‹ Magasin théâtralChapitre 701 sur 1475 · MARIE, MORTIMER · texte numérisé non relu

MARIE, MORTIMER

MARIE

Esi-il vrai, jui-îcs cieux!

Une lettre de France! en croirai-je mes yeux! Du plus aimé des miens: du cardinal île Guise! Que dit-il?... chaque mot redouble ma surprise. Qui, vous! Un songe vain troubic-t-il ma raison? L'ange libérateur descend dans m.a prison.

MORTIMER

.Madame, pardonnez si dans cette occurrence J'ai d'un masque odieux empreinte l'apparence. Je lui dois le bonheur d'embrasser vos genoux, De voir, de conler.ipler...

MARIE

Mortimer, levez-vous; Expliquez-vous, parlez, et faites-moi comprendre Un bonheur qu'en ce lieu j'étais si loin d'attendre. J'ai peine a revenir de mon saisissement.

MORTIMER

Dieu semble avoir lui seul conduit l'événement.

MARIE

Comment vous guida-t-il vers une infortunée?

MORTIMER

A peine je louchaie à ma vingtième année, Que, loin de ce séjour où s'ouvrirent mes jeun Puissamment entraîné d'un dé^ir curieux.

J'allai visiter Rome, et cette belle France Qu'on avait fait en vain haïr à mon enfance. Au Louvre présenté, j'y connus ce prélat. Le vengeur de l'église et l'appui de l'olat, Le frère et le conseil de voire auguste mère; 11 daigna m'accueiUir, me tenir lieu de pèrj

Maflame; de sa voix la «ainlo au^lci..*! Faisant descciidre en moi l'esprit de vérité. Dans mon ame livrée à des vapeurs funèbres, Des dogmes puritains dissipa les ténèbres ; Et, telle est sa puissance à ramener les cœurs : Entre ses mains bientôt j'abjurai mes erreurs.

MARIE

Vous avez pu jouir de sa sainte présence!

MORTIMEB.

Un jour qu'en son palais plein de magnificence Je promenais mes yeux errans de toutes parts, Le portrait d'une fen>me attira mes regards. Troublé, je ne pouvais en détacher ma vue : « Ce n'est pas sans raison que votre ame est émue, » î)iî alors le pontife en «'approchant de moi : « Prisonnière, et souffrant pour noire sainte foi, » Votre pays retient dans un dur esclavage » Celle dont vos regards ont admiré l'image. » Aîors il me-peignit, d'un éloquent discours, î.cs périls dont la reine environnait vos jours, Vos malheurs, vos vertus, vos titres, votre race ; C'jmment Elisabeth, assise à voire place, î>'Lin droit qu'elle usurpa vous punissait encor; Comment vivait en vous la maison de Tudor ; Comme enfin, repoussant le fruit de ladultère, Vos droits vous appelaient au trône d'Angleterre. Mais de quel nouveau jour furent frappés mes yeux. Quand j'appris que Paulet vous gardait en ces lieux ; Im ces lieux où Paulet éîcva mon enfance! Je crois que Dieu m'appelle à votre délivrance. Le projet aussitôt s'en forme dans mon sein ; Le cardinal m'approuve, il bénit mon dessein ; Je pars, et jusqu'à vous inouvre un libre passage. O reine, je vous vis, et non plus votre image ; Je vous vis! j'admirai dans leur réalité Des traits dont le malheur croît encor la beauté. Ah ! qu'elle a bien raison cette reine barbare, Qui dans ces tristes murs du monde vous sépare! Tous nos jeunes Anglais, l'un de l'autre jaloux, Se lèveraient en fo'ale et combattraient pour vous. Si dans ce noir séjour où vous retient sa haine, Ils pouvaient entrevoir leur véritable reine.

MARIE

Généreux Mortimer, auraient-^ls vos yeux?

MORTIMER

Oui, Si tous amsi que moi pouvaient être aujouru'liui Témoins de votre sort, et voir de quel courage Vous supportez des fers el la hoiite et l'outrage. Apprenez mon espoir, apprenez nos projets. Des plus nobles maisons douze jeunes Anglais Sur les livres sacrés ont promis à Dieu même De vous rendre à l'église, au jour, au diadème. De nos secrets desseins Philippe est averti ; Lambassadeur de France est dans notre parti ; Domain à son palais nous devons tous nous rendre.

