LE GUICHETIER
Entiez.
Laffemas au moment d'entrer se retourne, considère en entrant Marion, et revient vers elle. Le guichetier referme la porte.
LAFFEMAS, à Marion.
Mais quoi, vraiment, C'est encor vous ! ici ! — L'endroit est équivoque.
MARION
Oui.
Avec triomphe et montrant le parchemin.
J'ai la grâce!
LAFFEMvs, montrant le sien.
Et moi l'ordre qui la révoque.
MARION , avec un cri d'effroi.
L'ordre est d'hier matin !
LAFFEMAS
Le mien de cette nuit. MARION , Icx mains sur ses yeux.
Oh! plus d'espoir!
LAFFEMAS
L'espoir n'est qu'un éclair qui luit.
La elémsnce des Rois est chose bien fragile. Elle vient à pas lents et fuit d'un pied agile.
MARION
Pourtant le Roi lui-même à les sauver s'émeut!...
LAFFEMAS
Est-ce que le Roi peut quand le cardinal veut?
MARION
O Didier! la dernière espérance est éteinte!
LAFFEMAS, bOS.
Pas la dernière.
MARION, à part.
Ciel!
LAFFEMAS, Se rapprochant d'elle, bas.
Il est dans cette enceinte, —
Un iiomme. . .— qsi'un seul motde vous— peut faire ici
Plus henretix (lu'un Roi même, — et plus puissant
MARION. [aussi?
Oli ! va-l'en !
LAFFEMAS
Est-ce la le dernier mot ?
M\Ri0N, avec hauteur.
De grâce !
Qu'un caprice de femme est chose qui me passe ! Vous étiez aiitrelois tendre facilement.
Aujourd'hui,— qu'il s'agit de sauver voire amant...—
28 MARI ON
MARioN, l'interrompant.
Il faut que vous soyez uu homme bien infàrae, Bien vil, — décitlément ! — Pour croirequ'une femme, — Oui ! Marion de Lorme, — après avoir aimé Un homme, le plus pui que le Ciel ait formé. Après s'être épurée à celte chaste flamme , Après s'être refait une âme avec cette âme, Du haut de cet amour si sublime et si doux , Peut retomber si bas qu'elle aille jusqu'à vous !
LAFFEMAS
Aimez-le donc!
MARION
Le monstre! il va du crime au vice!
Laisse-moi pure !
LAl^FEMAS.
Donc je n'ai plus qu'un service A vous rendre à présent?
MARION
Quoi ?
LAFFEMAS
Si vous voulez voir, Je puis vous faire entrer. — Ce sera pour ce soir.
MARION, tremblant de tout son corps.
Dieu ! ce soir !
LAFFEMAS
Oui, ce soir. — Pourvoir par la portière, Monsieur le cardinal viendra dans sa litière.
Marion est plonf[ée dans nue profonde et convulsive rêverie. Tont à coup elle passe ses denx mains sur son front et se tourne comme égarée vers Laffemas.
MARION
Comment feriez-vous donc pour les faire évader ?
LAFFEMAS, bUS.
Si... vous vouliez?... — Alors je puis faire garder Cette brèche, par où viendra son éminence, Par deux hommes à moi...
Il écoute du côté de la petite porte
Du bruit...— On vient, je pense.
MARION , se tordant les mains.
Et vous le sauverez ?
Oui.
Bas.
Pour tout dire ici Les murs ont trop d'échos... — Ailleurs...
MARION, avec désespoir.
Venez '.
T^affemas se dirige vers la grande porte, et lui fait signe du doigt de le suivre. — Marion tombe à genoux , tournée vers le guichet de la prison. Puis elle se lève avec un mouvement convulsif et disparaît par la grande porte k la suite de Laffemas. — Le j)etit jjuichet s'ouvre. Entrent, au milieu d'un groupe do gardes, Saverny et Didier.