ACTE ]V, SCÈNE iV
La guerre est impuissante ? Il faut des assassins. On prêche à des sujets, dans la chaire perlide, Le meurlrc, le parjure, enfin le régicide! De pièges, de poignaid-, on entoure mes pas ; Mais Torgueilleux Lorrain ne triomphera pas. Il tendait vers un but: il en atteint un autre; Il menaçait ma tète , et va frapper la vôtre.
MAUIE.
Je suis soumise à Dieu : mais, j'en garde l'espoir,
Vous n'abuserez pas d'un semblable pouvoir.
(Ici Lcicester et Melvil se rapprochenldcsdeux relues.)
ELISABETH
Qui m'en empêchera"? Qui le défend? personne. K'exécuté je pas ce que l'église ordonne? Et Guise et Charles neuf ne m'ont-ils pas appris Quelle paix on doit faire avec ses ennemis ? Libre, de votre foi que m'offrez-vous pour gage? Est-il quelques sermens dont Rome ne dégage ? Avec une ennemie il n'est point de traité.
MAUlE.
Si vous l'aviez voulu, l'aurions-nous donc été? Et, sans descendre enfin du trône d'Angleterre, Que ne m'en avez-vous reconnu l'héritière?
ELISABETH
Oui, je devais sans doute, utile à vos projets, Moi-même présenter Stuart à mes sujets.
Pour que d'un nouveau règne on saluât l'aurore, tl que moi, quand je vis, quand je gouverne encore...
MARIE
Ah! vivez, gouvernez, disposez de mes droits; Non, je ne prétends plus au sceptre de vos rois ; Dès la fleur de mes ans le malheur m'a flétrie ; Je ne suis plus, hélas ! qu'une ombre de Marie. Maintenant, c'en est fait; tout vous a réussi ; Prononcez le pardon qui vous amène ici : Je ne saurais penser qu'un cœur si magnanime Ait voulu seulement insulter sa victime. Achevez ; de leurs fers affranchissez mes mains, Et de ma chère Ecosse ouvrez-moi les chemins j Avec ma liberté que vous m'avez ravie.
Comme un présent encor je recevrai ma \ ie. Dites une parole : achevez ; je l'attends : Oh ! ne me laissez pas l'atiendre plus long-temps ! Malheur, malheur à vous si votre sœur tremblante N'entend de votre bouche une voix consolante 1 Si mon pardon bientôt ne doit pas tout finir, Si quelque autre dessein vous avait fait venir. Ah ! je ne voudrais pas, au prix dune couronne. Au prix de tous ces bords que la mer environne. Pour les trésors du monde, échangeant mes liens, Être telle à vos jeux que vous seriez aux miens.
ELISABETH
Mais si j'écoute ici la pitié qui me presse,
Si je cède à mon cœur qui pour vous s'intéresse,
Si ma clémence enfin faisait taire les lois,
Me promellriez-vous que, pour servir vos droits.
De nombreux partisans, entraînés par vos charmes.
Contre moi, malgré vous, ne prendront pas les armes.'
N'est-il plus de complots que l'on puisse former?
N'esl-il plus de Norfolk qui veuille vous aimer?
C'en est trop.
ÉLIS ABETIT.
II est vrai qu'un exemple sévère Peut effrayer celui qui prétendrait vous plaire. 11 fuira (!e Norfolk l'imprudence et le sort; Il craindra votre amour, car il donne la mort.
MAUIE.
0 ma sœur !
ELISABETH
Leicc-ster, regardez quelle rage!
(A Marie.)
Quel mouvement soudain trouble votre visaac? Vous voyez; je suis calme et prête à pardonner. Quoi ! du nom de Norfolk ainsi vous étonner? Craignez-vous que milord en apprenne l'hiioire? î\Iaisde vossenlimens vous-même faisiez gloire; Et bien d'autres secrets devant tous découverts Ont montré votre cœur aux yeux de l'univers.
MAKIE.
Oui, ma vie aux regards n'a pas craint de paraître ; On la voit, on la juge, on l'accuse peut-être ; Mais je n'ai pas du moins, pour couvrir ses erreurs, Cherché d un faux dehors les voiles imposteurs : Je n'ai point d'un vain masque osé tromperla terre. Malheur, malheur a vous si, d'une vie austère Vous venant quelque jour arracher le manteau, La vérité sur vous fait luire son flambeau !
81ELVIL, s'avanrant enhe les deux reines. Juste ciel! est-ce là ce qu'on pouvait attendre! Sont-ce de tels discours que nous devions cutendi e ? La modération?...
MAIilK.
Ah ! j'ai trop supporté D'un orgueil insultant la froide cruauté. C'en est fait. Loin de moi, pénible patience! Laissez à mon courroux toute sa violence ; Laissez sortir mes cris trop long-temps enchaînés, Et qu'ils soient a son cœur des traits empoisonnés !
ÉLISAJJEXH.
Allons.
MELVIL
Ah ! pardonnez cette fureur extrême !
Peut-elle en ce moment se connaiire elle-même ? J'embrasse vos genoux.
LEICESTER
Madame, au nom de Dieu, Quittez soudain, quittez ce déplorable lieu. Non, ne l'entendez pas.
MARIE
Le fruit de l'adultère Profane insolemment le trône d'Angleterre. Le noble peuple anglais, par la fraude trompé, Gémit depuis vingt ans sous un sceptre usurpé. Si le ciel était juste, indigne souveraine. Vous seriez à mes pieds, et je suis votre reine.
ELISABETH
Téméraire ! ce jour, j'en donne ici ma foi. Verra quelle est la reine ou de vous ou de moi. Adieu.
(Elisabeth s'élois;ne rapidemoiil. Li'iresler cl Melvil la suis eut dans le plus grand trouble.)