GA.SSÉ
„ , „ . ^ ^ Le cardinal
Est furieux, et veut un prompt remède au mal.
BOUCHAVANNES.
Point de courrier du camp ?
GASSÉ.
. . Je crois que par surprise
Nousavonspris Figuière, ou bien qu'on nous l'aprise.
Réfléchissant.
C'est à nous qu'on l'a prise.
ROCHEBARON.
^ „ ., Et que dit de ce coup
Le Roi? '
GASSÉ.
Le cardinal n'est pas content du tout.
BRICHANTEAU
Que fait la cour? Le Roi se porte bien sans doute?
GASSÉ.
Non pas. Le cardinal a la fièvre et la goutte, Et ne va qu'en litière.
BRICHANTEAU
Étrange original !
Quand nous te parlons roi , tu réponds cardinal.
GASSÉ.
Ah ! — c'est la mode.
BOUCHAVANNES.
Ainsi rien de nouveau?
GASSÉ.
Que dis-je ?
Pas de nouvelles? — Mais, un miracle, un prodige Qui tient depuis deux mois Paris en pas.sion ! La fuite, le départ, la di.sparition...-
BRICHANTEAU
De qui?
CASSÉ
De Marion de Lorme, de la belle Des belles.
BRICHANTEAU, d'un aiT mystérieux.
A ton tour écoute une nouvelle.
Elle est ici.
CASSÉ
Vraiment ! à Blois !
BRICHANTEAU
Incognito.
o\ssÉ, haussant les épaules.
Marion! — Vous raillez, monsieur de Brichanteau! Elle ici ! Marion ! elle qui fait la mode ! Mais c'est que de Paris ce Blois est l'antipode ! Regardez.— Tout est laid , tout est vieux, tout est mal.
Montrant les tours de Saint-Nicolas.
Ces clochers même ont l'air gauche et provincial I
ROCHEBARON.
C'est vrai.
BRICHANTEAU
Douterez-vous que Saverny l'ait vue?
Cachée ici ? déjà d'un grand amant pourvue ? Lequel même a sauvé Saverny, s'il vous plaît, De voleurs qui la nuit l'avaient pris au collet. Bons larrons, qui voulaient faire en cette rencontre L'aumône avec sa bourse et voir l'heure à sa montre.
MARTON
CASSÉ
Mais c'est tonte une histoire *
FOCHEBARON , à Brichaïilpaic.
En êtes-vous bien silr?
BRICUXNTKAD.
Comme j'ai six besans d'argent sur champ d'azur ! Si bien que Saverny depuis n'a d'autre envie Que de trouver cet homme auquel il doit la vie.
BOrCHAVANNES.
Mais il peut bien l'aller trouver chez elle.
BRICHANTEAI .
Non.
Elle a changé depuis de logis et de nom. On a perdu sa trace.
Marion et Didier traversent lentement le fond du théâtre sans être vus des interlocuteurs , et entrent par une petite porte dans une des maisons latérales. GASSÉ.
Il fallait que je vinsse A Blois pour retrouver Marion en province ! Entrent MM. de Villac et de Montpesat, parlant haut et se disputant.
VILLAC.
Moi je te dis que non!
MOSTl'ESAT.
Moi je le dis que si !
VILLAC.
Le Corneille est mauvais !
MOÎSTPESAT.
Traiter Corneille ainsi !
Corneille enfin, l'auteur du Ciel et de Mélitcl
VILLAC.
Mélite soit ! j'en dois avouer le mérite ;
Mais Corneille n'a fait que descendre depuis,
Comme ils font tous ! Pour toi je fais ce que je puis.
Parle-moi de Mclile et de la Galerie
Du Palais ! Mais le Cid, qu'est cela, je te prie?
CASSÉ, à Montpesat.
Monsieur est modéré.
MONTPESAT
Le Cid est bon !
VILLAC.
Méchant !
Ton Cid, mais Scudéri l'écrase en le touchant ! Quel style ! ce ne sont (]ue choses singulières. Que façons de parler basses et familières. Il nomme à tout propos les choses par leurs noms. Puis le Cid est obscène et blesse les canons. Le Cid n'a pas le droit d'épouser son amante. Tiens, mon cher, as-tu lu Pyrame et Bradainante? Quand Corneille eu fera de pareils , donne-m'en.
uoGHEBAROx, à Montpesut.
Lisez aussi le grand et dernier Soliman De monsieur Mairet. C'est la grande tragédie ; Mais le Cid!
VILLAC.
Puis il a l'âme vaine et hardie.
Croit-il pas égaler messieurs de Boisrobert , Chapelain, Serisay, Mairet, Gombault, Habert, Bautru, Giry, Faret, Desmarets, Malleville, Duryer, Cherisy, Colletet, Gomberville, Toute l'académie enfin î
BRicHAMEAc, riant de pitié et haussant les épaules. C'est excellent!
VILLAC.
Puis monsieur veut créer! inventer! Insolent! Créer après Garnier ! après le Théophile ! Après Hardy ! Le fat ! créer, chose facile ! Comme si ces esprits fameux avaient laissé Quelque chose après eux qui ne fût pas usé! Chapelain là-dessus le raille d'une grâce !
EOCHEBARON.
Corneille est un croquant!
ROl'CHAVANNES.
DE LORME. 7
Mais l'évoque de Grasse, Monsieur Godeau, m'a dit qu'il a beaucoup d'esprit.
MONTPESAT
Beaucoup !
VILLAC.
S'il écrivait autrement qu'il n'écrit, S'il suivait Aristote et la bonne méthode...
CASSÉ
Messieurs, faites la paix. Corneille est à la mode; Il succède à Garnier, comme font de nos jours Les grands chapeaux de feutre aux mortiers de velours.
MONTPESAT
Moi, je suis pour Corneille et les chapeaux de feutre.
CASSÉ, à Montpesat.
Tu vas trop loin ! —
A Villac.
Garnier est très-beau. — Je suis neutre, Mais Corneille a du bon parfois.