C.\TARINA
Vous êtes ici? Comment! vous êtes ici? Oh Dieu ! je meurs de joie et d'épouvante. Rodolfo ! savez-vous où vous êtes? Est-ce que vous vous figurez que vous êtes ici dans une chambre comme une autre, malheureux? Vous risquez votre tète.
RODOLFO
Que m'importe! Je serais mort de ne plus vous voir, j'aime mieux mourir pour vous avoir revue.
CATARINA
Tu as bien fait. Eh bien, oui, tu as eu raison de venir. Ma tète aussi est risquée. Je te revois, qu'importe le reste! Une heure avec toi, et ensuite que ce plafond croule, s'il veut!
RODOLFO
D'ailleurs le ciel nous protégera , tout dort dans le palais , il n'y a pas de raison pour que je ne sorte pas comme je suis entré.
CATARINA
Comment as-tu fait ?
C'est un homme auquel j'ai sauvé la vie... Je VOUS expliquerai cela. Je suis sûr des moyens que j'ai employés.
CATARINA
N'est-ce pas? oh! si tu es sûr, cela suffit. Oh Dieu ! mais regarde-moi donc que je te voie !
RODOLFO
Catarina !
CATARINA
Oh! Dépensons plus qu'à nous, toi à moi, moi à toi. Tu me trouves bien changée, n'estce pas ? Je vais t'en dire la raison , c'est que depuis cinq semaines je n'ai fait que pleurer. Et toi, qu'as-tu fait tout ce lemps-là? As-tu été bien triste au moins? Quel effet cela t'a-t-il fait, cette séparation? Dis-moi cela. Parle-moi. Je veux que tu me parles.
RODOLFO
0 Catarina, être séparé de toi, c'est avoir les ténèbres sur les yeux, le vide au cœur! C|est sentir qu'on meurt un peu chaque jour! C'est être sans lampe dans un cachot, sans étoile dans la nuit ! C'est ne plus vivre, ne plus penser, ne plus savoir rien! Ce que j'ai fait, dis-tu? je l'ignore. Ce que j'ai senti, le voilà.
CATARINA
Eh bien, moi aussi ! Eh bien , moi aussi ! Eh bien, moi aussi ! Oh ! je vois que nos cœurs n'ont pas été séparés. Il faut que je te dise bien des choses. Par où commencer? On m'a enfermée. Je ne puis plus sortir. J'ai bien souffert. Vois-tu, il ne faut pas t'élonner si je n'ai pas tout de suite sauté à ton cou , c'est que j'ai été saisie.
AiNGELO.
Oh Dieu ! quand j'ai entendu ta voix, je ne puis pas te dire, p ne savais plus où j'étais. Voyons, assieds-loi là, lu sais? comme autrefois. Parlojis bas seulement. Tu resteras jusqu'au malin. Dafne le fera sortir. Oli ! quelles heures délicieuses 1 Eh bien, maintenant, je n'ai plus peur du tout, tu m'as pleinement rassurée. Oh ! Je suis joyeuse de te voir. Toi ou le paradis, je choisirais loi. Tu demanderas à Dafne, comme j'ai pleuré! elle a bien eu soin de moi, la pauvre nile. Tu la remercieras. Et Reginella aussi. Mais dis-moi, lu as donc découvert mon nom? Oh I tu n'es embarrassé de rien, toi. .le ne sais pas ce. que tu ne ferais pas quand tu veux une chose. Oh dis! auras-tu moyen de revenir?
RODOLFO
Oui. Et comment vivrais-je sans cela? Catarina, je l'écoute avec ravissement. Oh! ne crains rien. Vois comme celte nuit est calme. Tout est amour en nous, tout est repos autour de nous. Deux âmes comme les nôtres qui s'épanchent Tune dans laulre, Catarina, c'est quelque chose de limpide et de sacré que Dieu ne voudrait pas troubler! Je t'aime, tu m'aimes et Dieu nous voit! Il n'y a que nous trois d'éveillés à cette heure ! Ne crains rien.
CAT.4RINA
Non. Et puis il y a des moments où l'on oublie tout. On est heureux, on est ébloui l'un de l'autre. Vois, Rodolfo : séparés, je ne suis qu'une pauvre femme prisonnière, tu n'es qu'un pauvre homme banni; ensemble, nous ferions envie aux anges! Oh! non, ils ne sont pas tant au ciel que nous. Rodolfo, on ne meurt pas de joie, car je serais morte. Tout est mêlé dans ma tète. Je t'ai fait mille questions tout à l'heure, je ne puis plus me rappeler un mot de ce que je t'ai dit. T'en souviens-tu, toi, seulement? Quoi! ce n'est pas un rêve ! Vraiment, lu es là, toi !
nODOLFO.
Pauvre amie !
Non, tiens, ne me parle pas, laisse-moi rassembler mes idées, laisse-moi te regarder, mon àine! laisse-moi p(>nscr que tu es là. Tout à l'heure je te répondrai. On a des moments comme cela , tu sais , où l'on veut regarder l'homme qu'on aime et lui dire : Tais-toi, je te regarde! Tais-toi, je t'aime ! Tais-toi, je suis heureuse !
Il lui baise la main. Elle .«c retourne et aperçoit la lettre qui est sur la table.
— Qu'est-ce que c'est que cela ? 0 mon Dieu ! Voici un papier qui me réveille! Une lettre! Estce toi qui as mis cette lettre là?
RODOLFO
Non. Mais c'est sans doute l'homme qui est venu avec moi.