RAIT
ce tumulte, les conspirateurs les auraient taillés en pièces, pour proclamer ensuite ^larino Faliero seigneur de Venise. Ce" plan arrêté, on en fixa l'exécution au mercredi 15 avril 1355 ; et le com plot fut conduit avec tant de mystère , que pcr sonne n'en eut le plus léger soupçon.
Mais le ciel qui veille sur cette glorieuse cité, et qui, satisfait de la piété et de la droiture de ses habitans, leur a toujours prètéson secours, se ser vit d'un nommé Beltramo, deBergame, pour découvrir la conspiration de la manière suivante. Ce Beltramo, qui était au service de Niccolo Lioni de Santo Stefano, connaissait en partie ce qui devait avoir lieu : il alla chez Niccolo Lioni, et lui raconta tout ce qu'il avait appris. Ser Niccolo, en l'entendant , resta comme mort d'étonnement et de terreur. Beltramo lui ayant tout révélé, le conjura de garder le secret , ajoutant que , s'il lui avait fait cet aveu, c'était afin qu'il ne sortît pas de chez lui le jour désigné , et pour lui sauver la vie. Beltramo allait se retirer , mais ser Niccolo ordonna à ses gens de le saisir et de le garder soigneusement. 11 courut aussitôt chez messer Giovanni Gradenigo Nasoni, qui depuis fut nommé doge, et qui habitait aussi à Santo Stefano, et lui raconta tout ce qu'il venait d'apprendre. Cette révélation lui parut de la plus haute importance , et elle l'était en effet. Ils allèrent ensemble chez ser Marco Cornaro, qui habitait à San Fdice , et, après lui avoir tout appris, ils retournèrent tous trois chez Niccolo Lioni pour interroger Beltramo. Après l'avoir questionné, et avoir appris de lui tout ce qu'il savait, ils le laissèrent enfermé; puis ils se rendirent dans la sacristie de San Salvatore,et envoyèrent leurs gens convoquer les conseillers , les avogadori , les chefs du conseil des Dix et ceux du grand conseil.
Lorsque tous furent réunis, on leur fit part de ce qu'on venait d'apprendre. A ce récit, ils restèrent tous glacés d'étonnement et d'horreur; on résolut d'envoyer chercher Beltramo : ils l'examinèrent, et se convainquirent de la vérité de ce qu'il disait. Aussitôt , malgré le trouble qui agitait l'assemblée, on arrêta les mesures à prendre; on envoya chercher les chefs des Quarante , les officiers de nuit ( signori di notte ), les capi di sestiere, et