‹ Magasin théâtralChapitre 606 sur 1475 · VILL.AC · texte numérisé non relu

VILL.AC

D'accord.

ROCBEBAROS.

D'accord, C'est un garçon d'esprit et que j'estime fort.

BRICUANTEAU.

Mais ce Corneille-là , c'est de courte noblesse !

ROCHEBAlîOiN.

Ce nom sent le bourgeois d'une façon qui blesse.

BOTJCHAVANNES.

Famille de robins, de petits avocats.

Qui se sont fait des sous en rognant des ducats. Entre L'Angely, qui va s'asseoir à une table seul et en silence. — En noir velours et passequilles d'or. VILLAC.

Messieurs, si le public goûte ses rapsolies. C'en est fait du bel art des tragi-comédies ! Le théâtre est perdu , ma parole d'honneur ! C'est ce que Richelieu...

CASSÉ , regardant L'Angely de travers.

Dites donc monseigneur.

Ou parlez plus bas...

BRICHANTEAU

Baste ! au diable l'éminence !

N'est-ce donc pas assez que soldats et finance, Il ait tout, que de tout il puisse disposer, Sans que sur notre langue il vienne encor peser ?

BOLCIIAVANNES.

Meure le Richelieu qui déchire et qui flatte ! L'homme à la main sanglante, à la robe écarlate!

R>)CHEBARON.

A quoi donc sert le Roi ?

BKICHANTEAU.

Les peuples dans la nuit Vont marchant, l'œil fixé sur un (lambeau qui luit. Il est le flambeau, lui; le Roi, c'est la lanterne, Qui le sauve du veut sous sa vitre un peu terne.

BOOCKAVANNES.

Oh ! puissions-nous un jour, et ce jour sera beau , Du vent de notre épée éteindre ce flambeau !

ROCHEBARON.

Ah! si chacun pensait comme moi surson compte!...

BRICnANTEAU.

Nous nous réunirions...

A Bouchavanncs.

Qu'en penses-tu, vicomte?

BOUCHAVANNES.

Et nous lui donnerions un bon coup de Jarnac ! l'.angelï, se levant, dune voix lugubre. Un complot! Jeunes gens, songez à Marillac! Tous tressaillent, se retournent et se taisent consternés, l'œil fixé sur L'Angely, qui se rassied en silence.

VILLAC , prenant Montpesat à l'écart.

Chevalier, tout à l'heure, à propos de Corneille, Tu m'as parlé d'un ton qui m'a choqué l'oreille : Je voudrais , à mon four, te dire, s'il te plaît ,

8 MARION

Dpux mots.

MONTPESilT.

A Vépée ?

VILLAC.

Oui.

MOMPESAT.

Veux-tu le pistolet?

VILLAC.

L'un et l'autre.

MONTi'ESAT, lui prenant le hrax.

Clieiclions quekjue coin par la ville.

l'angely, .se levant.

Un duel ! Souvenez-vous du sieur de Boutteville !

N.)iivelle roiisiernaliou dans l'assislaiice. Villac et

Monlpesat se quittent, IVeil attaché sur L'Anyely.

KOCHEBARON.

Quel est cet homme nuir qui me fait peur, ma foi ;'

l'angely.

Mon nom est L'Angely. Je suis bouffon du Roi.

BRICHANTEAL" , riaUt.

Je ne m'étonne plus que le Roi soit si triste.

BOUCHAVANNES, riaUt.

C'est un plaisant bouffon qu'un fou cardinaliste !

l'angelv , debout.

Prenez garde, messieurs! le ministre est puissant : C'est un large fauclieur qui verse à Ilots le sang; Kt puis il couvre tout de sa soutane rouge. Et tout est dit.

Un silence.

GASSÉ.

Mortdieu 1

ROCHEBARON.

Du diable si je bouge 1

BRICHANTEAU

Çà, près de ce bouffon Pluton est un rieur.

Knlre une fonle de peuple qui sort des rues et des ma'sons et couvre la place ; au milieu, le crieur j)uljlic à cheval, avec quatre valets de ville en livrée, dont un sonne la trompe , tandis qu'un autre bal du l.unbonr.

C^SSÉ

Que vient donc faire ici ce peuple? — Ah ! le ciienr ! Que vient il nous cbanter, en fait de pateiiôtre? BRiCHANTEAU, à uu bateleuT qui est mêlé à la foule

et qui porte un xinge sur son dos.

Mon bon ami, lequel de vous deux fait voir l'autre?

MONTPESAT , à Rocheburon.

Voyez donc si nos jeux de cartes sont complets.

Montrant les quatre valets de ville eu livrée. Je gage qu'en l'un d'eux on a pris ces valets.

LE crielr public, d'unc voix nasillarde. Bourgeois, silence!

BRICHANTEAU, bttS à GoSsé.

Il est d'une mine farouche, Ft .sa voix doit user son nez plus que sa bouche.

le CRIEUR.

«Ordonnance. — Louis, par la gnlce de Dieu...

BoucuAVANNEs, btts à Briclianteau.

Manteau lleurdelis<5 qui cache Richelieu!

l'angely.

Écoutez, messieurs!

LE CRIEUR, poursuivant.

... Roi de France et de Navarre.. ..

BRICHANTEAU, bos à Boucliuvannes.

Un beau nom dont jamais miidstre n'est avare.

LE CHiEUR, poursuivant.

»... A tous ceux qui verront ces présentes, salut!

Il salue.

» Ayant considéré que chaque roi voulut » exterminer le duel par des peines .sévères; u Que malgré lesédits, signés des roisnospèies, [mais; «Les duels sont aujourd'hui plus nombreux que ja- » Ordonnons et mandons, voulons que désormais »Les duellistes, félons qui de sujets nous privent.

DE LOBME.

" Qu'il ne survive un seul ou que fous deux snrvi%'ent, "Soient pour être amendés traduits en notre cour, "Et, nobles ou vilains, soient pendus haut et court; )■ Kt, pour rendre en tout point l'édit plus efficace, » Kcniiiiçons pour ce crime à notre droit de grâce. M C'est notre bon plaisir. — Signé Louis.— Plus bas :

» Rien F LIEU. »

Indignation parmi les gentilshommes.

BRICHANTEAU

Nous, pendus comme des Barabbas!

BOUCUAVANNES.

Nous pendre! Dites-moicounnent l'endroit se nomme Où l'on trouve une corde à pendre un geiitilhumme?

LE CKiELR, poursuivant.

» Nous, prévôt, pour que Ions se le tiennent pour dit,

"Enjoignons qu'en la place on attache l'éJit. »

Deux valets de ville attachent un grand écriteau à une

potence en fer qui sort d'un mur a tlroiie.

GASSÉ.

A la bonne heure, au moins! c'est l'édit qu'il faut pen-

BoucHAVANNES, secouant la tète. [dre!

Oui, comte!... — En attendant celui qui l'a fait rendre.

Le crieur sort. Le peuple se retire. — Entre .Saverny.

— Le jour commence à baisser.

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