‹ Magasin théâtralChapitre 7 sur 1475 · ROGER, LE DUC D'ANJOU · texte numérisé non relu

ROGER, LE DUC D'ANJOU

LE DUC, entrant par la droite. A merveille! le premier au rendez-vous. Je te reconnais bien là, Roger.

ROGER. Votre altesse est petit-fils de Louis XIV, et, en cette qualité, monseigneur ne doit ni ne peut attendre.

LE DUC. Enfin! j'ai donc un moment de liberté! Madame de iMainienon vient d'entrer dans son oratoire. Ici nous n'avons pas à craindre de fâcheux... Voyons, Saint- Hérem, parle vite , as-tu vu madame de Montbazoïi ?

ROGER. Oui, et je lui ai rendu le portrait qu'elle avait donné à votre altesse.

LE DUC. En échange, l'a-t-elle reniir mes lettres? "^

ROGER. Les lettres de monseif?neur son! ' sa terre de Saint- Leu. Elle est allée les cher cher ce soir, et demain malin elles seiui-: chez moi.

LE DUC. Pour sûr?

ROGER. Elle m'en a donné sa parole.

LE DUC. Juge de quelle importance e^ poiir moi la remise de ces lettres, Roger, ot moment de partir pour l'Espagne.

ROGER. Votre altesse part? et quand cela?

LE DUC. Après demain, et lu conçois : je vais épouser la fille du duc de Savoie; si ces lettres...

ROGER. Que monseigneur se rassure; ces lettres seront chez moi demain avant dix

LES DEMOISELLES DE SAINT-CYR

heures. Seulomoiit, que votre altesse veuille bien nie dire où j'aurai l'honnenr de la voir : à Marly, à Versailles, aux Tuilerie*...

LE DUC. Écoute... je vais deuiain h Paris, ne quitte pas ton hôtel de la journée.

ROGER. Comment ! son altesse me ferait l'honneur...

LE DUC. Silence! si l'on savait que j'ai mis l'e pied chez un mauvais sujtt comme loi, on se douterait que c'est pour quelque amour secret.

KOGER. Eh bien, mais il me semble qu'il y a eu autrefois une certaine Hortense iMancîni, que dans une circonstance à peu près pareille, votre auguste aïeul...

LE DUC. Oui, mais mon auguste aïeul avait alors quelque chose comme quarante ans de moins, ce qui rend plus indulgent.

ROGER. Sans compter quil n'avait pas encore eu le bonheur de faire la connaissance de madame de Maintenon.

LE DUC. Chut! J'irai seul, dans une voiture sans armoiries; on annoncera le comte de Mauléon. Veille à ce que je ne rencontre personne.

ROGER. Il sera fait comme le désire votre altesse, ou plutôt votre mijesté, car c'est le titre qui vous appanient désormais.

LE DUC. Oui, grâce à ce titre de roi que je vais bientôt porter, grâce surtout au^^^^ennuyeuses lois de l'étiquette, je ne puiwilus faire un pas sans qu'il ne soit observé; dire une paiole sans qu'elle ne soit comimn^ée à Versailles; je ne puis pas même être seul ! Voilà pourquoi je t'ai dit de m'allendre dans ce pavillon. Depuis huit jours madanie de Mainituon m'en a remis la clef. Tous les matins je suis contraint d'y venir entendre des leçons de politique. Elle prétend m'apprendre à gouverner rE>pa;;ne, à rendji* mon peuple heureux! Va, crois moi, Roger, majesté en Espagne, c'est bien tfise, et mieux vaut être altesse , et même siiuple geuiilhomme en France.

ROGER. Heureusement que voire altesse arrive à Madrid pour le carnaval, cela lui fera paraître les commencements de son exil moins durs.

LE DUC. Tu ne sais pas ce que tu devrais faire, Roger?

ROGER. Non, monseigneur.

LE DUC. Tu devrai^ni'y rejoindre.

ROGER. En Es,>agrie! >'.a\oue qu'à moins que son Jiltesse ne m'en donne l ordi e formel, j'éprouverais dans ce moment quelque couirariéié à quitter la France.

LE DUC. Line intrigue, mauvais sujet?

ROGER. Quelque chose du moii.s qui ressemble beaucoup à cela.

LE DUC. J'e.spère que ce n'est point ici? i

ROGER. Oh! comment votre altesse peuielle soupçonner...

LE DUC. Toi ! je te crois capable de tout.

ROGEii. Votte altesse me flatte.

LE DUC. INon, pardieu ! et je dis ce que je pense. Au revoir, Saini-Hérem, à demain !... Reste encore un instant ici ; je ne veux pa> qu'on nous voie sortir ensemble. A demain donc; puis tu me remettras les lettres... et l.i clef de ce pavillon.

ROGER, .le n') manquerai pas, monseigneur.

LE DUC, sortant par la gauche. A demain.

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