MARIE

Vous me faites frémir. Quosez-vous entreprendre? Quel espoir vous abuse? O ciel! ignorcz-voiis les supplices tout prêts qui vous menacer.t tous?

MARIE SrUÂUT.

MORTUIEU.

^îais. vous-même, madame, il ne faut plus rien taire, Sa v;"z-\ OIS à quel sort nous devons vous soustraire ?

MARIE

Quoi ! mon arrêt déjà serait-il prononcé?

MORTIMER

Oui ; bientôt même ici vous doit être annoncé Cet arrêt qui vous perd et qui nous déshonore. La reine cependant semble hésiter encore; Et, reprochant aux lois trop de sévérité. Montre son artifice et non pas sa bonté.

MARIE

Je loi prévu. Sans doute en un cachot funeste Us vont de mon destin ensevelir le reste?

niOUTIMER.

Us osent plus encor.

MARIE

tQs

Oui, c'en est fait !

MARIE

Le monde pourrait voir un se'iiblablc forfait!

A la main des bourreaux ils m'auraient condamnée !

Une tête royale et trois fois couronnée!

MORTIMER

Ah ! puissé-jc en douter!

MARIE

Non, ne le croyez pas.

Le parlement a pu prononcer mon trépas ; Mais la reine peut seule accomplir la sentence, Et d'un tel coup détat clie sait l'importance. Non, je vois en effet ce qu'on a prétendu : On veut qne sur ma tête à jamais suspendu Le poids d'un jugement sans cesse me menace, Et de mes partisans éiioavanle l'audace. Elisabeth me hait sans doute, et de mes jours Sa secrète fureur voudrait hâter le cours ; Mais mon sang: répandu tacherait sa mémoire : Et je ne la crains pas ; elle aime trop la gloire

MORTIDIER.

Ah, madame!

MARIE

Du moins elle doit redouter Les périls que mon sang lui pourrait susciter.

MOKTIMER. Qu'espérez-vous?

MARIE

Quoi donc! doutez-vous que la Fiarvre Ne vienne tout entière en demander vengeance?

MORTIMEB.

?tl:>(lûmel épargnons-lui le soin de nous venger, r.lle-méme m'envoie au-devant du danger ; E''.e-même et Lorraiite et le Dieu qui m'inspire. M'ordonnent de sauver une roin^ martyre. Je ne suis rien par moi, mais je suis tout par eux. Sic dévouer, madame, est tout ce que je veux. Acceptez les appuis que j o:e vous prumcllre; Permettez que nos mains...

MARIE

Non : je ne puis permettre Qu'essayant le desFfîn que vous m'avez soumis ,

ACTC ï , SCENK W

Vous perdiez sans succès vos impnidcns amis. Jeanc homme , oubliez-moi ; fuyez , dt-jà peut-èlrc IJiirleigha pormi vous envoyé qiiclque naître ; Fuyez , s'il en est temps , ce royaume odieux : Tous ceux qui m'ont servie ont été malheureux.

MOmiMrJi.

Ah , madame ! en servant une cause si belle , Ils ont acquis du moins une gloire immorlelle. D'un semblable destin tout mon cœur est jaloux. K'est-ce point un bonheur que de mourir pour vous?

MARIE

Non ; de mes ennemis je connais la puissance. Qui pourrait de leurs yeux tromper la vigilance?

MORTIMEIÎ.

Qui? moi-même , madame , et j'ose l'espérer.

MARIE

Un seul mortel cncor pourrait me délivrer.

MORXIMER.

Un seul ? Noramez-le-moi.

MARIE

Leicester.»

MORTIMER

Lui , madame 1 Lui , qui de vos malheurs seul a tissu la trame 1 Lui , l'ami de la reine , et qui toujours...

MARIE

C'est lui Qui seul peut de ce lieu me tirer aujourd'hui. Allez , cher Mortimer, si toujours votre zèle A mon malheureux sort ose rester lidèle , Au comte Leiccster livrez votre dessein ; Répandez hardiment vos projets dans son sein ; Et, de peur que de vous il prenne quelque om'orage, De vos pouvoirs secrets présentez-lui ce gage, (liile lui dounesa bague.)

HORTI.'.IEU.

0 reine... expliquez-moi... je ne puis concevoir...

MARIE

De lui-même bientôt vous pourrez tout savoir. Qui vient?

A>NA , accourant.

Miiord Burleigh.

Armez-vous d'assurance.

MARIE

Oui , delà dignité qui sied à l'innocence.

Page 1