LO
Ciel !
CATARINA
LA TISBE.
Non, ce n'est pas un manteau, n'est-ce pas? Ce n'est pas un manteau d'homme? Malheureusement , on ne peut reconnaître à qui il appartient, tous ces manteaux-là se ressemblent. Allons, prenez garde à vous , dites-moi le nom de cet homme!
CATARINA
Je ne sais ce que vous voulez dire.
C'est votre oratoire, cela? Eh bien! ouvrezle-moi.
CATARINA
Pourquoi ?
LA TISBE.
Je veux prier Dieu aussi, moi. Ouvrez.
CATARINA
J'en ai perdu la clef.
LA TISBE.
Ouvrez donc!
CATARINA
Je ne sais pas qui a la clef.
LA TISBE.
Ah ! c'est votre mari qui l'a! — Monseigneur Angelo 1 Angelo ! Angelo !
Elle veut courir à la porte du fond , Catariua se jette devant et la retient.
CATARINA
Non ! vous n'irez pas à cette porte. Non, vous n'irez pas ! Je ne vous ai rien fait. Je ne vois pas du tout ce que vous avez contre moi. Vous ne me perdrez pas , madame. Vous aurez [)itié de moi. Arrêtez un instant. Vous allez voir. Je vais vous expliquer. Un instant, seulement. Depuis que vous êtes là , je suis tout étourdie , tout effrayée, et puis vos paroles, tout ce que vous m'avez dit : je suis vraiment troublée, je n'ai pas tout compris. Vous m'avez dit que vous étiez une comédienne , que j'étais une grande dame, je ne sais plus; je vous jure qu'il n'y a personne là. Vous ne m'avez pas parlé de ce sbire, je suis sûre cependant que c'est lui qui est cause de tout; c'est un homme affreux qui vous trompe. Un espion! Oh! écoutez-moi un instant. Entre femmes on ne se refuse pas un instant. Un homme que je prierais ne serait pas si bon. Mais vous, ayez pitié. Vous êtes trop belle pour être méchante. Je vous disais donc que c'est ce misérable homme, cet espion, ce sbire, il suffit de s'entendre, vous auriez regret ensuite d'avoir causé ma mort. N'éveillez pas mon mari. Il me ferait motirir. Si vous saviez ma position , vous me plaindriez. Je ne suis pas coupable, pas trè.scoupable, vraiment. J'ai peut-être fait quelque imprudence , mais c'est que je n'ai plus ma mère. Je vous avoue que je n'ai plus ma mère. Oh ! ayez pitié de moi, n'allez pas à cette porte, je vous en prie, je vous en prie, je vous en prie !
LA TISBE.
C'est fini ! non ! je n'écoute plus rien ! Monseigneur ! monseigneur !
CATARINA
Arrêtez ! Ah ! Dieu ! Ah ! arrêtez ! Vous ne savez donc pas qu'il va me tuer! Laissez-moi au moins un instant , encore un petit instant , pour prier Dieu 1 Non , je ne sortirai pas d'ici. Voyez-vous, je vais me mettre à genoux là...
Lui montrant le crucifix de cuivre au-dessus du prie- Dieu.
— devant ce cruciBx.
L'œil de la Tisbe s'attache au crucifix.
— Oh ! tenez, par grâce , priez à côté de moi. Voulez-vous, dites ! Et puis après, si vous voulez toujours ma mort, si le bon Dieu vous laisse cette pensée-là, vous ferez ceque vous voudrez.
AiNGELO.
LA Tisni:.
Elle se précipite sur le crucifix el l'arrache du mur.
Qu'est-ce que c'est que ce crucifix? D'où vous vient-il? D'où le tenez-vous? Qui vous l'a donné?
CATAniNA.
Quoi? ce crucifix? Oh! je suis anéantie. Oh! cela ne vous sert à rien de me faire des questions sur ce crucifix !
LA TISBE.
Comment est-il en vos mains? dites vite !
Le fliimbcMii est reste sur une crcJence près du balcon. Elle s'en approche et examine le crucitix. Cataiina la suit.
CAïARLVA.
Eh bien , c'est une femme. Vous regardez le nom qui est au bas, c'est un nom que je no connais pas, Tishe^ je crois. C'est une pauvre femme qu'on voulait faire mourir. J'ai demandé sa grâce, moi. Comme c'était mon père , il me l'a accordée. A Brescia. J'étais tout enfant. Oh i ne me perdez pas , ayez pitié de moi , madame. Alors la femme m'a donné ce crucifix, en me disant qu'il me porterait bonheur. Voilà tout. Je vous jure que voilà bien tout. Mais qu'est-ce que cela vous fait? A quoi bon me faire dire des choses inutiles? Oh! je suis épuisée! LA TISBE , à part.
Ciel ! 0 ma mère !
La porte du fond s'ouvre. An^jelo paraît vêtu d'une robe de nuit.
CATARINA , revcnaiit sur le devant du théâtre. Mon mari ! Je suis perdue !