SCENE IX
ÉLÉNA , FALIERO.
La victoire me reste !
ELENA
A quoi tient votre vie!
iMARliNO FALIERO. - ACTE IV.
FALIERO
Ou'impoite ? elle est sauvée.
ÉLÉNA.
Un mot vous l'eût ravie.
FALIERO
Du cachot de Berfram ce mot ne peut sortir : Renais à l'espérance.
ÉLÉNA.
Et comment la sentir?
INIon cœur s'est épuisé dans cette angoisse affreuse ; Plaignez-moi : je n'ai pas la force d'être heureuse. FALIERO.
Une heure encore d'attente!
ÉLÉNA.
Un siècle de douleurs , Quand je crains pour vos jours !
Qu'ils tremblent pour les leurs!
Adieu.
ÉLÉNA.
Vous persistez ?
FALIERO
Mourir, ou qu'ils succombent!
ÉLÉNA.
Vous mourrez !... C'est sur vousque vos projets retombent ! Ma terreur me le dit. C'est Dieu, mon cœur le sent, C'est Dieu qui m'a parlé, la mort, la voix du sang. C'est Fernando, c'est lui dont le sort vous menace, Qui du doigt au cercueil m'a montré votre place. Voulez-vous me laisser seule entre deux tombeaux ? Grâce ! J'ai tant pleuré! ne comblez pas mes maux. Cédez; vous n'irez pas! non: grâce, il faut me croire. Grâce pour moi, pour vous, pour soixante ans de gloire !
FALIERO
Mais ma gloire , c'est toi : ton époux , ton soutien Perdra-t-il son honneur en mourant pour le tien? .Je ne venge que lui.
ÉLÉNA.
Que lui !
FALIERO
Pour le défendre Ma contiance en toi m'a fait tout entreprendre. Sur ton pieux respect, sur ta jeune raison Si je me reposais avec moins d'abandon ; Pour lui faire un tourment de ma terreur jalouse, Avili par mon choix, si j'aimais une épouse , Qui, chargée à regret du fardeau de mes ans, Pourrait à leurs dédains livrer mes cheveux blancs ; Non , non, je n'irais pas, combattu par mes doutes, Affronter les périls que pour moi tu redoutes.
Grand Dieu !
FALIERO
Je n'irais pas , follement irrité , Pour venger de son nom l'opprobre mérité, Pour elle, pour sa cause et ses jours méprisables , Ternir un siècle entier de jours irréprochables. Non , courbé sous sa honte et cachant ma douleur, Je n'aurais accusé que moi de mon malheur. ÉLÉNA.
Qu'avez-vous dit ?
FALIERO
Mais toi , toi qu'ils ont soupçonnée, Digne appui du vieillard à qui tu t'es donnée , Modèle de vertu dans ce triste lien , Ange consolateur, mon orgueil , mon seul bien...
ÉLÉNA.
O tourment !
FALIERO
Tu verrais de ta vie exemplaire L'outrage impunément devenir le salaire ! Ah ! je cours...
ÉLÉNA.
Arrêtez !
FALIERO
Ne te souviens-tu pas De l'heure où ton vieux père expira dans nos bras? A son dernier soupir il reçut ta promesse De m'aimer, d'embellir, d'honorer ma vieillesse: Tu l'as fait.
ÉLÉNA.
C'en est trop !
Je promis à mon tour De veiller sur ton sort jusqu'à mon dernier jour. Ton père me l'ordonne.
ÉLÉNA.
Écartez cette image.
FALIERO
C'est lui...
ÉLÉNA.
Je parlerais !
FALIERO
C'est lui qui m'encourage A remplir mon devoir, à tenir mon serment, A défendre sa fille.
ÉLÉNA.
A la punir.
FALIERO
Comment ?
MAHIlNO FALIKllO. ~ ACTE IV,
ÉLEiNA.
Vengez- VOUS ; punissez. Le sang qu'il vous demande C'est le mien. Punissez ; votre honneur le commande ; Mais n'immolez que moi , moi seule : cet honneur Pour qui vous exposez repos, gloire, bonbewv Je l'ai perdu !
Qu'entends-je? où suis-je? que dit-elle?
Oui , vous ?
ÉLÉNA.
Fille parjure, épouse criminelle , Mon père au lit de mort , vos bienfaits et ma foi, Tout, oui , j'ai tout trahi.
FALIERO
Point de pitié pour toi !
Mais il est un secret qu'il faut que lu déclares : Ton complice ?
ÉLÉNA.
Il n'est plus.
FALIERO
Éléna , tu t'égares.
Comprends-tu bien les mots qui te sont échappés ? Sais- tu que , s'il est vrai , tu vas mourir ?
ÉLÉNA.
Frappez !
FALIERO , levant son poignard.
Reçois ton châtiment!... Mais non ! qu'allais-je faire? Tu tremblais pour ma vie , et ta frayeur m'éclaire. Non, non ; en t'accusant tu voulais me sauver.
( Le poignard tombe de ses mains. ) A ce sublime aveu qui pouvait s'élever De cette trahison ne fut jamais capable. Dis que tu m'abusais, que tu n'es pas coupable, Parle, et dans mon dessein je ne persiste pas. J'y renonce, Éléna , parle... ou viens dans mes bras, Viens , et c'en est assez !
Hélas ! j'en suis indigne. J'ai mérité la mort : frappez, je m'y résigne. Ah ! frappez !
FALIERO
Et le fer de mes mains est tombé !
A sa honte , à mes maux, je n'ai pas succombé ! D'un tel excès d'amour redescendre pour elle Au mépris!... non , la haine eût été moins cruelle. Mais on vient ; mon devoir m'impose un dernier soin : Le danger me ranime... Ah ! j'en avais besoin. J'entends mes conjurés; ce sont eux; voici l'heure. Redevenons moi-même : il faut agir.
********m***miMi^^^n^*t.