‹ Magasin théâtralChapitre 619 sur 1475 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

MARION, DîDir.R. — Pitis LE GRACIEUX, SA- VER.NY. — Puis LAFFEMAS.

niDiEu, après un long silence et avec un rire amer. Marie 1 Lh bien, l'abime est-il assez profoud .■• Vous ai-je, ini>érable, assez conduite au fond ? Vous m'avez voulu suivre 1 bêlas, ma destinée M:irchc, et brise la vôtre, à sa roue enchaînée. Ile bien, où sommes-nous?— Je vous l'avais bien dit.

MARION, tremblante et joignant les mains. Didier 1 est-ce un i eprociie ?

DIDIER

Ah ! que je sois maudit Et plus maudit du Ciel, et plus proscrit des hommes, Qu'on ne le tut jamais et que nous ne le souimes. Hélas : si de ce conir, dont toi seule es la foi. Jamais il lenl sortir nu reproche pour toi ! Quand tout me iraiipe ici, me repousse et m'exile, N'e.s-tu |)as mon sauveur, mon espoir, mon asile ? Qui trompa le geôlier ? Qui vint limer mes 1ers? Qui descendit du ciel pour me suivre aux enfers? Avec le prisonnier qui do'ic s'est lait captive? .Vvee le fugtif qui s'est f.iit fugitive ? Quelle autre eiU eu eecœur, plein de ruse et d'amour, Qui délivre, soutiiMit , console tour à tour? I\Ioi, fatal et nu'chant, m'a.s-lu pas, faible femme, Sanv,' (le mon destin, hélas ! et de u'.on àme! N'.is-tn pas en pitié de ce pauvre oppritné ? Moi, que tout baissait, ne m'as-tu pas aimé?

iMARio.x, pleurant.

Didier, c'est mon bonheur, vous aimer et vous suivie !

DIDIER

Oh! laisse de tes yeux, laisse, que je m'enivre! Dieu voulut, en mêlant une àme à mon limon. Accompagner mes jours d'un ange et d'un démon ; Mais, oh! qu'il soit béni, lui dont la grâce étrange Me cache le démon et me laisse voir l'auge !

MARION

Vous êtes mon Didier, mon maître et mon seigneur.

DIDIER

Ton mari, n'est-ce pas?

.MARiox, à part.

Hélas !

DIDIER

Que de bonheur.

En quittant cette terre implacable et jalouse.

Te prendre et l'avouer pour dame et pour épouse!

Tu veux bien? dis, réponds.

MARION

Je serai votre sœur , Et vous serez mon frère.

DIDIER

Oii non! cette douceur.

De t'a^oil■ devant Uieu pour mienne, pour sacrée, Ne la refuse pas à mon âme altérée!

Va, tu peux avec moi venir en sûreté.

Car l'amant à l'époux garde ta pureté!

M.ARiOiN , à part.

llelas 1

DHWER.

Savez-vous bien quel était mon supplice? Souffrir qu'un baladin vous |)arle et vous salisse! Ah! ce n'e>t pas la moiudie entie tant de douleurs Q:ie de vous voir mêlée à ces viN bateleurs! Vous chuïte et noble Heur , jetée avec ces femmes.

14 MAKIUN

Avec ces hommes pleins d'impuretés infâmes !

Didier, soyez pnuleiit.

DlDIEll.

Dieu ! que j'ai comijattu Contre ma colèie... Ah! cet homme, il vous dit: Tul Quand moi, moi, votre époux, à peine encor je l'ose, De crainte d'enlever à ce front quelque chose!

MARION

Vivez bien avec eux, il y va de vos jours, Des miens !

nmiEii.

Elle a raison, elle a raison toujours!

Ah! quoique à chaqueinstant mon mauvais >ortrenaisïu me donnes Ion cœur, ton bonlipur, ta jeunesse! [se, D'où vient que tous ces donssont prodiguéspour moi, Qui seraient peu pHvés du royaume d'un roi? Je ne t'offre en retour que misère et folie. Le ciel te donne à moi, l'enfer à moi te lie. Pour mériter tous deux ce partage inégal, Qu'ai-je donc l'ait de bien et qu'as-tu fait de mal?

MARION

Ah Dieu ! tout mon bonheur me vient de vous.

mmf.R,. redevenu sombre.

Écoute, Quand tu parles ainsi, tu le penses sans doute. Mais je dois t'aveitir, oui, mon astre est mauvais. J'ignore d'oii je viens et j'ignore oii je vais. Mon ciel est noir. — Marie, écoute une prière. — Il en est temps encor, toi, retourne en arrière ; Laisse-moi suivre seul ma sombre route; hélas! Après ce dur voyage, et quand je serai la,*, La couche qui m'attend, froide d'un froid de glace, Est étroite, et pour deux n'a pas assez de place. —Va-t'en !

