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LES MÊMES, LE CONSEILLER, LE BOURREAU

PEUPLE, SOLDATS, CtC.

LE CONSEILLER

Messieurs, je suis prêt.

MARION, à Didier.

Quand je te l'avais dit que le bourreau viendrait?

DIDIER , au conseiller.

Nous sommes prêts aussi.

LE CONSEILLER

Quel est celui qu'on nomme Marquis de Saverny ?

Didier lui montre du doigt Saverny endormi. — Au bourreau.

Réveillez-le.

LE BOURREAU, le sccouant.

Mais comme Il dort! — Hé, monseigneur !

SAVERNY, se frottant les yeux.

Ah !... comment ont-ils pu M'ôter mon bon sommeil ?

DIDIER

Il n'est qu'interrompu.

SAVERNY, à demi éveillé, apercevant Marion et la saluant.

Tiens ! je rêvais de vous justement , belle dame.

LE CONSEILLER

Avez-vous bien à Dieu recommandé votre àme?

S.WERNV.

Oui, monsieur.

LE CONSEILLER, lui présentant un parchemin.

Bien, veuillez me signer ce papier.

sa\t:rm, prenant le parchemin et le parcourant des yeux.

C'est le procès-verbal. — Ce sera singulier, Le récit de ma mort signé de mon paraphe ! il signe et parcourt de nouveau le papier.

Au greffier.

Monsieur , vous avez fait trois fautes d'orthographe. Il reprend la plume et les corrige.

Au bourreau.

Toi qui m'as éveillé, tu vas me rendormir.

LE CONSEILLER, à Didier.

Didier ?

Didier se présente. Il lui passe la plume. Votre nom là.

MARION , se cachant les yeux.

Dieu ! cela fait frémir !

DIDIER, signant.

Jamais à rien signer je n'eus autant de joie !

Les gardes font la haie, et les entraînent tous deux.

SAVERNv, à quelqu'un de la foule.

Monsieur, rangez-vous donc pour que cet enfant voie.

DIDIER, à Saverny.

Mon frère! c'est pour moi que vous faites ce pas. Embrassons-nous.

Il embrasse Saverny.

MARION, courant à lui.

Et moi! vous ne m'embrassez pas?

Didier, embrassez-moi!

DIDIER , montrant Saverny.

C'est mon ami , madame.

MARION , joignant les mains.

Oh! que vous m'accablez durement, faible femme

Qui, sans\esse aux genoux ou du juge ou du Roi,

Demande grâce à tous pour vous, à vous pour moi!

DIDIER

11 se précipite vers Marion, haletant et fondant

en larmes.

Hé bien non! non, mon cœur se brise! c'est horrible! Non , je l'ai trop aimée ! il est bien impossible De la quitter ainsi! — Non! c'est trop malaisé De garder un fiont dur quand le cœur est brisé I Viens! oh viens dans mes bras!

11 la serre convulsivement dans ses bras.

Je vais mourir ; je t'aime , Et te le dire ici, c'e.st le bonheur suprême !

MARION

Didier!...

Il l'embrasse de nouveau avec emportement. DIDIER.

Viens ! pauvrefeiume ! — Ah ! dites-moi, vraiment, Est-il un seul de vous qui dans un tel moment Refusât d'embrassej- la pauvre infoi tunce Qui s'est à lui sans cesse et tout à fait donnée ? J'avais tort! j'avais tort! — Messieurs, voulez-vous Que je meure à ses yeux sans pitié, sans pardon ? [donc —Oh ! viens.quejetedise !— Entre toutes les femmes. Et ceux qui sont ici m'approuvent dans leurs àines. Celle que j'aime, celle à qui reste ma foi, Celle que je vénère enfin, c'est encor toi ! — Car tu fus bonne, douce, aimante, dévouée ! — Ecoute-moi : — ma vie est déjà dénouée. Je vais mourir, la mort fait tout voir au vrai jour. Va, si tu m'as trompé, c'est par excès d'amour:

— Et ta chute d'ailleurs, l'as-tu pas expiée?

— Ta mère en ton berceau t'a peut-être oubliée Comme moi. — Pauvre enfant ! toute jeune, ils auront Vendu ton innocence!... — Ah! relève ton front ! — Écoutez tous: — à l'heure où je suis, cette terre

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