SCENE VIL
LES MÊMES, MARION, LE MMiQUIS DE NANGIS.
Le marquis de Nangis s'avance avec sa suite à quelques pas du Roi, et met un genou eu terre. Marioii lomln' a genoux à la porte.
LE MARQUIS DE NANGIS
Justice !
LE ROI
Contre qui ?
LE MARQUIS DE NAXGIS
Contre un tyran sinistre , Armand, qu'on nomme ici le casdinal-ministre.
MARION
Grâce !
LE ROI
Pour qui ?
MARION
Didier...
MARION DE LORME
LE MARQDIS RE N\NGIS.
Pour le marquis Gaspard De Saverny.
LE ROI
J'ai vu ces deux noms quelque part.
LE MAP.QLIS DE NANGIS
Sire, grâce et justice!
LE ROI
Et quel titre est le vôtre!
LE MARQUIS DE NASGIS
Je suis oncle de l'un.
LE ROI, à Marion.
Vous?
MARION
Je suis sœur de l'autre.
LE ROI
Or, çà, l'oncle et la sœur, que voulez-vous Ici? LE MARQUIS DE NANGIS , monlrunt tour à tour les
deux mains du Roi.
De cette main justice, et de l'autre merci. Moi, Guillaume, marquis de Naugis, capitaine De cent lances, baron du mont et de la plaine. Contre Armand Duplessis, cardinal Riclielieu , Requiers mes deux seigneurs, le roideFrance et Dieu. C'e.<;t de justice enfin qu'ici je suis en quête. Gaspard de Saverny, pour qui je fais requête, Est mon neveu.
MARION, bas au marqtùs.
Pariez pour les deux , monseigneur !
LE MARQLis DE NANGIS, Continuant.
11 eut le mois dernier une affaire d'honneur Avec un gentiiliomme, avec un capitaine, Un Didier, que je crois de noblesse incertaine. Ce fut un tort. — Tous deux ont fait en braves gens. Mais le ministre avait aposté des sergents...
LE ROI
Je sais l'affaire. Assez. Qu'avez-vous à me dire?
LE MARQUIS DE NA.NG1S, SC rclCVant .
Je dis qu'il est bien temps que vous y songiez, Sire, Que le cardinal-duc a de sombres projets, Et qu'il boit le meilleur du sang de vos sujets. Votre pèi e Henri , de mémoire royale . ÎN'eùt pas ainsi livré sa noblesse loyale; II ne la trappnit pt>iiit sans y fort regarder; Et, Ijjen gardé par elle, il la savait garder. JI savait qu'on peut laire, avec des gens d'épées, Quelque chose de mieux que des têtes coupées; Qu'ils sont bons à la guerre. 11 ne l'ignorait point , Lui dont plus d'un'- balle a troué le pourpoint. Ce temps était le bon. J'en fus, et je l'iionore. Un peu de seigneurie y palpitait encore. Jamais à des seigneurs un prêtre n'eût touché; On n'avait point alors de tête a bon marché, [mes, Sire ! en des jours mauvais comme ceux où nous som- Croyez un vieux, gardez un peu de gentilshommes. Vous en aurez besoin peut-être à votre tour. Hélas! vous gémirez peut-être quelque jour Que la place de Grève ait été si fètee. Et que tant de seigneurs de bravoure indomptée. Vers qui se tourneront vos regrets envieux , [vieux! Soient morts depuis long-temps qui ne seraient pas Car nous .sommes tout chauds de la guerre civile. Et le tocsin d'hier gronde encor dans la ville. Soyez plus ménager des peines du bourreau. C'est lui qui doit garder son estoc au fourreau , Non pas nous. D'échafauds montrez-vous économe. Craignez d'avoir un jour à pleurer tel brave homme. Tel vaillant de grand cœur, dont, à l'heure qu'il est, Le squelette blanchit aux diaînes d'un gibet! Sire ! le sang n'est pas une bonne rosée; Nulle moisson ne vient sur la Grève arrosée, Et le peuple des rois évite le balcon , Quand aux dépens duJ.ouvre on meuble Montfaucon. Meurent les eoiirlisans, s'il faut que leur voix aille
Vous amuser, pendant que le bourreau travaille! Celte voix des flatteurs qui dit que tout est bon , Qu'ajuès tout on est (ils d'Henri quatre, et Bourbon , Si haute (ju'elle soit , ne couvre p'is sans peine Le bruit sourd qu'en tombant fait une tête humaine. Je vous en donne avis, ne jouez [las ce jeu , Roi , qui serez un jour face à face avec Dieu. Donc je vous dis , avant que rien ne s'accomplisse , Qu'il tout iirendre il vaut mieux un combat qu'un siip- Que ce n'est pas la joie et l'honnf'ur des ét;.ts [plice ; De voir plus de besogne aux hoiiri eaux qu'aux soldats; Que c'est un pasteur dur i)our la Fi ancc où vous êtes. Qu'un prêtre qui se paie une dimc delêtes; Et que cet homme illustre entre les inhumains Qui touche à votre sceptre,— a du sang à ses mains!
