‹ Magasin théâtralChapitre 65 sur 1475 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

EUGÈNE, ROSE, LEFRANG.

LEFRANC

Fort bien, enfants, courage.

J'aime à vous voir tous deux de bonne heure à l'ou-

EUGENE

Quand vous aurez, mon oncle, uni notre destin , Nous serons à l'ouvrage encore plus matin.

LEFRANC

Et toi, Rose, l'hymen doublera-t-il ton zèle?

ROSE

Je connais les devoirs ovi cet état m'appelle.

Heureuse de vous plaire et de vous obéir.

Vous me verrez toujours prompte à vous prévenir.

LEFRAKC.

(A part.) Tu réponds à merveille. Oh! la fine matoise! Comme en six mois Paris forme une villageoise !

{ Haut. )

Il est vrai que toujours on voit dans mon hôtel Beaucoup de gens d'esprit, et ce séjour est tel , Que rien qu'en l'habitant on devient plus aimable.

ROSE

De tout ce que je sais je vous suis redevable.

LEFR.iNC.

Tu me dois ton esprit.

ROSE

Du vôtre je fais cas.

EUGÈNE, bas à Rose.

Mon oncle généreux donne ce qu'il n'a pas.

ROSF. , bas à Eugène.

Paix donc !

LEFRANC

Rose, parlons un peu de nos affaires.

Comment vont aujourd'hui nos dames étrangères?

ROSE

Elles sont de mes soins très contentes, je croi.

LEFRANC

J'attends un voyageur. Du jeune Duvernoi, Qui loge en mon hôtel, nous allons voir le père. ( En confidence. ) Il veut que son retour soit pour tous un mystère.

EUGÈNE

Par quel motif?

LEFnANC.

Cela ne vous regarde pas.

EUGÈNE, à part.

Mon oncle, pour un rien, fait un grand embarras.

LEFRANC

De vos devoirs toujours faudra-t-il vous instruire? Dans un hôtel garni tout voir et ne rien dire , C'est le point important. Comment va , ce matin, Le cher monsieur Valcés? Est-il toujours malin?

EUGÈNE

Il est charmant.

ROSE

On aime à l'entendre médire, Et ses portraits piquants quelquefois nous fontrire. Quand elle attaque autrui, l'épigramme nous plaît. Et d'un railleur adroit on nourrit le caquet : Maiscroyez,cherparrain, qu'iln'en estpasde même Quand on juge le trait lancé contre soi-même ; La vanité bientôt se montre à découvert.

LEFRANC

Dis-nous cela, ma fille.

nosE.

On était au dessert ; Et Valcés, profitant de ce moment 2>ropice, Sur les travers du temps exerçait sa malice, i'ournissem', médecin, professeur , avocat, Législateur, huissier, savant, homme d'état, Kimeur de tragédie ou hien de lo^ogriphe, Tout reçoit en passant le petit coup de griffe. De ces contes plaisants chacun parait charmé. INotre orateur malin en est plus animé : Et, tout fier des succès qu'il remporte à médire, 11 attaque à leur tour ceux qu'il avait fait rire. Dès-lors la scène change : on se houde, on se tait; Personne ne rit plus, chacun reste muet ; L'amour-propre offensé n'a pu tenir la place ; Et tous ses auditeurs, qui faisaient la grimace, Pour ne plus écouter ce railleur éternel, Ce malin, en grondant, ont quitté votre hotel.

EUGÈSE.

Si l'on aime à railler sur les défauts des autres , On doit permettre au moins qu'on attaque les nônosE. [très.

IJi hien! vous l'entendez, monsieur veut à présent Imiter le caquet de ce beau médisant.

LEFRANC

11 a tort , très grand tort ; et du plus beau génie Je ne voudrais jamais paraître la copie.

ECGÈNE, bas à Rose.

Il est vrai que mon oncle est un original.

lEFRASC.

Que dit-il donc ?

ROSE

Il dit que Valcés parle mal ; Qu'il n'imitera point son humeur trop légère, Et qu'il suit vos avis comme ceux d'un bon père.

LEFRiKC , avec importance.

11 fait très bien sans doute, et doit se souvenir Que si je vous prépare un heureux avenir, Que si de cet hôtel je suis propriétaire. C'est que de mon état j'ai pris le caractère. Dans cet état il faut, non des traits médisants , Mais une adresse aimable etdes soins complaisants. Que m'importe qu'un fat à mes dépens s'égaie? Le grand homme , à mes yeux, est celui qui me paie. Que me fait son humeur? Son argent est mon but. Hors ce principe-là, monsieur, point de salut '. Eugène, je vous ai promis ma survivance ; Je dois vous enseigner ce que l'expérience. Une longue habitude, un peu d'esprit et d'art. M'ont appris là-dessus. Vous me comprenez... car... Songez qu'il faut toujoius que l'art... que la nature...

( On entend iin grand bruit en dehors. ) Mais descendez, monsieur ; j'entends une voiture.

EUGÈNE , bas à Rose.

Pauvre oncle! ses discours sont toujours embrouil- BOSE , bas à Eugène. [lés.

Encore une épigrarame, et nous sommes brouillés. ( Eugène et Rose sortent. )

■ Euyène , Lcfranc, Rose.

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