‹ Magasin théâtralChapitre 605 sur 1475 · GA.SSÉ · texte numérisé non relu

GA.SSÉ

„ , „ . ^ ^ Le cardinal

Est furieux, et veut un prompt remède au mal.

BOUCHAVANNES.

Point de courrier du camp ?

GASSÉ.

. . Je crois que par surprise

Nousavonspris Figuière, ou bien qu'on nous l'aprise.

Réfléchissant.

C'est à nous qu'on l'a prise.

ROCHEBARON.

^ „ ., Et que dit de ce coup

Le Roi? '

GASSÉ.

Le cardinal n'est pas content du tout.

BRICHANTEAU

Que fait la cour? Le Roi se porte bien sans doute?

GASSÉ.

Non pas. Le cardinal a la fièvre et la goutte, Et ne va qu'en litière.

BRICHANTEAU

Étrange original !

Quand nous te parlons roi , tu réponds cardinal.

GASSÉ.

Ah ! — c'est la mode.

BOUCHAVANNES.

Ainsi rien de nouveau?

GASSÉ.

Que dis-je ?

Pas de nouvelles? — Mais, un miracle, un prodige Qui tient depuis deux mois Paris en pas.sion ! La fuite, le départ, la di.sparition...-

BRICHANTEAU

De qui?

CASSÉ

De Marion de Lorme, de la belle Des belles.

BRICHANTEAU, d'un aiT mystérieux.

A ton tour écoute une nouvelle.

Elle est ici.

CASSÉ

Vraiment ! à Blois !

BRICHANTEAU

Incognito.

o\ssÉ, haussant les épaules.

Marion! — Vous raillez, monsieur de Brichanteau! Elle ici ! Marion ! elle qui fait la mode ! Mais c'est que de Paris ce Blois est l'antipode ! Regardez.— Tout est laid , tout est vieux, tout est mal.

Montrant les tours de Saint-Nicolas.

Ces clochers même ont l'air gauche et provincial I

ROCHEBARON.

C'est vrai.

BRICHANTEAU

Douterez-vous que Saverny l'ait vue?

Cachée ici ? déjà d'un grand amant pourvue ? Lequel même a sauvé Saverny, s'il vous plaît, De voleurs qui la nuit l'avaient pris au collet. Bons larrons, qui voulaient faire en cette rencontre L'aumône avec sa bourse et voir l'heure à sa montre.

MARTON

CASSÉ

Mais c'est tonte une histoire *

FOCHEBARON , à Brichaïilpaic.

En êtes-vous bien silr?

BRICUXNTKAD.

Comme j'ai six besans d'argent sur champ d'azur ! Si bien que Saverny depuis n'a d'autre envie Que de trouver cet homme auquel il doit la vie.

BOrCHAVANNES.

Mais il peut bien l'aller trouver chez elle.

BRICHANTEAI .

Non.

Elle a changé depuis de logis et de nom. On a perdu sa trace.

Marion et Didier traversent lentement le fond du théâtre sans être vus des interlocuteurs , et entrent par une petite porte dans une des maisons latérales. GASSÉ.

Il fallait que je vinsse A Blois pour retrouver Marion en province ! Entrent MM. de Villac et de Montpesat, parlant haut et se disputant.

VILLAC.

Moi je te dis que non!

MOSTl'ESAT.

Moi je le dis que si !

VILLAC.

Le Corneille est mauvais !

MOÎSTPESAT.

Traiter Corneille ainsi !

Corneille enfin, l'auteur du Ciel et de Mélitcl

VILLAC.

Mélite soit ! j'en dois avouer le mérite ;

Mais Corneille n'a fait que descendre depuis,

Comme ils font tous ! Pour toi je fais ce que je puis.

Parle-moi de Mclile et de la Galerie

Du Palais ! Mais le Cid, qu'est cela, je te prie?

CASSÉ, à Montpesat.

Monsieur est modéré.

MONTPESAT

Le Cid est bon !

VILLAC.

Méchant !

Ton Cid, mais Scudéri l'écrase en le touchant ! Quel style ! ce ne sont (]ue choses singulières. Que façons de parler basses et familières. Il nomme à tout propos les choses par leurs noms. Puis le Cid est obscène et blesse les canons. Le Cid n'a pas le droit d'épouser son amante. Tiens, mon cher, as-tu lu Pyrame et Bradainante? Quand Corneille eu fera de pareils , donne-m'en.

uoGHEBAROx, à Montpesut.

Lisez aussi le grand et dernier Soliman De monsieur Mairet. C'est la grande tragédie ; Mais le Cid!

VILLAC.

Puis il a l'âme vaine et hardie.

Croit-il pas égaler messieurs de Boisrobert , Chapelain, Serisay, Mairet, Gombault, Habert, Bautru, Giry, Faret, Desmarets, Malleville, Duryer, Cherisy, Colletet, Gomberville, Toute l'académie enfin î

BRicHAMEAc, riant de pitié et haussant les épaules. C'est excellent!

VILLAC.

Puis monsieur veut créer! inventer! Insolent! Créer après Garnier ! après le Théophile ! Après Hardy ! Le fat ! créer, chose facile ! Comme si ces esprits fameux avaient laissé Quelque chose après eux qui ne fût pas usé! Chapelain là-dessus le raille d'une grâce !

EOCHEBARON.

Corneille est un croquant!

ROl'CHAVANNES.

DE LORME. 7

Mais l'évoque de Grasse, Monsieur Godeau, m'a dit qu'il a beaucoup d'esprit.

MONTPESAT

Beaucoup !

VILLAC.

S'il écrivait autrement qu'il n'écrit, S'il suivait Aristote et la bonne méthode...

CASSÉ

Messieurs, faites la paix. Corneille est à la mode; Il succède à Garnier, comme font de nos jours Les grands chapeaux de feutre aux mortiers de velours.

MONTPESAT

Moi, je suis pour Corneille et les chapeaux de feutre.

CASSÉ, à Montpesat.

Tu vas trop loin ! —

A Villac.

Garnier est très-beau. — Je suis neutre, Mais Corneille a du bon parfois.

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