‹ Magasin théâtralChapitre 702 sur 1475 · BURLEIGH. MARIE, PAULET · texte numérisé non relu

BURLEIGH. MARIE, PAULET

BCRLEICa.

madame , auprès de vous à regret introduit , L'orilre du tribunal en ce lieu me conduit. Ministre de rigueur , je remplis non sans peine Le sévère devoir qui maintenant m'amène ; Mais le salut du trône et l'intérêt des lois 5ro;it ôlé dés long-temps la liberté du choix. li Tant donc m'expliquer , et je dois vous apprendre Un arrêt...

MARIE

Quel qu'il soit , je ne veux pas l'entendre.

Je ne puis , trahissant mes droits et mon devoir , Des juges qu'on m'a faits admettre le pouvoir. Je suis reine , milord , je suis reine étrangère. On prétend m'asservir aux lois de l'Angleterre, Mais de ces mêmes lois puissamment protégé , Le moindre citoyen par ses pairs est jugé. Quels juges! dites-moi , pourrais-je reconnaître ? Où sont mes pairs ici ? Les rois seuls peuvent l'être.

, BURLEIGH

Peut-être un tel débat est-il vain désormais. Vous vous êtes soumise au tribunal...

MARIE

Jamais.

Et quand même, milord.j'eussepum'y soumettre, Quel équitable arrêt pouvais-je m'en promettre ? Parlez ; n'est-ce donc pas ce même parlement Qui fut de Henri huit le servilc instrument, Que sans cesse on a vu , dans toutes vos annales , Livrer au souverain ses volontés vénales. Parler comme se taire , absoudre ou condamner , Selon l'ordre secret qu'on daignait lui donner ; Et , soumettant Dieu même à l'humaine puissance , Changer sous quatre rois quatre fois de croyance ? Je veux bien toutefois que ce noble sénat Ne cherche que la gloire et le bien de l'état ; Je veux même de vous croire ce qu'on récite , Que du royaume seul l'intérêt vous excite. Que vous servez l'état, votre reine et ses droits , Fidèle , incorruptible ; on le dit , je le crois ; Mais ne craignez-vous pas , ministre de la reine , Que la fldélité trop loin ne vous entraine ? Divisés d'intérêt , et de peuple , et de foi , Osez-vous espérer d'être juste envers moi? On sait des deux états la lutte héréditaire. Je suis reine d'Ecosse , et vous lords d'Angleterre. En jugeant l'Écossaise, Anglais, oublierez-vous Quatre siècles de haine élevés entre nous? Un jour, hélas! un jour je me crus destinée, Je l'avoue, à finir celte haine obstinée ; Et , comme mon aïeul , Richemond , autrefois Des deux roses en lui réunissant les droits , Termina pourjamais vos discordes royales, J'espérais réunir deux couronnes rivales , Et voir cette île entière , heureuse désormais , Goûter sous un seul sceptre une éternelle pais.

BURLEIGH

Et c'est pourparvenir àcebut salutaire Qu'on vous voit de discorde agiter celle terre l Proscrire notre foi , notre reine !

MAUIK.

Arrêtez. A la justice , à Dieu , milord , vous insultez. Quand ai-je eu ce dessein ?

BURLEIGH

Quoi ! pouvez-vous, madame.

Nier de Babington la criminelle trame ? Et que vous-même, ici , du sein de ce cachot, N'ayez des meurtriers gouverné le complot? Vos propres serviteurs confirment ce langage.

MARIE

Quoi ! d" mes serviteurs on croit le (émcignMge!

MARIE STUAUÏ.

On croit ccui qui ifont pu disposer contre moi , Qu'en violant l'honneur , le devoir et la Coi ! Mais , quand de ces témoins la voix me déshonore , Ils \ ivent l'un et l'autre, ils respirent encore , Et l'on ne les fait pas comparaître à mes yeux ! Ils n'ont pas devant moi répété leurs aveux ! On ne m'accorde pas un droit si légitime , Et que la loi chez vous accorde même au crime ! Si du lord chancelier je l'ai bien entendu , Un bill , au parlement sous ce règne rendu , Veut , corriî-'eanl des lois la rigueur vengeresse , Que devant l'accusé l'accusateur paraisse. Sir Paulet, j'ai toujours estimé votre foi : N'esl-il point parmi vous une semblable loi ?

PAULET

Si vous m'interrogez . je ne saurais le taire ; Oui , celte loi , madame , existe en Angleterre.

MARIE

Eh bien ! miiord , eh bien ! s'il faut y consentir , A la loi des Anglais s'il faut m'assujéfir , Pourquoi, me l'imposant lorsqu'elle m'est contraire, Lorsqu'elle me protège ose-t-on m'y soustraire"?

BIRLEIGH.

Madame, on a prouvé que d'autres attentats Se préparaient...

MARIE

Milord ! vous ne répondez pas.

BCRLEIGU.

Que l'Espagne elle-même et son roi fanatique Nous menaçaient par vous de la foi catholique ; Que vous avez eiifln , attestant de vains droits , Contre nous à la guerre excité tous les rois.

MARIE

Et quand j'eusse excité tous les rois à la guerre , Mi'ord, contre tout droit on me tient prisonnière. Yenais-je de ma sœur envahir les étals? Suppliante je vins me jeter dans ses bras : Je vins, au nom du sang qui coule dans nos veines, Demander un asile ; et je trouvai des chaînes. Ai-je envers ce royaume , envers elle , un devoir? Si de rompre mes fers je concevais l'espoir , Si contre Elisabeth et contre l'Angleterre Je pouvais soulever le reste de la terre , Si j'assemblais ses rois en ma faveur armés, IS"userais-je donc pas du droit des opprimés? Est-il guerre plus juste et ilroit plus légitime?

BURLF.IGU.

D'un droits! dangereux souvent on est victime.

MARIE

Il est vrai , je suis faible , et la reine peut tout. Eh bien ! que de sa force elle use jusqu'au bout ; Qu'elle signe ma mort et m'envoie au supplice ; Mais qu'elle cesse au moins d'attester la justice: Quand de ses passions parle seule la voix, Qu'elle n'impute rien à l'organe des lois; Qu'elle ne voile pas d'une sainte apparence L'orgueil, la cruauté , l'audace, la licence; Et qu'elle avoue enfin qu'un sénat étranger Peut me faire périr , et non pas me juger.

SCICNK VIII.

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