LE ROI
Monsieur le cardinal est mon ami. Qui m'aime L'aimera !
LE MARQUIS DE NANGIS
Sire!...
LE ROI
As,sez. C'est un autre moi-même
LE MARQUIS DE NANGIS
Sire!.
LE ROI
Plus de harangue à troubler nos esprits! Montrant ses cheveux qui grisonnent.
Ce sont les harangueurs qui fout nos cheveux gris
LE MARQIIS DE NANGIS
Pourtant, Sire, un vieillard, une femme qui pleure C'est de vie et de mort qu'il s'agit a cette heure!
LE ROI
Que demandez-vous donc ?
LE MARQUIS DE NANGIS
La grâce de Gaspard !
MARION
La grâce de Didier !
Tout ce qu'un Roi départ Eu grâces trop souvent est pris à la justice.
MARION
Ah ! Sire! à notre deuil que le Roi compatisse. Savez-vous ce que c'est? Deux jeunes insensés l'ar un duel jusqu'au fond de l'abîme poussés ! Mourir, grand D:eu! mourir sur un gibet iiilAme| Veus aurez pitié d'eux ! — Je ne sais pas, moi feni Comment on p-irleaux Rois. Pieurerpeut-êtie est mî Mais c'est un monstre enfin que votre cardinal! Pourquoi leur en veut-il ? qu'ont-ils fait ! il n'a inêd Janjais vu mon Didier.— hélas! qui l'a vu , l'airaej — A leuràge, tous deux, les tuer pour un duel! [cW Leurs mères! songez donc ! — Ah ! c'est horrible !- Vous ne le voudrez pas !...— Ah ! femmes que ne
[somme Nous ne savons pas bien parler comme les hcomm*!! ^ous n'avons que des pleurs, des cris, et des geiu Que le regard d'un Roi ploie et brise sous imus: Ils oiiteu fort, c'est vrai!— Si leur faute vous Mes Tenez, pardonnez-leur. — N ous savez r' la jeiue.s Mon Dieu! les jeunes gens savent-rIs ce (|u'ils Ion Pour un aeste, un coup o'œil, un mot, — souvent
[f' Ce n'est rien, — on se[b!esse, ou s'irrite, on s'empoi Les choses tous les jours se passent de la sorte ; Chacun de ces messieurs le sait. Uemaudez-lem Sire. — Est-ce pas, messieurs? — Ah Dieu ! l'alIV.
[maliio Dire que vous pouvez d'un mot sauver deux têt Oh! je vous aimerai, Sire, si vous le faites ! Grâce! grâce! — Oh, mon Dieu ! si je savais par Vous verriez, vous diriez -. il tant la consoler, C'est une |)auvre enfant, son Didier c'est son âme.. J'étouffe. Ayez pitié!