SCÈNE VIL
LIONI, ÉLÉNA.
LIONI
Votre Altesse , j'espère , D'une grave entrevue excuse le mystère.
ÉLÉNA.
Il ne m'appartient pas d'en sonder les secrets. Mais le doge est absent?...
LIONI
Pour de grands intérêts.
Pui.s-je sans trop d'orgueil pcnseï- qu'une soirée Où d'hommages si vrais je vous vis entourée Vous a laissé, madame, un heureux souvenir?
MARINO FALIERO. — ACTE IV
ÉLÉNA.
( A part. ) Charmant : j'y pense encor. Qui peut le retenir?
(A Lioni.)
Ce prisonnier sans doute occupe Son Altesse?
LIOM.
Lui-même. Qu'avez-vous ?
Rien.
LIONI
Il vous inléressc?
ÉLÉNA.
Moi !... mais c'est la pitié qui m'intéresse à lui : Je plains un malheureux. Et son sort aujourd'hui ?. LIONI , avec indiffêrcucc.
Sera celui de tous.
ÉLÉNA , à part.
Que dit-il?
LIONI , à part.
Elle tremble.
ÉLÉNA.
D'autres sont accusés ?
LIONI , froidcmciK.
Tous périront ensemble.
Il a fait tant d'aveux !
ÉLÉN.A , vivement.
A VOUS, seigneur?
LIONI
Du moins Au doge qui l'écoute.
ÉLÉNA.
Au doge , et sans témoins?
LIONI
Sans témoins.
ÉLÉNA , à part.
O bonheur !
LIONI , à part.
Ce mot l'a rassurée.
(A Éléna.)
Mais Votre Altesse hier s'est trop tôt retirée. Ce bal semblait lui plaire, et le doge pourtant Ne l'a de sa présence honoré qu'un instant. ÉLÉNA.
Ses travaux lui rendaient le repos néces.saire.,
LIONI
11 veille encor.
ÉLÉNA , vivement.
C'est moi, je dois être sincère, C'est moi qui, fatiguée...
LIONI
Et vous veillez aussi...
Pour ne le pas quitter ?
ÉLÉNA.
Seule, inquiète ici.
J'attendais...
LIONI , vivement.
Qu'il revînt? Une affaire soudaine L'a contraint de sortir?
Non ; mais sans quelque peine Je ne pouvais penser que chez lui de retour Un travail assidu l'occupât jusqu'au jour; Et vous partagerez la crainte que m'inspire Un tel excès de zèle.
LIONI
En effet.
ÉLÉNA , à part.
Je respire.
LIONI , à part.
J'avais raison.
ÉLÉNA.
Il vient.