suffit pour te confondre.

BERTRAM

Une voix m'avait dit : Sauve ton bienfaiteur.

LIONI

Je suis donc menacé ?

FALIERO

Lui seul ?

LIONI

Quel est l'auteur , Le chef de ce complot ?

FALIERO

Parlez.

Qu'il me pardonne ; J'ai voulu vous sauver, mais sans trahir personne. LIONI.

Serais-tu son complice?

FALIERO

Ou seulement un bruit , Quelque vague rapport vous aurait-il instruit ?

BERTRAM

Je ne mentirai pas.

LIONI

Alors que dois-je craindre ?

IMÂRINO FALIERO. —ACTE IV

Oiic) poignard me poursuit? où , quaud doit-il m' atteindre, Comment?

BERTRAM

De ce péril j'ai d\\ voas avertir ; C'est A vous désormais de vous en garantir- Ma tâche est accomplie.

LIONI

Et la nôtre commence :

Les douleurs vont bientôt...

BERTRAM , faisant un pas vers le doge.

Quoi! vous?...

Notre clémence Suspend encor l'emploi de ce dernier moyen.

( Bas à Lioni. )

Réduit au désespoir il ne vous dirait rien.

LIONI

( Bas au doge. ) ( A Bertram. )

Il faiblit. Tu l'entends, nous voulons tout connaître. Songe que Dieu t'écoute.

FALIERO

Et qu'il punit le traître.

BERTRAM

Malheureux !

LIONL Que tu peux mourir dans les tourmens, Sans qu'on te donne un prêtre à tes derniers momens. BERTRAM.

Dieu ! qu'entends-je?

FALIERO

Oui, demain.

LIONI

N'accordons pas une heure, Non,pasraèmeuninstant; qu'ils' expliqueou qu'ilmeure.

BERTRAM

Je ne résiste plus.

LIONI

Parle donc.

BERTRAM

Eh bien!...

FALIERO, se levanl.

Quoi ?

Je vais lout dire.

LIONI

Enfin!

Bi.liTP.AM, au doge.

A vous seul.

FALIERO

Suivez-moi.

{Faisant un sigue à Lioni.

Je reviens.

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