‹ Magasin théâtralChapitre 720 sur 1475 · ACTE IV, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VIII

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Tous vos sens sont émus ; vous oies oITensée : Votre ame saigne encor du coup qui la blessée • Signeriez-vous l'arrêt dans un monieiit pareil? Ah! d'un moment plus calme attende/ le conseil.

BURLEIGH

Oui, madame, attendez qu'une reine perfide Porte jusque sur vous une main Lonucide.

MELVIL

Le ciel qui quatre fois a su la p^éser^c^, Des assassins encor saurait bien la sauver. Jladame, on vous abuse alors que de Marie On vous fait redouter les complots et la vie : C'est dans sa seule mort qu'est tout votre danger. Vivante, on l'oubliait ; morte, on va la venger. Les peuples désormais ne vont plus voir en elle Celle qui menaçait leur croyance nouvelle; Mais une reine, esclave au mépris de ses droits, Mais le sang de Henri, la fille de leurs rois. Demain entrez dans Londres, où naguère adorée Vous traversiez les flots d'une foule enivrée : Au lieu de ces longs cris, de ces regards joyeux, t^ui Trappaienl votre oreille et qui suivaient vos yeux. Vous trouverez partout cette crainte muette. D'un peuple mécontent menaçant interprèle, Ce silence glacé, dont, terrible à son tour, Il avertit les rois qu'ils n'ont plus son amour. Vous n'achèverez pas. D'une tache éternelle Vous ne souillerez point une vie aussi belle , Madame; vous craindrez que l'équitable voix. Qui dicte après leur mort le jugement des rois , Rangeant Stuart parmi les injustes victimes, Ne place son trépas sur la liste des crimes. Vous craindrez que la voiï de vos accusateurs, Couverte maintcnaijt par le bruit des flatteurs, N'aille un jour, soulevant l'inexorable histoire. Devant son tribunal citer votre mémoire. Vous frémissez. Je tombe a vos sacrés genoux : Si ce n'est pour. Stuart, grâce, grâce pour \ous!

ELISABETH

Melvil! à quel tourment me vois-je réservée! Du fer des assassins pourquoi m'a-t-on sauvée? Que ne les laissait-on jusqu'à moi parvenir? Ainsi par un seul coup tout aurait pu finir: Ma vie en ce moment ne serait pas a plaindre : Sans crimes à punir, sans reproches à craindre, D'un pouvoir qui me pèse oubliant le fardeau. Je dormirais tranquille au fond de mon tombeau. Je suis lasse, iielvil, du trône et de la vie. Si mon salut dépend de la mort de ^laric, Si l'une de nous deux, comme il semble certain , Doit de l'autre cii tombant assurer le destin, Pourquoi tomberait-elle ? et pour(|uoi, déjà lasse, Refuserais-jc encor de lui céder ma place? Mon peuple peut clioisir. Qu'il parle; el dès demain. De mon premier exil reprenant le chemin. J'irai loin d'un éclat si rempli de tristesse, Au séjour 011 coula ma paisible jeunesse ; Oii, loin des vanités d'un monde corrupteur, Dans moi-même autrefois je trouvais magrandeur. A gouverner l'état, Melvil, j'ai pu prétendre, laut que j'eus seulement des bienfaits à répandre ;

Alai.s avec mes bienfaits mon régne doit finir; Je ne sais plus légner alors qu'il faut punir.

