‹ Magasin théâtralChapitre 713 sur 1475 · STUART · texte numérisé non relu

STUART

Je veux en accuser la seule destinée.

Contre moi, malgré vous, vous fûtes entraînée; Vous n'êtes pas coupable, et je ne le suis pas ; Un esprit de l'abîme, envoyé sur nos pas, A jeté dans nos cœurs cette haine funeste , Et des hommes méchans ont achevé le reste. La démence a du glaive armé contre vos jours Ceux dont on n'avait point invoqué le secours. Tel est le sort des rois : leur haine en maux féconde Enfante la discorde et divise le monde. J'ai tout dit. C'est à vous, ma sœur, de nous juger. Entre nous maintenant il n'est point d'étranger. >i"oiis nous voyons enfin. Si j'ai pu vous déplaire, Parlez j dites mes torts ; je veux vous satisfaire. Ah ! que ne m'avez-vous, dès l'abord, accordé Lenlreiien par mes vœux si long-temps demandé! Nous n'aurions pas, ma sœur, en ce jour déplorable, Une telle entrevue, et dans un lieu semblable.

ELISABETH

Madame, à ma rigueur c'est vous en prendre à tort ; De vos malheurs en vain vous accusez le sort; N'en accusez que vous, votre jalouse haine. Et peut-être avant tout la maison de Lorr.iine. Vous le savez, en paix nous vivions toutes deux. Quand Guise, ce vieillard, ce pontife orgueilleux. Non content du pouvoir que la France lui donne. D'un œil ambi;ieux regarda ma couronne.

C'est lui qui de la guerre arbora le signal ; C'est lui de qui l'oi-gueil à sa nièce fatal. De ce trône à \ os yeux faisant briller les ch.irmes, Vous Gl prendre, imprudente, et mon lilre el mes armes. Pour me perdre, en effet, que n'a-t-il point tenté ! N'a-t-il point, par vous-même en secret excité, .\rmé le continent, et ses rois, et ses prêtres, Pour m'arracher un droit, reçu de mes ancêtres. Qu'un règne glorieux affermit à son tour, El que du peuple anglais a consacré l'amour? Naguère, gouverné par vos sourdes pratiques. Sixte a lancé sur moi les foudres catholiques ; Philippe préparait des foudres plus puissans ; Mais l'Espagne, épuisée en apprêts menaçans. De sa flotte en espoir inondant mes rivages, Avait, dans ses calculs, oublié les orages. J'ai triomphé. Le ciel a montré hautemeiit Que vos rois de son nom s'armaient injustement. 3Ies sujets sontheureux ; mes provinces tranquilles; Je vois partout mes champs pleins de moissons fendes; .Aies cités, de trésors ; d'armes, mes arsenai;x ; Et mes camps, de soldats ; et mes po^ îs, de vaisseaux. De l'Océan du Nord je marche souveraine. Sans doute je comprends qu'une semblable reine, Aux yeux de Sixte-Quint ne saurait gouverner. Je ne lui promets pas, certes, de ramener Ces joiirs où le roi Jean, lâche autant que barbare, Uentlaii le sceptre anglais vassal de la tiare ; Je ne le flatte point de ramper sous ses lois Comme y ranipcnt Philippe et les faibles Valois ; Fille de Henri ut, ose im ter mon pàe. C'est donc une autre reine en qui iéglise espère. li faul s'«rnier. Vo; di cils dc\ itnncul les plus saints

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