‹ Magasin théâtralChapitre 640 sur 1475 · LE GUICHETIER · texte numérisé non relu

LE GUICHETIER

Entiez.

Laffemas au moment d'entrer se retourne, considère en entrant Marion, et revient vers elle. Le guichetier referme la porte.

LAFFEMAS, à Marion.

Mais quoi, vraiment, C'est encor vous ! ici ! — L'endroit est équivoque.

MARION

Oui.

Avec triomphe et montrant le parchemin.

J'ai la grâce!

LAFFEMvs, montrant le sien.

Et moi l'ordre qui la révoque.

MARION , avec un cri d'effroi.

L'ordre est d'hier matin !

LAFFEMAS

Le mien de cette nuit. MARION , Icx mains sur ses yeux.

Oh! plus d'espoir!

LAFFEMAS

L'espoir n'est qu'un éclair qui luit.

La elémsnce des Rois est chose bien fragile. Elle vient à pas lents et fuit d'un pied agile.

MARION

Pourtant le Roi lui-même à les sauver s'émeut!...

LAFFEMAS

Est-ce que le Roi peut quand le cardinal veut?

MARION

O Didier! la dernière espérance est éteinte!

LAFFEMAS, bOS.

Pas la dernière.

MARION, à part.

Ciel!

LAFFEMAS, Se rapprochant d'elle, bas.

Il est dans cette enceinte, —

Un iiomme. . .— qsi'un seul motde vous— peut faire ici

Plus henretix (lu'un Roi même, — et plus puissant

MARION. [aussi?

Oli ! va-l'en !

LAFFEMAS

Est-ce la le dernier mot ?

M\Ri0N, avec hauteur.

De grâce !

Qu'un caprice de femme est chose qui me passe ! Vous étiez aiitrelois tendre facilement.

Aujourd'hui,— qu'il s'agit de sauver voire amant...—

28 MARI ON

MARioN, l'interrompant.

Il faut que vous soyez uu homme bien infàrae, Bien vil, — décitlément ! — Pour croirequ'une femme, — Oui ! Marion de Lorme, — après avoir aimé Un homme, le plus pui que le Ciel ait formé. Après s'être épurée à celte chaste flamme , Après s'être refait une âme avec cette âme, Du haut de cet amour si sublime et si doux , Peut retomber si bas qu'elle aille jusqu'à vous !

LAFFEMAS

Aimez-le donc!

MARION

Le monstre! il va du crime au vice!

Laisse-moi pure !

LAl^FEMAS.

Donc je n'ai plus qu'un service A vous rendre à présent?

MARION

Quoi ?

LAFFEMAS

Si vous voulez voir, Je puis vous faire entrer. — Ce sera pour ce soir.

MARION, tremblant de tout son corps.

Dieu ! ce soir !

LAFFEMAS

Oui, ce soir. — Pourvoir par la portière, Monsieur le cardinal viendra dans sa litière.

Marion est plonf[ée dans nue profonde et convulsive rêverie. Tont à coup elle passe ses denx mains sur son front et se tourne comme égarée vers Laffemas.

MARION

Comment feriez-vous donc pour les faire évader ?

LAFFEMAS, bUS.

Si... vous vouliez?... — Alors je puis faire garder Cette brèche, par où viendra son éminence, Par deux hommes à moi...

Il écoute du côté de la petite porte

Du bruit...— On vient, je pense.

MARION , se tordant les mains.

Et vous le sauverez ?

Oui.

Bas.

Pour tout dire ici Les murs ont trop d'échos... — Ailleurs...

MARION, avec désespoir.

Venez '.

T^affemas se dirige vers la grande porte, et lui fait signe du doigt de le suivre. — Marion tombe à genoux , tournée vers le guichet de la prison. Puis elle se lève avec un mouvement convulsif et disparaît par la grande porte k la suite de Laffemas. — Le j)etit jjuichet s'ouvre. Entrent, au milieu d'un groupe do gardes, Saverny et Didier.

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