MAKI UN
S'eftace comme iiiic ombre, et la liouclie est sincère ! Hé bien, en ce moment, — du liant de l'échataud ,
— yuandlinnocenly meurt, il n'est rien île phis liant! iMaiie, an}^c du ciel ijuc la tene a llétrie,
Mon amour, mon épouse, — écoute-moi, Marie, — Au nom du Dieu \eis qui la moit %a m'entrainant, Je te pardonne!
MARioN, étouffée de larmes.
O Ciel !
UIUIER.
A tou tour maintenant, 11 s'aj;enouille devaul elle.
l'ardonne-moi !
MAKION.
Didier!...
DmiER , toujours à genoux.
Pardonne-moi , te dis-je !
C'est moi qui fus méchant. Dieu te frappe et t'afflige Par moi. Tu daigneras encor pleurer ma mort. Avoir fait ton malheur, va, c'est un grand remord. Ne me le laisse pas , pardonne-moi , Marie !
MARION
Ah!...
mniER.
Dis (m mot, tes mains sur mon front, je t'en prie, Ou si ton cœur est plein, si tu ne peu\ parler, l-aismoi signe... je meurs, il faut me consoler! Maiioii lui impose les mains sur le front. 11 se relève et
l'embrasse éiroiiement, .nvecun sourire de joie céleste. Adieu! — Marchons, messieurs!
Elle se jette égarée entre lui et les soldats.
Non, c'est une folie!
Si l'on croit t'égorger aisément, on oublie Que je suislà!— Messieurs,messieurs,épargnez-noiis ! Voyons, comment faut-il qu'on vous parle.^à genoux ? M'y voilà. Maintenant, si vous avez dans l'àme Quelque chose qui tremble à la voix d'une femme, Si Dieu ne vous a pas maudits et frappés tous, Ne me le tuez pas ! —
Aux spectateurs.
Et vous, messieurs, et vous.
Lorsque vous rentreiez ce soir dans vos familles. Vous ne manquerez pas de mères et de filles [fait 1 Qui vous diront : —Mon Dieu ! c'est un bien grand for- Vons pouviez l'empêcher, vous ne l'avez pas fait I
— Didier Ion doit savoir qu'iUaut que je vous suive. Ils ne vous tueront pas s'ils veulent que je vive !
nmiER.
Non, laisse-moi mourir. Cela vaut mieux, vois-tu? Ma blessure est profonde, amie! elle aurait en Tiop de peine à guérir. Il vaut mieux que je meure. Seulement si jamais,— vois-tu comme je pleure.^ — Un autre vient vers toi , plus heureux ou plus beau. Songe à ton pauvre ami couché dans le tombeau !
lUARlON.
Non! tu vivras pour moi, sont-ils donc inflexibles.^ Tu vivras I
DmiER.
Ne dis pas des choses impossibles; A ma tombe plutôt accoutume tes yeux.
DE LOKME.
Embrasse-moi. Vois-(u.' mort, tu m'aimeras mieux, .raurai dans ta mémoire une place sacrée; Mais vivie près de toi, vivre l'àme ulcérée, O ciel ! Moi qui n'aurais jamais aimé que toi, Tous les jours, penx-lu bien y songer sans effroi. Jeté ferais pleurer, j'aurais inilli- pensées Que je ne dirais pas, sui' les clioses passées. J'aurais l'air d'épier, de douter, do souffrir. Tu serais malheureuse ! — Oh ! laisse-moi mourir ! LE CONSEILLER , à Marioïi.
11 faut dans un moment que le cardinal passe. Il sera temps encor de demander leur grâce.
MARION
Le cardinal! c'est vrai. Le cardinal viendra. Il viendra. Vous venez, messieurs, qu'il m'entendra. Mon Didier, tu vas voir ce que je vais lui dire. Ah! comment peux-tu croire, enfin c'est du délire, Que ce bon cardinal, un vieillard, un chrétien, Ne te pardonne pas? — Tu me pardonnes bien !
Neuf heures sonnent. — Didier fait signe à tous de se taire. Mariou écoute avec terreur. — Les neuf coups sonnés, Didier s'appuie sur Savcrny.
DmiER , au peuple.
Vous qui venez ici pour nous voir au passage , Si l'on parle de nous , rendez-nous témoignage Que tous deux sans pâlir nous avons écouté Cette heure qui pour nous sonnait l'éternité! Le canon éclate à la porte du doiijou. Le voile noir (jui cachait la brèche du mur tombe. Paraît la litière gi- {jantesque du cardinal, portée par vingl-(juatre gardes à pied , entourée par trente autres gardes portant des hallebardes et des torches. Elle est écarlate et armoriée aux armes de la maison de Richelieu. Les rideaux de la litière sont fermés. Elle traverse lentement îe fond du théâtre. Humeur dans la foule.
3IARI0N, se trainant sur les mains jusqu'à la litière et se tordant les mains.
Au nom de votre Christ, au nom de votre race , Grâce! grâce pour eux , monseigneur!
LNE VOIX , sortant de ta litière. t
Pas déglace!
Marion tombe sur le pavé. — La litière passe, et le cortège des deux condamnés se met en marche et sort à sa suite. — Lu foule se précipite sur leurs pas a grand bruit.
MARION, seule.
Elle se relève à demi et se traîne sur les mains en rejjardant autour d'elle.
Qu'a-t-il dit?— OÙ sont-ils?— Didier! Didier! plusrien. Personne ici!... Ce peuple!... Était-ce un rêve? ou Est-ce que je suis folle? [bien
Kenirc le peuple en désordre. — La litière reparaît au loud du théâtre i>ar le côté où elle a disparu. — Marion se lève et pousse un cri terrible.
11 revient 1 LES GARDES, écortaut le peuple.
Place! place!
MARION, debout, écheveléeet montrant la litière aie peuple.
Regardez tous ! voilà l'homme rouge qui passe! Elle tombe sur le pavé.
FIN
Paris , imprimé |iar l'Ion frères, 3G, rue de Vaugirard.
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AIVGELO,
DRAME EN TROIS JOURxNÉES,