Didier, je veux dans l'ombreetsans témoins, Partager avec vous... — Oh! celle-là du moins!

DiniER.

Que veux-tu donc? Sai.s-tu qu'à me suivre poussée, Tu vas ciierchant l'exil, la misère? Insensée! Et peut-être, entends-tu? de si longues douleurs Que tes yeux adorés s'éteindront dans les pleurs!

Mariou laisse tomber sa tête dans ses mains.

Ah! je le jure ici, celte peinture est vraie, Et tu me fais pitié! ton avenir m'effraie. Va-t'en !

MARION, éclatant en sanglots.

Ah! tuez-moi, si vous voulez encor Parler ainsi!

.Sanglotant.

Mon Dieu!

DIDIER, la proiant dans ses bras.

Marie, ô mon trésor !

Tant de larmes! j'aurais donné mon sang pour une! Fais ce que tu voudras ! suis-moi, sois ma fortune, Ma gloire, mon amour, mon bien et ma vertu ! Marie! ah! réponds-moi; je parle, m'entends-tu? Il l'assied doucement sur le banc de gazon.

MARION, se dégageant de ses larmes.

Ah! VOUS m'avez fait mal.

nmiER, à genoux et courbé sur sa main.

Moi qui mourrais pour elle!

M4RI0N, souriant dans ses larmes.

Vous m'avez fait pleurer, méchant!

DIDIER

Vous êtes belle! 11 s'assied sur le banc à côté d'elle. Un seul baiser! au front, pur comme nos amours.

Il la haise an front. — Tous deux assis se regardent avec ivresse.

Regarde-moi, Marie, — encore, — ainsi, — toujours !

DE LOKMK.

LE GRACIEUX, entrant.

On appelle dona Chimène dans la grange.

Marion se lève précipitamment d'auprès de Didier. — F.n même temps que le Gracieux , entre .Saverny, qui s'arrête au fond du tliéâtre et consid(-re attentivement Marion, sans voir Didier, qui est resté assis sur le banc et qu'une broussaiUe lui cache.

SAVEr.Nv, au fond du théâtre sans être vu, à part. Pardieu, c'est Marion! l'aventure est étrange!

liiant.

Chimène!

LE GRACiELX, à Didier qui veut suivre Marion. Restez là. Vous, monsieur le jaloux.

Je veux VOUS taquiner.

DIDIER

Coi ps-Dieu !

MARION, bas à Didier.

Contenez- vous.

Didier se rassied , elle entre dans la grange. SAVERNY, au fond du théâtre , à part.

Qui donc lui fait courir le pays de la soi te? Serait-ce le galant qui m'a prêté main-forte Et sauvé l'autre soir? .. Son Didier! c'est cela.

Entre Laffemas.

LAFFEMAs, CM habit dc voyage, saluant Savernij. Monsieur, je prends congé de vous... SAVERNY, saluant.

Ah! vous voila, Monsieur! Vous nous quittez...

11 rit.

LAFFEMAS

Qu'avez-vous doue à rire?

SAVERNY, riant.

C'est une folle histoire, et l'on peut vous la dire. Parmi ces bateleurs qui ue font qu'arriver, Là, devinez un peu qui je viens de trouver?

LAFFEMAS

Parmi ces bateleurs !

SAVERNY

Oui.

Riant plus fort.

Marion de Lorme!

LAFFEMAS, tressaillant.

Marion de Lorme !

DIDIER, qui depuis leur arrivée a le regard fixé sur eux.

Hein!

11 se lève à demi sur sou banc.

SAVERNY, riant toujours.

Il faut que j'en informe Tout Paris. — Alleii-vous, monsieur, de ce côté?

LAFFEMAS

Oui, le fait y sera fidèlement porté.

Mais êtes-vous bien sûr d'avoir cru reconnaître?...

SAVERNY

Vive-France! On connaît sa Marion, peut-être!

Fouillant dans sa poche.

J'ai sur moi son portrait, doux gage de sa foi, Qu'elle fit peindre exprès par le peintre du Roi.

Il donne à Laffemas un médaillon.

Comparez.

Montrant la porte de la yrauge.

Ou la voit par cette porte ouverte... — En Espagnole, — avec une basquine verte...

LAFFEMAS, portant les yeux tour à tour sur te

portrait et sur la grange.

C'est elle ! — Marion de Lorme ! . . .

A part.

Je le tiens !

A Saverny.

A-t-elle un compagnon parmi tous ces païens?

SAVERNV.

Sans l'avoir vu, j'en jure ! — Hé ! sansêtre bégueules , Ces dames n'aiment pas courir le pays seules.

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