DUltLEIGII

Quand j'entends ce discours, je ne saurai* metairre Sans trahir mon devoir, vous-même, et r.\nglelerrr. Madame, est-ce bien vous? Puis-je vous retrouver? Vous aimez votre peuple? il faut nous le prouvL-r, Vous parlez de repos? songez-vous bien au vôtre. X\iiul que d'affermir, d'éterniser le nôtre? Pensez à tout un peuple à qui v vous devez, Qui n'a plus de bonheur qu'autant que vous vivc^ Ramenés par Marie au temps de nos ancêtres, Verrons-nous revenir la puissance des prêtres ? Un légat viendra-t-il, nous apportant ses lois, Fermer nos temples .saints et détrôner nos rois? Madame, pesez bien ce que vous allez faire. Je vous en rends comptable à toute l'Angleleno Responsable à Dieu même. Au nom de l'écpiilc. Montrez moins de faiblesse et plus d'humanité; Prenez pitié du peuple, et nom d'une perlide; Soyez un roi, non pas une femme timide ; Tranchez enfin le cours de tant de factions, Ce combat renaissant des deux religions. Ces trames, ces complots, cette lutte éleritcllc Que Marie, en vivant, sans cesse renouvelle ; Et de tant de dangers préservez à la lois Vous, la religion, la patrie et les lois.

ELISABETH

Un moment en ce lieu qu'on me laisse à moi-mèrac. Maintenant j'en réfère à ce juge suprême, Que les doutes humains ne sauraient égarer. C'est lui seul désormais qui peut nous éclairer. Éloignez-vous, milords.

Les lords se retirent au fond du lliéâlre. Leieeslcr el Melvil en s'éloignant, regardent la reine avec inquiétude et comme sans espérance].

St:ÈINE VIII.

ÉLIS.\BETH

Opinion publique, Des actions des rois maîtresse tjrannique! Idole méprisable, et qu'il faut respecter, Que je suis désormais lasse de te flatter ! Les rois sont-ils donc nés esclaves du vulgaire? Ne régné-je en effet qu'afin de lui complaire? Craindrai-je incessamment de faire exécuter Ce qu'au fond de mon cœur je brûle de hâter ? Je règne; l'Angleterre au dedans est tranquille; Mais la tempête encor gronde autour de celte Ue ; La France n'a pour moi qu'une feinte amitié; Philippe sur les eaux n'est vaincu qu'a moflié; Sixte lance la foudre; une lij;ue puissante, Toujours déconcertée et toujours agissante. En faveur de Marie à l'envi s'empressant, Me la montre partout, fantôme menaçant.

C'en est trop, il est temps qu'enfin elle péris,-c; 11 est temps que ma crainte avec ses jours finisse, Que j'assure ma paix, mes droits, ma sûreté: Je ne saurais plus vivrei en celle anxiélé=

MARIE STÎ AîiT.

Es(-ce un crime après tout qui souille ma mémoire ?

Si pourtant je pouvais mettre à l'abri ma gloire!

Sans cesse l'avenir se présente à mes yeux.

J'entends autour de moi df s discours odieux :

Marie est malheureuse, elle esl femme, elle est reine;

ijes aïeux sont les miens, ma famille esl la sienne.

Vingt ans dans la jjrison, dans la dyukiir passés,

Quel que soit son forfait, l'en punissaient assez.

Voilà ce que va dire et répandre l'envie.

Bl.iis quoi, j'épargnerais celle qui veut ma vie!

Qui tend jusqu'en ma cour ses pièges séducteurs !

Qui détourne de moi mes propres serviteurs!

Lcicester! qui l'eût dit'?.. Mais je garde à ce traître

Une épreuve où du moins je pourrai le connaître.

Allons, qu'elle i)érisse : il n'y faut plus penser.

( = 'IIe.s'j|ipioclie(le la table sur laquelle est la sentence; elle prend l;i plume, et, prête à signer, elle s'arrête.)

A ce trait dcei if que ma main va tracer,

Je frissonne, il me senibie en ce moment suprême

Qtic de ma jiropre main je la frappe moi-même.

Le uiondc w.c regarde : oh ! pourrai-jc achever! (Elle se lait un moment.)

Devant lui, de quel air elle osait me braver !

Quelle orgueilleuse insulte elle a sur moi lancée!

Ne lui senibiait-il (sas qu'elle m'eiit terrassée!

D'une haine impuissante ô faible et vain effort!

La mieime est plus lidèle : elle porte la mort.

(Elle ressaisit avidement la plume.)

Je suis, a-t-elle dit, le fi uit de l'adultère !

J'usurpe insolemment le trône d'Angleterre!

Malheureuse ! ta mort éclaircira mes droits.

(Van 1 tu ne seras plus, qu'on n'aura plus de choix.

Le doute disparait ; je règne alors sans crime. (Elle signe avec un mouvement rapide et ferme.)

Je suis de Henri huit la fille légitime.

(ï;ùs qu'elle a sisné, la plume échappe des mains d'É- . lisahi'ih, et elle lomhe comme épouvantée sur son faulfiiil. lîieuioi ell(! se remet , et fait signe aux pages de laisser entreries lordsquiétaientdemeurés en dehors de la salle, mais toujours en vue du spectateur.)

cooeeesûowueo j Jâsoeooooeoooooooooâoooeoooo60ooo ccâoooocoo

SCÈNKIX.

lîURLEIGH , ÉLISAÎîETH , LEICESTER , MEL ViL.

ÉMSASETII.

Approchez-vous, mi lords.

MELVIL

Juste ciel ! je frémis.

ELISABETH

Reprenez cet écrit que vous m'avez remis, l>;irleigh; vous y lirez ma volonté tracée. Il \a vous faire à tous connaître ma pensée.

BCBLEIGU jette les yeux sur la sentence. Cm esl lait!

LEICESTER , à part.

Ciel!

MELVIL

lîélas 1 J;il.'A GTii reiiarde fixemenl Leicesler.

Airtis pour ranomplir mieux.

"y' C'est sur vous, Lcicester, que j'ai jeté les yeux. I S^Kir Stuart dès long-temps je connais votre haine j .Je vous trouvai toujours fidèle à votre reine : j Signé par vos conseils, cet arrêt en fait foi ; El, pour l'exécuter, je vous ai choisi.

LEICESTEU.

Bîoir

ÉLISABETD.

Vous.

Le rang que je tiens prés de ma souveraine Aurait dû m'affranchir d'une charge inhumaine. Madame; il la rigueur de ce terrible emploi (lonvenaii à lîurieigh sans doute plus qu'a moi.

ELISABETH , avec autorité.

Il le partagera. •

MELVtL, à Elisabeth.

Je n'ai plus rien à dire.

Permellez que j\îclvil de la cour se relire. Tant que sur voire colmu" j'ai fondé quelque espoir, J'aimais que près de vous me fixât mon devoir: Jesiimais vos vertus, non pas votre puissance. Adieu. Votre faveur me serait une oITense. Suivez des courtisans les conseils corrupteurs ; Vous n'avez plus enfin besoin que de flatteurs. Mais Marie a besoin d'un serviteur fidèle ; Loin de tout voire éclat , je reiounie auprès d'elle Et , puisque mes efforts n'ont pu la secourir, Je vais la consoler et l'aider à mourir.

SCKiNE X.

BUULtlGH , ELISABETH , LEICESTER.

ELISABETH

Je ne saurais blâmer son sévère langage. J'estime sa vertu , même alors qu'il m'outrage; Malgré moi , je l'avoue , en l'écoutant pailer, Jusques au fond du cœur je me sentais troubler. Enfin par vos conseils j'ai signé la sentence; Mais rien n'est achevé. Je sais votre prudence: Je m'en remets à vous d'un soin qui m'est cruel. L'arrêt que j'ai souscrit n'est pas le coup mortel. Voyez, délerininez ce qu'il convient de faire. S'il faut hâter sa mort, s'il faut qu'on la din'erc. Du destin de Marie ordonnez désormais; Je ne veux i)lus surtout qu'on m'en parle jamais. Soit que vous épargniez ou frappiez la coupable, De tout événement je vous rends respon.sable. Je retourne vers Londre et vous laisse en ce lieu ; Faites votre devoir; vous m'entendez: adieu. ogoyoùogoooeooo&6t/06CiùowOiJeot/ui^uùû00ogo<ju&uuwi..uowi,uwfc06000

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